Complexes de platine, pharmacologie
Les complexes de platine
sont aujourd'hui parmi les antinéoplasiques les plus efficaces
et les plus utilisés en dépit de leurs effets indésirables
reconnus.
La découverte des propriétés
antitumorales du platine a été fortuite. En 1965, Rosenberg
a observé une inhibition de la croissance d'Escherichia coli
lorsque le milieu de culture contenait du chlorure d'ammonium
et qu'il était soumis à un courant électrique établi entre
deux électrodes de platine. Il montra que l'effet inhibiteur
n'était pas dû au courant parcourant le milieu de culture
mais à la formation d'un complexe entre le platine libéré
par les électrodes et les molécules d'ammoniac et de chlorure
du bain, c'est-à-dire par formation de dichlorodiamine-platine,
produit connu depuis 1845.
Cette observation conduisit
Rosenberg a étudier le cis-platine ainsi que d'autres complexes
du platine et à mettre en évidence leur effet antinéoplasique
chez l'animal puis chez l'homme. L'efficacité du cis-platine
dans le traitement du cancer du testicule a été rapidement
démontrée et largement confirmée depuis. Structure des complexes
Le platine est un élément
de masse atomique 196. Les rayons ioniques du platine II et
IV sont respectivement de 0,80 Angström et 0,65 Angström.
Le platine n'est pas utilisé en thérapeutique sous forme élémentaire
mais sous la forme de complexes organométalliques. Le premier
complexe introduit en thérapeutique a été le cis-platine,
suivi par le carboplatine. Depuis lors, de nombreux autres
complexes de platine ayant des propriétés antitumorales ont
été synthétisés. Les trois complexes actuellement commercialisés
en France sont, outre le cis-platine, le carboplatine et l'oxaliplatine.
Les complexes de platine
actifs comme antinéoplasiques ont une structure commune :
le platine, généralement à l'état II, Pt2+,
est lié par des liaisons covalentes à quatre substituants,
dont deux substituants azotés peu labiles et deux substituants
labiles, chlorure ou oxygène. L'ensemble forme une
structure plane carrée au centre de laquelle se trouve le
platine. En milieu aqueux et en présence de chlorure, on a
l'équilibre suivant :
Du fait de la structure
plane du complexe, le platine est en contact de part et d'autre
du plan avec les molécules environnantes. Si ces molécules
sont nucléophiles, c'est-à-dire ont beaucoup d'affinité pour
les sites chargés positivement comme l'est le platine, elles
tendent à former avec lui de nouvelles liaisons covalentes,
ce qui entraîne le départ des substituants labiles Cl ou OH.
La forme hydratée, dite aqua, est beaucoup plus réactive que
la forme chlorure. Le platine se fixe par
des liaisons covalentes aux molécules qu'il rencontre, notamment
au DNA. Il se lie aux atomes d'azote des nucléotides formant
le DNA, atomes d'azote N7 et N1 de l'adénine, N3 de la cytidine
et N7 de la guanine. Lorsqu'il établit deux
liaisons, elles peuvent se faire avec la même base ou avec
deux bases différentes situées soit sur le même brin de DNA,
soit sur l'un et l'autre brin de DNA. L'établissement de ces
liaisons avec formation d'adduits, perturbe la replication
et la transcription du DNA. Le platine se fixe par
des liaisons covalentes à d'autres molécules que le DNA, notamment
celles qui comportent des atomes de soufre, notamment la méthionine.
Pharmacocinétique
Les complexes de platine
s'administrent en perfusion intraveineuse. Ils diffusent dans
les tissus et s'éliminent essentiellement par le rein. Le cis-platine dans le
plasma riche en chlorure est essentiellement sous la forme
bichlorure. Une fois qu'il a pénétré dans les cellules où
la concentration de chlorure est beaucoup plus faible, il
se transforme en dérivé monohydraté ou bihydraté, dérivés
aqua très réactifs, qui attaquent le DNA. Pour réduire la
toxicité rénale du cis-platine, on augmente la diurèse qui
accélère son élimination et on maintient une concentration
élevée de chlorure pour éviter sa transformation en dérivés
hydratés. Les autres dérivés comme
le carboplatine et l'oxaliplatine donnent dans les milieux
biologiques des dérivés mono-hydratés et bishydratés qui sont
très réactifs. Le carboplatine et l'oxaliplatine
sont moins toxiques pour le rein que le cisplatine mais le
carboplatine est plus toxique que lui sur le plan hématologique
et l'oxaliplatine sur le plan neurologique, car leur distribution
tissulaire est probablement différente. La pharmacocinétique
des complexes du platine, surtout aux faibles concentrations,
était relativement mal connue car la méthode utilisée pour
le doser, la spectrométrie d'absorption atomique avec four
graphite, n'est pas suffisamment sensible et, d'autre part,
ne permet pas de séparer les" métabolites" formés. Utilisation Les complexes de platine
sont actuellement largement utilisés en cancérologie dans
le traitement des tumeurs du testicule, de l'ovaire, de l'utérus
et dans celui des cancers de la sphère ORL. Ils sont utilisés parfois
seuls, mais le plus souvent associés à un ou deux autres antinéoplasiques,
dans ce cas il s'agit d'une polychimiothérapie.
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Cisplatine
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CISPLATHYL*
Inj
CISPLATINE* |
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Carboplatine |
PARAPLATINE* |
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Oxaliplatine |
ELOXATINE* |
Les complexes de platine
ont plusieurs effets indésirables :
- Insuffisance
rénale particulièrement importante avec le cis-platine et
que l'on essaie de réduire en maintenant une diurèse importante
avec, éventuellement, adjonction de chlorure de sodium.
- Myélotoxicité
avec thrombopénie, leucopénie, anémie, plus importante avec
le paraplatine qu'avec le cis-platine.
- Troubles neurosensoriels
: ototoxicité, bourdonnements d'oreilles, diminution de
l'acuité auditive, et surtout neuropathies périphériques
qui sont fréquentes avec l'oxaliplatine.
- Troubles digestifs,
vomissements, nausées lors de leur administration.
- Diminution de
la concentration plasmatique de magnésium, de calcium et
de potassium.
Enfin une résistance
des tumeurs aux dérivés du platine peut apparaître. On l'explique
par une moindre concentration des dérivés du platine dans
les cellules néoplasiques, l'augmentation de glutathion intracellulaire
et une augmentation de la capacité de réparation du DNA par
les cellules et une augmentation des métallothionéines.
Extrait de "Les
médicaments" 3ème édition - P. Allain
avec mise à jour Mai 2006 par P. Allain |