Régulation de
l'expression des gènes.
Le schéma simplifié de
la synthèse des protéines ne considérant que la transcription
du DNA en mRNA et la translation (ou traduction) du mRNA au
niveau des ribosomes en protéines ne rend pas compte de la
réalité qui est beaucoup plus complexe et ne fait pas intervenir
les mécanismes régulateurs.
Toutes les cellules d'un
organisme contiennent les mêmes gènes mais dans des cellules
données, seuls certains gènes s'expriment c'est-à-dire sont
à l'origine de la synthèse de protéines spécifiques.
La transcription du DNA
en RNA s'effectue sous l'influence des RNA polymérases dites
DNA dépendantes qui sont de type I, à l'origine du rRNA ou
RNA ribosomique, de type II, à l'origine du mRNA ou RNA messager,
et de type III, à l'origine de la synthèse du tRNA ou RNA
de transfert ainsi que du rRNA 5S.
Régulation de la
transcription
Au niveau du gène, il
existe à côté de la partie du DNA qui servira de matrice à
sa transcription en RNA -
ou région codante -
des éléments régulateurs qui sont situés soit en amont (du
côté de l'initiation), soit parfois en aval (du côté de la
terminaison) de la transcription. L'élément régulateur, partie
intégrante du gène, situé à proximité du site d'initiation
de la transcription par la région codante, est le promoteur
(promoter) appelé aussi élément de réponse (ex : GRE = glucocorticoid-response
element). A distance du site d'initiation de la transcription
lorsque le DNA est représenté linéairement, on trouve des
régulateurs autonomes : ce sont les activateurs (enhancers)
qui potentialisent l'action du promoteur ou des represseurs
(silencers) qui la répriment.
L'activité des promoteurs
et des activateurs est régulée par des protéines appelées
TF (transcription factor) comme TFIID (transcription factor
D for polymerase II). Ces protéines ont des structures particulières :
- "en doigt de
zinc", ainsi appelée parce que l'ion Zn en se liant à 4 acides
aminés cystéine et/ou histidine donne à la chaîne polypeptidique
un aspect en doigt qui lui permet de venir s'incruster dans
les sillons créés par les hélices de DNA.
- en fermeture-éclair
par liaison leucine-leucine (leucine zipper), protéines
comportant une séquence de 35 acides aminés où l'on trouve
une leucine tous les 7 acides aminés. Cette structure permet
à la protéine de se dimériser et d'adopter une conformation
lui permettant d'interagir avec le DNA. Elle est retrouvée
dans les proto-oncogènes Myc, Fos et Jun. Jun peut former
un homodimère Jun-Jun. Par contre Fos ne peut pas former
un homodimère mais forme un hétérodimère Jun-Fos.
Le complexe d'initiation
de la transcription comporte plusieurs protéines dont le facteur
de transcription TFIID qui se fixe au promoteur au niveau
d'une séquence nucléotidique TATA (riche en thymine et adénine)
par son domaine fonctionnel TBP (TATA binding protein) et
par ailleurs avec le facteur TFIIB ainsi qu'avec la RNA polymérase
qui est alors activée.
Régulation de la transcription génique
Enfin le modelage de
la chromatine par interaction entre les protéines basiques,
les histones et le DNA modifie l'accessibilité des facteurs
transcriptionnels au DNA. Le degré de méthylation du DNA,
les modifications des histones par acétylation, ubiquitination,
y participent aussi.
Régulation post-transcriptionnelle
L'une des principales
modifications du RNA transcrit est l'épissage (splicing) qui
consiste en l'élimination de segments de RNA appelés introns
et à la conservation de séquences appelées exons.
Maturation du RNA messager
Cet épissage s'effectue
dans le noyau. Le RNA transcrit à partir du même gène peut,
en fonction des cellules, subir des épissages différents et
conduire à des mRNA différents et à la synthèse de protéines
différentes. Ainsi, à partir du même gène, on peut avoir synthèse
de calcitonine dans la thyroïde et synthèse de CGRP (calcitonin
gene related protein) dans les neurones. Il s'agit ici d'une
régulation qualitative.
Le RNA messager formé
migre ensuite dans le cytoplasme à travers des pores de la
membrane nucléaire par un processus actif, énergie-dépendant.
Dans le cytoplasme le RNA messager sera traduit en protéines.
Quand le mRNA est stable, il peut servir plusieurs fois de
matrice à la traduction (ou translation) et être à l'origine
de la synthèse de plusieurs molécules de la protéine correspondante.
Il s'agit ici d'une régulation quantitative. Les mécanismes
intervenant dans la stabilisation du RNA sont mal connus.
Régulation translationnelle
(traduction)
La traduction ou translation
du mRNA dans la protéine correspondante peut aussi être régulée.
Il s'agit d'une régulation post-transcriptionnelle s'exerçant
au niveau du RNA dont l'exemple le mieux étudié est celui
du fer. Le fer interagit avec des protéines appelées IRP (iron
regulatory proteins) qui se lient à des structures appelées
IRE (iron responsive elements) situées sur les mRNA codant
pour la ferritine (un seul site IRE), la 5-aminolévulinate
synthase (un seul site IRE) et la transferrine (plusieurs
sites IRE). Quand il y a peu de fer dans le cytoplasme, la
traduction de ferritine et de 5-aminolévulinate synthase est
diminuée alors que celle de la transferrine est augmentée.
Régulation post-traductionnelle
La protéine naissante,
directement issue de la traduction du RNA messager, linéaire,
succession d'acides aminés dans un ordre bien déterminé, n'est
pas fonctionnelle.
Pour être fonctionnelle,
la protéine doit prendre une structure tridimensionnelle particulière
avec de nombreux repliements. Cette structure active dépend
bien sûr de la configuration initiale, c'est-à-dire l'ordre
des acides aminés mais aussi de nombreuses réactions enzymatiques
conduisant à une conformation cis et trans (peptidyl proline
isomerase), à l'établissement de liaisons covalentes (ponts
disulfure, glycosylation, acétylation, prénylation) ou à la
rupture de liaisons covalentes (hydrolyses). Par ailleurs
sa structure dépend de l'intervention de protéines chaperones
comme les protéines du choc thermique généralement désignées
par HSP (heat shock proteins).
Chez les microorganismes,
il existe, à la manière de l'épissage du RNA, un épissage
de séquences polypeptidiques appelées intéines qui sont éliminées
alors que les extéines situées de part et d'autre se lient,
conduisant ainsi à une nouvelle protéine.
De plus, pour être véritablement
fonctionnelle, la protéine doit avoir une localisation correcte:
intracellulaire -
cytoplasme, noyau, mitochondries, membrane plasmique
-
ou extracellulaire. Le transfert de protéines à partir des
ribosomes présents dans le cytoplasme s'appelle translocation
et s'effectue par des mécanismes dits d'adressage cellulaire.
On connaît de nombreuses
protéines qui sont synthétisées sous forme inactive. Leur
activation nécessite une modification post-translationnelle
sous l'influence d'une enzyme : protéolyse (voir enképhalines,
angiotensine, pré-proinsuline etc.), glycosylation, acétylation,
prénylation etc. Cette activité concerne également certaines
protéines virales.
De plus beaucoup de
protéines sont fonctionnelles sous forme d'hétérodimères résultant
de la transcription de gènes différents.
Schéma général de la synthèse d'une
protéine
Dégradation des
protéines
Les protéines synthétisées
sont en renouvellement, c'est-à-dire que parallèlement à leur
synthèse, elles sont dégradées. Beaucoup d'entre elles ont
un renouvellement rapide ce qui permet à la cellule d'adapter
leur concentration. Le système de dégradation intracellulaire
comprend la voie vacuolaire avec les lysosomes et la voie
ubiquitine-protéasome.
Le système de dégradation extracellulaire comporte les métalloprotéinases
de la matrice extracellulaire.
Le but de ce rappel sommaire
de la synthèse des protéines est de montrer sa complexité
qui a deux conséquences un peu contradictoires : une infinité
de possibilités de modulation par des médicaments et la difficulté
d'avoir des effets spécifiques adaptés au trouble à corriger,
sans effets indésirables.
Remarque
- Le cDNA ou
DNA complémentaire est un DNA double brin fabriqué in
vitro à partir du mRNA mature, c'est-à-dire débarrassé
de ses introns. Le cDNA s'appelle aussi DNA transcrit
car on l'obtient à partir du RNA mature sous l'influence
de la transcriptase inverse.
Extrait de "Les
médicaments" 3ème édition - P. Allain
avec mise à jour Décembre 2005 par P. Allain |