Communications
intercellulaires
Un très grand nombre
de médicaments agissent en modifiant les communications intercellulaires.
Par communications intercellulaires,
on désigne l'ensemble des interactions qui existent entre
les cellules et par extension entre les cellules et la matrice
extracellulaire. Pour qu'une interaction soit possible, il
faut que les cellules disposent des moyens nécessaires à l'émission
et à la réception de messages. Ces moyens, enzymes,
médiateurs, hormones, récepteurs etc., sont synthétisés par
les cellules à l'initiative de leur acide désoxyribonucléique
(DNA). L'énergie nécessaire au fonctionnement de la cellule
est fournie sous forme d'adénosine triphosphate, ATP, par
les mitochondries qui possèdent leur propre acide désoxyribonucléique.
On peut considérer deux
types d'interactions : celles qui se font par l'intermédiaire
d'un messager et celles qui se font directement par contact
entre deux cellules ou entre une cellule et la matrice extracellulaire,
appelées interactions juxtacrines.
Différents types d'interactions cellulaires Lorsque le messager libéré
par une cellule agit à distance sur une autre cellule après
avoir été véhiculé par le sang, on utilise le terme endocrine ;
lorsqu'il agit sur des cellules voisines de celles qui l'ont
libéré, on utilise le terme paracrine et lorsque le messager
agit sur les cellules qui l'ont libéré, on emploie le terme
autocrine. Le messager, libéré dans la fente synaptique et
appelé médiateur, a des effets à la fois de type paracrine
(récepteurs postsynaptiques) et de type autocrine (récepteurs
présynaptiques). Lorsque l'interaction
comporte un contact entre deux cellules, elle est appelée
juxtacrine et s'accompagne généralement de phénomènes d'adhésion
intercellulaire. La principale caractéristique d'une interaction
juxtacrine est que la molécule informative reste associée
à la cellule qui l'a produite et interagit ainsi avec la cellule
cible. C'est le cas de l'interaction entre une cellule présentatrice
de l'antigène et un lymphocyte. Les mécanismes de transduction
mis en jeu par cette interaction sont du même type que ceux
que l'on observe avec les messagers habituels, hormones, médiateurs
ou cytokines. La transmission d'une
information entre deux cellules A et B, par l'intermédiaire
d'un messager, comporte d'une manière générale les étapes
suivantes :
- La synthèse et
la libération d'un messager, médiateur, hormone ou cytokine
par la cellule A.
- L'interaction
entre le messager libéré par la cellule A et le récepteur
de la cellule B. Les récepteurs sont soit membranaires et
le médiateur n'a pas besoin de pénétrer dans la cellule
pour agir, soit intracellulaires, notamment intranucléaires,
et le médiateur doit pénétrer dans la cellule pour agir.
- La transmission
à l'effecteur du signal capté par le récepteur. Ce système
de transmission peut être plus ou moins complexe mais comporte
en général plusieurs réactions enzymatiques successives,
notamment des phosphorylations.
- La mise en route
de l'effecteur qui transforme le signal reçu par le récepteur
en une ou plusieurs actions ou effets : contraction ou relâchement
d'une fibre musculaire, modification d'une sécrétion, ouverture
ou fermeture d'un canal...
Ces deux dernières étapes
sont intracellulaires et peuvent être désignées sous le terme
de transduction. Pour qu'un messager libéré
dans un environnement complexe puisse rencontrer le récepteur
qu'il active, il doit avoir une grande spécificité ou affinité
pour ce récepteur, ce qui lui permet de ne guère se fixer
aux structures autres que le récepteur lui-même. Cette spécificité
est telle que le récepteur ne reconnaît généralement qu'un
des énantiomères du messager, lorsque celui-ci est apporté
sous la forme de deux isomères, et on parle alors de stéréospécificité.
Chaque type de récepteur est présent dans la cellule en nombre
limité et, si l'on apporte un excès de messager, le récepteur
est saturé et il y a désensibilisation. L'affinité pour un récepteur
d'un médiateur libéré dans la fente synaptique au contact
même du récepteur peut être moindre que celle d'une hormone
qui n'atteint son récepteur qu'après avoir été transportée
par le sang dans lequel elle est présente à très faible concentration
et en contact avec diverses protéines. L'interaction messager/récepteur
est réversible, elle met en jeu des énergies faibles, sans
établissement de liaisons covalentes. Ces interactions nécessitent
une complémentarité structurale et électrostatique du messager
et de son récepteur. Il peut ainsi exister, en fonction de
leur affinité, une compétition entre un messager agoniste
ou actif et une molécule antagoniste. A l'opposé des interactions
messager/récepteur qui ne nécessitent guère d'apport d'énergie,
toutes les autres étapes de la transduction qui sont intracellulaires,
synthèse d'un deuxième messager, amplification du signal,
effets, nécessitent de l'énergie fournie par hydrolyse de
l'ATP. On comprend ainsi l'importance des phosphorylations
par des protéines kinases ou des déphosphorylations par des
protéines phosphatases. Nous verrons successivement
dans ce chapitre :
- les différents
types de molécules informatives
- les récepteurs,
en les classant traditionnellement en récepteurs de la membrane
plasmique et récepteurs intranucléaires, et ceci bien que
l'activation d'un récepteur membranaire puisse conduire
à des effets nucléaires. Nous indiquerons les principales
modalités utilisées par la cellule pour transformer le signal
reçu par le récepteur en effet biologique, en distinguant
schématiquement les modifications qui restent confinées
au cytoplasme et celles qui atteignent le noyau et entraînent
des modifications de la transcription ou de la replication
génique.
- quelques structures
intervenant dans les communications intercellulaires, notamment
la synapse.
Extrait de "Les médicaments" 3ème édition - P. Allain
|