Thérapie génique
On connaît depuis de
très nombreuses années des médicaments qui agissent en modifiant
le fonctionnement des gènes sans pour autant être classés
en thérapie génique. Les hormones sexuelles et thyroïdiennes,
l'insuline, certaines vitamines comme la vitamine A modifient
la transcription génique. Les inducteurs enzymatiques comme
le phénobarbital stimulent la transcription génique et la
synthèse de certaines enzymes. De nombreux médicaments altèrent
le DNA, sa transcription, la traduction du RNA messager en
protéines, notamment au niveau des microorganismes.
Au sens premier, la thérapie
génique est le remplacement d'un gène défectueux, c'est-à-dire
une séquence de DNA, par un gène normal et fonctionnel qui
sera à l'origine de la synthèse de la protéine manquante ou
défectueuse.
Au sens large, la thérapie
génique consiste à introduire dans la cellule un gène qui
sera à l'origine de la synthèse d'une protéine, pas nécessairement
présente dans l'organisme normal, mais susceptible d'avoir,
dans des circonstances particulières, un effet bénéfique pour
le malade.
Dans un sens encore plus
large, on entend par thérapie génique toute introduction dans
une cellule de matériel génétique, gène, portion de gène,
DNA, RNA, oligo-nucléotides, comme moyen thérapeutique. La
thérapie dite antisens qui consiste à neutraliser une séquence
de mRNA par le DNA complémentaire en fait partie.
Il n'existe pas, à l'heure
actuelle, de médicament de thérapie génique ou antisens autorisé,
pouvant être prescrit par un médecin, même hospitalier. Les
considérations qui vont suivre sont donc seulement d'ordre
informatif.
Moyens d'introduction
d'une séquence nucléotidique dans une cellule
Pour être actif, un gène
doit pénétrer dans la cellule mais cette pénétration n'est
guère facile car les séquences de DNA sont polaires et traversent
mal la membrane plasmique.
L'introduction d'un matériel
génétique dans une cellule in vivo repose sur les principes
généraux de la pharmacocinétique, adaptés à la particularité
du médicament à introduire
Pour faire pénétrer un
gène dans une cellule, on utilise des vecteurs qui sont soit
des virus soit des liposomes.
Les virus sont soit des
rétrovirus soit des adénovirus. Il faut utiliser des virus
non pathogènes ou des virus pathogènes rendus non infectieux
par élimination d'une partie de leurs propres gènes. Il doivent
par ailleurs être non immunogènes car dans ce cas une administration
répétée est difficile à envisager.
Chez l'homme, on ne sait
pas introduire un gène normal juste à la place du gène déficient
dans un chromosome déterminé. Le gène introduit dans le noyau
peut être fonctionnel, c'est-à-dire être transcrit et être
à l'origine de la protéine recherchée sans avoir une localisation
chromosomique particulière.
Les oligonucléotides
antisens (déoxyribonucléotides, mais il peut s'agir de ribonucléotides) sont de courtes séquences
10 à 20 nucléotides, le plus souvent 15 à 18, dont la stabilité
a été renforcée en remplaçant la liaison phosphodiester par
des liaisons plus résistantes, de type phosphorothioate par
exemple, leur donnant une demi-vie beaucoup plus longue. Les
molécules antisens peuvent être mixtes formées de déoxyribonucléotides
(DNA) et de ribonucléotides (RNA) pouvant avoir ou non une
activité de type ribozyme.
En règle générale, la
séquence déoxynucléotidique antisens, complémentaire d'une
séquence spécifique de mRNA, se fixe à cette dernière et empêche
sa traduction dans la protéine correspondante.
La séquence déoxynucléotidique
antisens peut aussi, lorsqu'elle pénètre dans le noyau, se
fixer à un brin du DNA de la cellule, former une triple hélice
de DNA, non transcriptible en RNA.
Par ailleurs, on peut
distinguer deux techniques de thérapie génique : ex vivo et
in vivo. Dans la technique ex vivo, les cellules à traiter
sont prélevées chez le patient et, après introduction du matériel
génétique choisi, sont réintroduites dans l'organisme. Cette
technique a été utilisée pour introduire le gène de l'adénosine
déaminase dans les lymphocytes ou mieux dans les cellules
souches de la moelle osseuse de malades atteints de ce déficit
enzymatique. Dans la technique in vivo, le matériel génétique
est introduit par injection intraveineuse ou locale pour qu'il
atteigne les cellules cibles.
Certaines préparations
nucléotidiques se sont montrées actives après administration
par voie orale.
Des polymères artificiels
de type polyamide de faible poids moléculaire se lient sélectivement
à des séquences de DNA intracellulaire.
La thérapie antisens
par oligonucléotides apparaît relativement simple à mettre
en uvre et permet de neutraliser d'une manière spécifique,
au moins temporairement, la production d'une protéine. Mais
cette protéine peut être utile dans tel type de cellule et
néfaste dans un autre.
L'utilisation de RNA
à activité enzymatique de type ribonucléase appelé ribosyme
est à rapprocher de la thérapie antisens car elle permet de
dégrader une séquence déterminée de RNA et donc de la neutraliser.
Applications
Les applications théoriques
de la thérapie génique au sens large sont extrêmement nombreuses.
Puisque les gènes sont à l'origine des protéines et que les
anomalies des protéines sont à l'origine de diverses maladies,
le champ d'application paraît illimité. Plusieurs possibilités
apparaissent :
- compenser un
gène défectueux ou manquant en cas de maladies dites génétiques,
dans la mesure où le ou les gènes responsables ont été identifiés
- apporter un gène
capable d'être à l'origine d'une protéine utile à un malade
(cytokine, hormones, enzymes, antigènes, vaccins ou anticorps...)
- empêcher la production
d'une protéine jugée néfaste, facteur de croissance par
exemple, par l'utilisation des oligonucléotides antisens.
Un des premiers médicaments antisens à être utilisé en thérapeutique
a été le fomivirsen. Il s'agit d'une séquence oligonucléotidique
complémentaire d'une séquence de RNA messager du cytomégalovirus
de la rétinite. Administré par voie intravitréenne (dans
le corps vitré) il inhibe la replication du cytomégalovirus
en arrêtant la synthèse d'un certain nombre de protéines.
Il est utilisé en traitement local de la rétinite à cytomégalovirus
chez des patients atteints de SIDA. Il a été commercialisé dans de nombreux pays sous le nom de Vitravene*mais ne l'est plus dans la plupart d'entre eux.
Mais, en pratique, la
thérapie génique doit, comme tous les autres moyens thérapeutiques,
faire la preuve de son efficacité et surtout de sa tolérance
immédiate et à long terme.
Les rappels sommaires
que nous avons fait en début de chapitre ont montré la complexité
de la régulation génique et incitent à un optimisme pondéré
pour l'utilisation de la thérapie génique au cours des prochaines
années.
Extrait de "Les
médicaments" 3ème édition - P. Allain
avec mise à jour Décembre 2005 par P. Allain |