Sérotonine
La sérotonine est un
neuromédiateur dont le métabolisme et les effets sont modulés
par plusieurs médicaments.
Métabolisme
Biosynthèse
La sérotonine ou 5-hydroxytryptamine
est synthétisée à partir du L-tryptophane. La quantité de
tryptophane ingérée quotidiennement est comprise entre 0,5
et 1g ; l'apport minimum nécessaire serait de l'ordre de 200
mg/jour dont seule une faible partie est transformée en sérotonine.
En effet, outre la voie métabolique conduisant à la sérotonine,
le tryptophane est utilisé dans la synthèse des protéines
et est transformé sous l'influence de la tryptophane pyrrolase
hépatique, généralement appelée tryptophane 2-3-dioxygénase,
et de l'indolaleamine-2,3-dioxygénase en
N-formylkynurénine puis en
kynurénine, précurseur notamment de l'acide xanthurénique et de l'acide
nicotinique. L'activité de la tryptophane pyrrolase est augmentée
par le cortisol, la consommation d'éthanol et la prise de
tryptophane. L'activité de l'indoleamine-2,3-dioxygénase est augmentée en cas de stimulation du système immunitaire. L'activation de ces 2 enzymes de la voie kynurénine pourrait réduire, la quantité de tryptophane disponible pour la biosynthèse de sérotonine.
Tryptophane : principales voies métaboliques
La transformation du
tryptophane en sérotonine comporte deux étapes :
- Hydroxylation
en 5-hydroxytryptophane sous l'influence de la tryptophane
hydroxylase qui est l'étape limitante de la synthèse. Le
fonctionnement de l'enzyme nécessite la présence de tétrahydrobioptérine,
d'oxygène, du NADPH2
et d'un métal, fer ou cuivre.
- Décarboxylation
du 5-hydroxytryptophane en sérotonine sous l'influence de
la décarboxylase des acides aminés L-aromatiques, en présence
de pyridoxal-phosphate.
Dans le cerveau, la synthèse
de sérotonine dépend de la quantité de tryptophane qui y pénètre
à travers la barrière hémato-encéphalique. Seul le tryptophane
plasmatique libre, c'est-à-dire non lié à l'albumine, pénètre
dans le cerveau; la diminution du pourcentage de forme libre
réduit donc sa pénétration. De plus, d'autres acides aminés
sont en compétition avec le tryptophane libre et limitent
son entrée dans le cerveau. Le cortisol plasmatique, qui est
augmenté chez les déprimés, diminue les concentrations de
L-tryptophane et de L-tyrosine libres dans le plasma, c'est-à-dire
les formes susceptibles de pénétrer dans le cerveau. L'insuline,
dont la sécrétion est augmentée par les glucides, a un effet
inverse en abaissant la concentration des acides aminés autres
que le tryptophane.
Biosynthèse de la sérotonine et de la
mélatonine
La transformation de
la sérotonine en mélatonine, qui ne doit pas être considérée
comme une dégradation car la mélatonine est également active,
s'effectue essentiellement dans la glande pinéale ou épiphyse.
Elle comporte aussi deux étapes :
- Acétylation
de la fonction amine par la N-acétyl transférase qui conduit
à la N-acétyl-sérotonine.
- Méthylation
du groupe OH en 5 par l'hydroxyindol-O-méthyltransférase
qui catalyse le transfert d'un groupe méthyl à partir de
la S-adénosyl-méthionine. On obtient ainsi l'acétyl-5-méthoxytryptamine
ou mélatonine.
La concentration de mélatonine
dans la glande pinéale présente des variations circadiennes
: elle suit les variations de l'activité N-acétyl transférase,
augmente pendant la nuit et s'abaisse pendant la journée,
l'obscurité et la lumière jouant le rôle de régulateur par
l'intermédiaire des catécholamines. La lumière du jour inhibe la biosynthèse de mélatonine.
Le mécanisme de cette
régulation est indiqué ci-après :
Activation de la biosynthèse de mélatonine
à l'obscurité
Distribution
La sérotonine est présente
:
- au niveau du
tube digestif qui en contient 95% du total de l'organisme,
localisée dans les cellules entérochromaffines.
- dans le système
nerveux central de toutes les espèces : la teneur est plus
élevée dans le tronc cérébral que dans le cortex. La sérotonine,
libérée par les neurones sérotoninergiques au niveau des
fentes synaptiques est, en grande partie, recaptée par eux.
- dans les plaquettes
sanguines : pratiquement toute la sérotonine du sang (concentration
allant de 100 à 200
microgrammes par litre) est contenue dans les plaquettes qui ne la synthétisent pas, mais la fixent à partir
du plasma où elle est libérée par les cellules entérochromaffines.
La capture de la sérotonine par les plaquettes est très
rapide. La demi-vie de la sérotonine dans les plaquettes
est du même ordre que celle des plaquettes, c'est-à-dire
de cinq ou six jours. La sérotonine plaquettaire peut être
libérée dans le plasma et avoir un effet relativement localisé
au niveau des vaisseaux où elle a été libérée, par exemple
dans le cas de la migraine.
La demi-vie de la sérotonine
(temps au bout duquel 50% de la sérotonine a été renouvelée
ou turn-over) est longue dans les plaquettes et l'intestin,
et très courte, quelques minutes, dans le cerveau. La concentration
d'une substance dans un organe, vue statique d'un phénomène
dynamique, n'est pas nécessairement un reflet fidèle de l'activité
métabolique.
La mélatonine présente
dans le plasma est libérée par la glande pinéale. Sa concentration
plasmatique s'abaisse au cours du vieillissement.
Catabolisme
La sérotonine est transformée
en molécules inactives par biotransformations :
- désamination
oxydative de la chaîne aminée latérale sous l'influence
de la monoamine oxydase, ce qui conduit au 5-hydroxy-indol-acétaldéhyde
qui est ensuite oxydé en acide 5-hydroxy-indol-acétique
(5-HIAA) que l'on trouve dans les urines à des quantités
normalement inférieures à 10 mg/24 h.
- conjugaison du
groupe OH en 5 par l'acide glucuronique ou le sulfate.

Catabolisme de la sérotonine
Récepteurs et effets
Les récepteurs de la sérotonine sont classés en 7 groupes 5-HT1, 5-HT2, 5-HT3, 5-HT4, 5-HT5, 5-HT6 et 5-HT7, chaque groupe pouvant avoir des sous-classes A, B etc. Ces récepteurs sont localisés au niveau du cerveau et à la périphérie mais leur distribution n'est pas homogène. De plus certains récepteurs comme les 5-HT1A et 5-HT1B sont surtout présynaptiques et modulent la libération de sérotonine mais la plupart sont postsynaptiques. On connaît les structures auxquelles ils sont couplés mais il n'est guère possible de systématiser les effets correspondant à leur stimulation.
Les récepteurs sérotoninergiques sont liés aux protéines G selon diverses modalités, sauf le récepteur 5-HT3 qui est un récepteur canal qui, à l'état ouvert, est perméable aux cations sodium et potassium.
Comme les autres médiateurs
la sérotonine libérée dans la fente synaptique est en grande
partie recaptée par les terminaisons présynaptiques grâce
à un transporteur spécifique qui présente un assez grand polymorphisme
génétique.
Effets périphériques
Action cardiovasculaire
Les effets cardiovasculaires
de la sérotonine sont extrêmement complexes. Ils sont variables
selon la dose injectée, selon les conditions expérimentales,
selon les espèces et selon l'état vasculaire.
- Action sur les
vaisseaux :
- La sérotonine
provoque soit une vasoconstriction par effet 5-HT2,
en particulier des vaisseaux rénaux, soit une vasodilatation.
La réponse dépendrait du tonus préalable des vaisseaux
et de leur état normal ou pathologique : ainsi l'administration
de sérotonine par voie intracoronaire provoque une vasodilatation
quand les coronaires sont normales, et une vasoconstriction
quand elles sont lésées.
- La sérotonine
contracte les veines et semble favoriser les thromboses
veineuses, d'autant qu'elle a également une action pro-agrégante
plaquettaire. Elle augmente la perméabilité capillaire.
- Action sur le
cœur :
- La sérotonine
a une action chronotrope positive par effet 5-HT4
et pourrait participer à la genèse de certains troubles
du rythme cardiaque. Elle a également un effet inotrope
positif.
- Action sur la
tension artérielle :
- Elle est
extrêmement complexe. Selon les conditions expérimentales,
on observe soit une hypotension, soit une faible hypertension,
soit aucune modification.
Action sur les muscles
lisses
La sérotonine entraîne
des contractions de l'intestin, de l'utérus, des bronches
et des uretères.
- Action sur le
tube digestif :
- La sérotonine
augmente la motilité intestinale, probablement par stimulation
des récepteurs 5-HT4
et 5-HT3 : chez l'homme, injectée par voie intraveineuse,
elle augmente la motilité du duodénum et de l'intestin
grêle. Cette action explique la diarrhée observée dans
le syndrome carcinoïdien.
- La sérotonine
a également un effet émétisant par stimulation des récepteurs
5-HT3.
Ces récepteurs sont présents, notamment, au niveau des
terminaisons vagales du tube digestif et au niveau d'une
zone cérébrale, l'Area postrema (chemoreceptor trigger
zone), qui est accessible à la sérotonine circulante
périphérique. Leur stimulation déclenche des nausées
et des vomissements, et les antagonistes 5-HT3
sont utilisés pour éviter les vomissements provoqués
par certains traitements antinéoplasiques.
- Elle a une
action ulcérigène, son administration à l'animal à fortes
doses entraîne des ulcérations gastriques.
- Action sur les
bronches :
- Elle a une
action bronchoconstrictrice; un aérosol de sérotonine
donne une dyspnée.
- Action sur l'utérus
:
- La sérotonine
provoque des contractions de l'utérus.
Autres actions
La sérotonine intervient
dans des manifestations allergiques et inflammatoires. Elle
joue un rôle important dans certaines maladies :
- Syndrome carcinoïdien
:
- Les tumeurs
des cellules entérochromaffines du tube digestif sont
métastasiantes et sécrètent diverses substances, notamment
une grande quantité de sérotonine. Celle-ci entraîne
une diarrhée, des flushes ou poussées de vasodilatation
cutanée suivies d'une vasoconstriction, une dyspnée
asthmatiforme et parfois une atteinte des valvules cardiaques.
Le diagnostic biologique de ces tumeurs repose sur l'augmentation
de la concentration de sérotonine dans le sang et de
l'excrétion de l'acide 5-hydroxy-indolacétique ou 5-HIAA
dans les urines.
- Migraine :
- La migraine
est une maladie familiale caractérisée par des accès
itératifs de céphalées où les phénomènes vasomoteurs
et la sérotonine jouent un rôle déterminant. Dans la
première phase prodromique, il y a une vasoconstriction,
et dans la deuxième phase douloureuse, une vasodilatation.
Cette vasodilatation est réduite par des médicaments
vasoconstricteurs.
- Ischémie myocardique
:
- La sérotonine
libérée à partir des plaquettes semble aggraver l'ischémie
myocardique par vasoconstriction.
Effets centraux
Les effets de la sérotonine
au niveau du système nerveux central sont nombreux et complexes,
encore mal connus mais d'une importance considérable sur le
plan pharmacologique car de nombreux médicaments agissent
par son intermédiaire.
La sérotonine intervient
dans la régulation du sommeil, de l'humeur (action antidépressive),
de la température, de l'appétit (effet anorexigène).
Une hyperstimulation
des récepteurs 5-HT2
pourrait favoriser l'apparition de certains symptômes de type
productif et négatif des états psychotiques. Le LSD, lysergide
ou diéthyl-lysergamide, est un hallucinogène, agoniste
des récepteurs 5-HT2
ainsi que des récepteurs dopaminergiques D1
et D2.
La sérotonine, grâce
à ses divers types de récepteurs présynaptiques et postsynaptiques,
module l'activité des autres médiateurs. Elle joue un rôle
déterminant dans l'adaptation.
Mélatonine
La mélatonine agit sur deux
types de récepteurs membranaires appelés MT1,
MT2 liés aux protéines G et sur des récepteurs MT3 correspondant à une enzyme appelée quinone réductase 2.
La mélatonine favorise le sommeil et pourrait avoir un effet antidépresseur, antimigraineux et antinociceptif.
Elle a des propriétés
antioxydantes, probablement par son caractère donneur
d'électron et a un effet antigonadotrope : elle freine la
sécrétion d'hormones hypothalamiques.
La mélatonine, prise le soir au coucher, a été proposée depuis de très nombreuses années comme correcteur de divers troubles, en particulier celui du sommeil. Comme elle a une courte durée d'action, des préparations à libération prolongée ont été mises au point. On trouve donc des préparations de mélatonine standard et des préparations à libération prolongée, dites PR pour « prolonged release ».
Mélanomimétiques
Le rameltéon ou Rozerem*, analogue de la mélatonine, est commercialisé comme hypnotique dans certains pays, dont les USA.
L'agomélatine, VALDOXAN*, THYMANAX*,est un analogue structural de la mélatonine ayant un effet antidépresseur et sédatif en prise unique quotidienne, le soir au coucher. C'est un agoniste des récepteurs MT1 et MT2 de la mélatonine et un antagoniste des récepteurs 5HT2C de la sérotonine.
Mise à jour juin 2010 :
L'agomélatine a obtenu son AMM européenne en 2009 sous le nom de Valdoxan*, comprimé pelliculé à 25 mg. Son RCP est accessible sur le site de l'EMEA. . Valdoxan* a été commercialisé en France comme antidépresseur en juin 2010.
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Extrait de "Les médicaments" 3ème édition - P. Allain
avec mise à jour Août 2008 par P. Allain |