Monoxyde d'azote
Métabolisme
Synthèse
La synthèse de NO s'effectue
à partir de la L-arginine grâce à la NO-synthase, enzyme héminique
dont la structure ressemble à celle du cytochrome P-450. En
présence de NADPH (nicotinamide adénine dinucléotide phosphate), d'oxygène, de fer, de tétrahydrobioptérine,
de FAD (flavine adénine dinucléotide) et de FMN (flavine mononucléotide), la NO-synthase, NOS, transforme l'arginine
en hydroxyarginine qui, après réduction, est transformée en
NO et citrulline selon la réaction :
Biosynthèse du NO à partir de la L-arginine
La citrulline, en présence
de l'arginosuccinate synthéthase et d'aspartate, est transformée
en arginosuccinate, puis en fumarate et arginine. L'arginine
provient ainsi d'un renouvellement endogène et d'un apport
exogène, alimentaire.
On distingue trois types
d'isoenzymes NO-synthases : l'isoenzyme de type I, présente
dans les neurones et les cellules épithéliales, l'isoenzyme
de type II, présente dans différents types de cellules, dont
les macrophages, après induction par les cytokines, et l'isoenzyme
de type III, présente essentiellement dans les cellules endothéliales.
Biosynthèse de NO et régénération de
l'arginine
Les NO-synthases de type
I et III sont constitutives. Elles sont présentes spontanément
dans les cellules endothéliales et
appelées eNOS et et les neurones
et appelées nNOS. Elles sont
activées par le complexe Ca2+/calmoduline
et entraînent une libération de NO immédiate et de courte
durée. Une partie de l'isoenzyme de l'endothélium se fixe
par palmitoylation à des invaginations de la membrane plasmique
appelées caveolae qui libèrent une substance appelée cavéoline
susceptible d'inhiber l'activité de l'enzyme tandis que la
calmoduline associée au calcium l'active.
La NO-synthase inductible
de type II, appelée iNOS, apparaît dans les macrophages, les neutrophiles
et les hépatocytes sous l'influence de cytokines, notamment
l'interleukine-1, du Tumor Necrosis Factor, de l'interféron gamma
et de lipopolyssaccharides. L'induction de cette NO-synthase
par effet génomique nécessite un délai de plusieurs heures
mais la NO-synthase induite est immédiatement active après
sa synthèse, en absence de calcium, et entraîne une libération
prolongée et très importante de NO. Sa synthèse est inhibée
par les glucocorticoïdes.
Plusieurs dérivés de
l'arginine, comme la monométhyl-L-arginine qui est présente
dans le plasma de malades insuffisants rénaux, sont des inhibiteurs
des NO-synthases.
Remarque
- L'arginine
par décarboxylation sous l'influence de l'arginine décarboxylase
est aussi à l'origine de l'agmatine que l'on trouve dans
divers tissus, en particulier le cerveau. L'agmatine paraît
avoir les caractéristiques d'un médiateur, elle s'oppose
à la dépendance et à la tolérance morphinique et à certaines
formes d'hyperalgie. Elle inhibe également la NO-synthase.
Elle est métabolisée par l'agmatinase qui la transforme
en putrescine et la diamine oxydase qui la transforme
en acide guanido-butanoïque.
-
Libération
Dès sa synthèse, le NO
diffuse sous forme gazeuse; synthèse et libération sont simultanées
et il n'y a pas de stockage de NO dans les tissus. Il y a
une libération basale continue de NO qui, par la vasodilatation
qu'il exerce, participerait à la régulation de la pression
artérielle. Les mécanismes régulant la synthèse de NO sont
complexes:
- Des médiateurs
comme l'acétylcholine, l'histamine, la sérotonine, l'adénosine,
la bradykinine, le glutamate activent la NO-synthase constitutive,
déjà présente dans la cellule. Ainsi l'acétylcholine active
des récepteurs muscariniques liés aux protéines G qui, par
l'intermédiaire de la phospholipase C et la formation d'IP3,
provoquent une augmentation du calcium intracellulaire,
lequel en s'associant à la calmoduline active la NO-synthase.
- Des cytokines,
le TNFa
(tumor necrosis factor a)
l'interleukine-I, l'interféron-g
agissent en déclenchant la synthèse des NO-synthases inductibles.
L'hypotension observée au cours de certains chocs septiques
et au cours de certaines cirrhoses proviendrait d'une libération
excessive de NO.
- La formation
directe de NO, sans intervention enzymatique, est également
possible à partir du nitrite lorsque le pH du milieu est
acide comme lors de l'ischémie.
Le NO diffuse à travers
les membranes et pénètre dans toutes les cellules voisines
de celles qui le libèrent. Libéré par l'endothélium vasculaire,
il pénètre dans les fibres vasculaires lisses. Libéré par
les terminaisons présynaptiques neuronales, il diffuse dans
les éléments postsynaptiques et, d'une manière rétrograde,
dans les terminaisons présynaptiques qui l'ont libéré et augmente
la libération de glutamate.
Le NO peut se trouver
sous forme neutre NO (que l'on peut écrire NO·
car il s'agit d'un radical, c'est-à-dire d'une molécule ayant
un électron célibataire), sous forme de cation NO+
par perte d'un électron, et sous forme d'anion NO-
par gain d'un électron. Il peut ainsi se comporter en réducteur
ou en oxydant.
Catabolisme
Le NO est une molécule
gazeuse instable qui dans l'organisme est transformée spontanément,
en raison de la présence d'oxygène, en nitrite NO2-
puis en nitrate NO3-.
NO ¾®
NO2-
¾®
NO3-
Il y a peu de temps encore,
on pensait que le nitrate présent dans l'organisme était uniquement
d'origine exogène, alimentaire. L'alimentation, surtout les
végétaux, apporte de 30 à 200 mg de nitrate par jour. On sait
maintenant qu'une partie du nitrate est d'origine endogène,
sa production étant augmentée au cours des infections et lors
de l'activation du système immunitaire. Elle est augmentée
aussi d'une manière physiologique dans la deuxième partie
du cycle menstruel sous l'influence de l'élévation de la concentration
d'estradiol.
La cystéine pourrait
protéger le NO en ralentissant son oxydation.
Effets
Le monoxyde d'azote NO,
comme le monoxyde de carbone CO, a une grande affinité pour
le fer; il module l'activité de diverses enzymes contenant
du fer.
- Il
active la guanylate cyclase, enzyme héminique (fer lié à
des atomes d'azote) et hétérodimérique.
- Cette activation
provoque la transformation du guanosine triphosphate,
GTP, en guanosine mono-phosphate cyclique, GMP cyclique,
dont l'augmentation est responsable de la modulation
de l'activité de diverses protéines kinases qui, en
favorisant la sortie de potassium et de calcium hors
de la cellule, provoquent une hyperpolarisation ayant
pour conséquence :
- une relaxation
des fibres vasculaires lisses, c'est-à-dire la vasodilatation,
y compris celles des corps caverneux lors de l'érection
et celle des vaisseaux cérébraux lors de la migraine
- une bronchodilatation
qui n'est pas cependant suffisamment importante pour
justifier l'utilisation du NO dans le traitement des
crises d'asthme
- un relâchement
de l'estomac après le repas pour l'adapter au contenu
alimentaire
- une inhibition
de l'agrégation plaquettaire et de l'adhésion des plaquettes
à l'endothélium.
NO: biosynthèse par la cellule endothéliale
et effets sur la fibre lisse
- Le GMP cyclique
formé est inactivé par des phosphodiestérases qui le transforment
en 5'GMP inactif. L'inhibition de ces phosphodiestérases
entraîne une augmentation de la concentration de GMP cyclique.
- Il
peut inhiber, sans que l'on sache l'importance des conséquences
de cette inhibition, des enzymes non héminiques comportant
un atome de fer lié à des atomes de soufre :
- la ribonucléotide
réductase, nécessaire à la synthèse du DNA car elle
transforme un ribonucléotide en déoxyribonucléotide
- la NADPH/ubiquinone-oxydoréductase
ou complexe mitochondrial I, et la succinate-ubiquinone-oxydoréductase
ou complexe mitochondrial II.
- Il
intervient dans le métabolisme intracellulaire du fer par
un mécanisme complexe. La biosynthèse des récepteurs de
la transferrine, de la ferritine et de l'ALA synthase est
régulée par une protéine intracytoplasmique IRP-1 (iron
regulatory protein) qui en interagissant avec des séquences
de mRNA appelées IRE (iron response elements) régulent la
traduction (translation) des protéines précédentes. Un excès
de NO se comporte comme une déficience intracytoplasmique
en fer, stimule la biosynthèse des récepteurs de la transferrine
et inhibe celle de ferritine et d'ALA synthase, ce qui entraîne
une anémie. Le NO produit en excès au cours d'un état inflammatoire
chronique pourrait ainsi être à l'origine d'une anémie dite
de type inflammatoire.
- Le
NO interagit avec un certain nombre de molécules autres
que des enzymes :
- avec l'ion
superoxyde O2
pour donner l'anion peroxynitrite ONOO-
qui, après protonation, se décompose en radical ·OH
et en radical dioxyde d'azote NO·2.
- avec l'hémoglobine : l'affinité du NO pour l'hémoglobine est 100 000 fois plus importante que celle de l'oxygène. Le NO transforme l'oxyhémoglobine en méthémoglobine et est parallèlement inactivé selon la réaction suivante :
Hb (Fe2+)
O2
+ NO ¾®
Hb (Fe3+)
+ NO3-
Des études
récentes montrent que l'hémoglobine peut servir de transporteur
de NO. L'hémoglobine fixe le NO au niveau du poumon
où elle est nitrosylée et le libère au cours du transit
artérioveineux.
- avec les groupes
RSH qu'il transforme en R-S-NO ou nitrosothiol.
- Le
NO module l'activité de différentes voies de signalisation
conduisant à des effets génomiques.
- Par
les précédents mécanismes, et sans doute d'autres non encore
identifiés, le NO exerce divers effets encore à préciser
: dans la mémorisation et la régulation du sommeil, dans
la différenciation, la maturation et la mort cellulaire
(apoptose), dans l'angiogenèse, l'inflammation et l'effet
cytotoxique des lymphocytes et des macrophages.
Alors que le NO était
considéré initialement comme n'ayant que des effets bénéfiques,
les études ultérieures ont montré qu'une production endogène excessive
de NO peut avoir des effets néfastes : par exemple, à concentration
élevée, il provoque des lésions cérébrales, peut-être par
libération excessive de glutamate responsable de l'ouverture
de canaux cationiques. Il jouerait un rôle dans la genèse
de la maladie de Parkinson et au cours du choc septique. L'excès
de NO pourrait participer à l'altération des cellules ß du
pancréas lors de l'installation du diabète. Il pourrait aussi
stimuler le développement de certaines tumeurs ainsi que l'angiogenèse.
L'anion peroxynitrite, ONOO-,
peut altérer les membranes cellulaires, le DNA et le RNA.
La présence de résidus nitro-tyrosine dans les protéines peut
être considérée comme un marqueur de la production, peut-être
excessive, de NO. Dès lors, des médicaments inhibiteurs de
sa synthèse ou susceptibles de le neutraliser, comme les chélates
de fer ou de cobalt, pourraient avoir des applications thérapeutiques.
Remarque
- Le monoxyde
de carbone CO qui ressemble au NO, notamment par son affinité
pour le fer, est produit dans l'organisme à partir de
l'hème, sous l'influence de l'hème oxygénase. Le CO endogène
pourrait avoir un rôle qui reste à préciser.
- L'hydrogène sulfuré, SH2, est un gaz synthétisé par différentes cellules dont les cellules nerveuses sous l'influence de 2 enzymes, la cystathionine-g-lyase et la cystathionine-b-synthase à partir de la cystéine. Comme le NO, le SH2a un effet vasodilatateur mais son rôle physiopathologique reste à préciser.
Voir
Chélateurs utilisés en thérapeutique.
Utilisation
Le monoxyde d'azote, dilué
dans l'azote, est
présenté en bouteilles de 5 et 20 litres remplies sous une pression de 200 bars. Il est utilisé par inhalation
à très faible concentration, dilué dans un mélange air/oxygène. Il est indiqué dans le traitement de l'hypertension pulmonaire, en particulier
l'hypertension
artérielle pulmonaire néonatale et dans celui d'hypoxémies
réfractaires au cours du syndrome de détresse respiratoire
aiguë. Il a également un effet bronchodilatateur.
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Monoxyde
d'azote
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KINOX* Gaz pour inhalation
INOMAX* 400ppm Gaz pour inhalation |
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Extrait de "Les médicaments" 3ème édition - P. Allain
avec mise à jour Août 2008 par P. Allain |