Anesthésiques locaux
Les anesthésiques locaux
sont des médicaments qui, en inhibant la conduction nerveuse
là où ils sont administrés, rendent insensible à la douleur
le territoire correspondant à cette innervation. Le médicament
de référence de ce groupe est la lidocaïne. En réduisant la perméabilité
membranaire aux ions Na+,
les anesthésiques locaux inhibent la dépolarisation et la
conduction nerveuse. Ils ne bloquent pas l'orifice externe
du canal mais l'orifice intracellulaire et doivent donc pénétrer
à l'intérieur de la cellule pour agir. Site d'action d'un anesthésique local
(AL) La nécessité de la pénétration
intracellulaire des anesthésiques locaux pour qu'ils soient
actifs explique que des substances polaires à groupe ammonium
quaternaire, appliquées à l'extérieur des cellules, sont inactives
car elles ne traversent pas les membranes, alors que, introduites
à l'intérieur de la cellule, elles ont des propriétés anesthésiques
locales. Les anesthésiques locaux doivent donc passer la membrane
sous forme neutre d'où l'importance de leur pK et du pH extra
et intracellulaire.
La structure chimique
des anesthésiques locaux présente une grande similitude (voir
formules de trois d'entre eux ainsi que celle de la cocaïne).
Effets
Effet anesthésique
local
Les anesthésiques locaux
inhibent la conduction nerveuse d'une manière réversible sans
altération du nerf. L'inhibition apparaît rapidement et a
une durée plus ou moins longue selon les produits et les concentrations
utilisées. L'étendue du territoire rendu insensible à la douleur
dépend des modalités d'administration de l'anesthésique local,
soit au niveau des terminaisons nerveuses, soit au niveau
d'un tronc nerveux par exemple. A concentration suffisante,
les anesthésiques locaux inhibent toutes les fibres nerveuses,
sensitives, motrices, végétatives. Ils atteignent d'abord
les fibres sensitives car celles-ci ont un plus petit diamètre
que les fibres motrices et, n'étant pas myélinisées, sont
plus faciles à atteindre par l'anesthésique. L'ordre de disparition
des sensations est le suivant : sensation douloureuse, thermique
(froid, chaud), tactile. La récupération se fait dans l'ordre
inverse. Apportés au niveau des
synapses, les anesthésiques locaux inhibent la transmission.
Autres propriétés
- Les
anesthésiques locaux, sauf la cocaïne qui n'est plus utilisée
en thérapeutique, ont un effet vasodilatateur de mécanisme
mal précisé.
- L'apport
simultané d'un vasoconstricteur, le plus souvent l'adrénaline
ou épinéphrine, est très important car il évite la diffusion
de l'anesthésique local qui reste ainsi à une concentration
élevée au niveau du lieu d'injection pour anesthésie
d'infiltration ou de conduction. Mais il ne faut jamais
utiliser de vasoconstricteur pour l'anesthésie locale
des extrémités : doigts, orteils, oreilles, verge, car
il y a risque de nécrose par ischémie.
- La
diffusion systémique d'un anesthésique local peut entraîner
:
- des effets
vasculaires : vasodilatation.
- des effets
cardiaques : diminution de la conduction et de la force
de contraction, se traduisant par une hypotension, voire
un choc.
- des effets
neurologiques : tremblements pouvant précéder des convulsions
que l'on explique par l'inhibition préférentielle d'aires
cérébrales inhibitrices, ce qui entraîne une stimulation
et enfin un arrêt respiratoire.
Métabolisme
En principe, on ne souhaite
pas que les anesthésiques administrés localement diffusent
dans l'organisme. En réalité, une diffusion de l'anesthésique
local existe toujours, même lorsqu'un vasoconstricteur lui
est associé, mais elle doit être suffisamment lente pour ne
pas avoir d'effets indésirables généraux. Les anesthésiques locaux,
comme les autres médicaments, sont métabolisés, c'est-à-dire
subissent des biotransformations. Les principales réactions
sont l'hydrolyse par des estérases comme les cholinestérases
plasmatiques ou tissulaires pour les anesthésiques locaux
de type ester tels que la procaïne et la tétracaïne, et la
déalkylation, au niveau hépatique notamment, pour les anesthésiques
locaux autres de type amide, c'est-à-dire la plupart d'entre
eux. Indications et présentations
Les indications des anesthésiques
locaux sont très nombreuses : explorations endoscopiques,
interventions chirurgicales, petite chirurgie, extractions
dentaires. Les présentations pharmaceutiques
sont adaptées à ces divers usages.
- Anesthésie locale
ou régionale : formes injectables.
- On distingue plusieurs
sortes d'anesthésie locale :
- d'infiltration
(l'anesthésique est injecté dans la zone à anesthésier)
- de conduction
(l'anesthésique est administré au niveau d'un nerf et
le territoire innervé est anesthésié)
- spinale où
l'on injecte l'anesthésique local soit dans le liquide
céphalo-rachidien et elle est appelée intrarachidienne,
soit dans l'espace épidural et elle est appelée épidurale
ou péridurale.
|
Lidocaïne
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XYLOCAINE*
0,5, 1 et 2% |
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Lidocaïne + adrénaline
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XYLOCAINE
ADRÉNALINE*1 et 2% |
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Procaïne
|
PROCAINE*
1 et 2% |
|
Etidocaïne
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DURANEST
1%* |
|
Etidocaïne + adrénaline |
DURANEST
1% ADRÉNALINE* |
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Articaïne + adrénaline |
ALPHACAINE
N*
ALPHACAINE
SP* |
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Mépivacaïne
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CARBOCAINE* |
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Ropivacaïne
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NAROPÉINE* |
- Les formes
contenant de l'adrénaline ne doivent pas être administrées
par voie intraveineuse ni utilisées pour l'anesthésie
des extrémités, doigts, verge, en raison de l'effet
vasoconstricteur de l'adrénaline.
- Anesthésie de
surface : préparations pour applications cutanées
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Pramocaïne
|
TRONOTHANE*
Gel |
|
Quinisocaïne
|
QUOTANE* Crème
|
|
Lidocaïne + prilocaïne
|
EMLA* Crème
EMLAPATCH*
Adhésif |
| Lidocaïne |
VERSATIS* Emplâtre médicamenteux pour douleurs neuropathiques post-zosteriennes |
- Anesthésie de
surface : préparations pour applications au niveau des muqueuses
|
Lidocaïne |
XYLOCAINE*
Nébuliseur (ORL, intubation)
XYLOCAINE GEL*
(gel urétral en seringue)
XYLOCAINE VISQUEUSE*
Gel (oesophage,
estomac) |
|
Lidocaïne + naphazoline
|
XYLOCAINE*
Nébuliseur |
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Oxybuprocaïne
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NOVESINE* Collyre
CEBESINE* |
- Rachianesthésie
|
Lévobupivacaïne |
CHIROCAÏNE* |
La lidocaïne est aussi
utilisée comme antiarythmique de classe I (voir page suivante).
Remarque :
L'ambroxol, produit synthetisé dans les années 1970, est utilisé comme expectorant (SURBRONE* et MUXOL*) aurait un effet anesthésique local et a été commercialisé pour soulager la douleur des maux de gorge (LYSOPADOL*).
Effets indésirables
Les accidents d'origine
allergique sont exceptionnels. Les accidents dus à un
surdosage sont beaucoup plus fréquents. Ils sont consécutifs
à l'administration d'une dose trop élevée et d'un passage
trop rapide dans la circulation sanguine. Ils se traduisent
par des troubles cardiovasculaires et neurologiques précédés
de signes subjectifs : paresthésie, céphalées, malaise général,
sensations nauséeuses, troubles visuels, pâleur. Les troubles cardiovasculaires
sont en général une chute de pression artérielle pouvant aller
jusqu'au collapsus, des troubles du rythme cardiaque, voire
même un arrêt cardiaque Les troubles neurologiques sont
des convulsions localisées puis généralisées avec, très exceptionnellement,
un arrêt respiratoire. Ces convulsions sont habituellement
traitées par l'administration d'une benzodiazépine injectable
comme le diazépam. Remarque
- La cocaïne
a été la première substance connue pour avoir des propriétés
anesthésiques locales. Elle n'est plus utilisée en thérapeutique,
car elle entraîne des troubles psychiques et une dépendance
extrêmement importante, due à son action dopaminomimétique,
par inhibition de la recapture de dopamine dont la concentration
s'élève au niveau de la fente synaptique, recapture qui
est sodium-dépendante.
- La stimulation
des récepteurs D2
serait à l'origine de la dépendance alors que la stimulation
des récepteurs D1
aurait l'effet inverse et la diminuerait.
- La cocaïne
est largement utilisée par les toxicomanes par voie parentérale,
nasale ou pulmonaire. Introduite dans des cigarettes sous
forme de base, la cocaïne est instantanément absorbée
par le fumeur. Sous cette forme elle est appelée "crack"
parce qu'elle fait un bruit ressemblant à l'écrasement
de cristaux sous l'effet de la chaleur, ou "roc" à cause
de son aspect. L'intensité des manifestations qu'elle
entraîne dépend de la vitesse avec laquelle sa concentration
varie dans le cerveau.
Extrait de "Les médicaments" 3ème édition - P. Allain
avec mise à jour Août 2008 par P. Allain |