Fibrinolyse
La fibrinolyse consiste
en la dissolution des caillots intravasculaires par la plasmine.
Par ce mécanisme, elle débarrasse la circulation des déchets
de fibrine et facilite la reperméabilisation des vaisseaux
obstrués par des caillots de fibrine.
La plasmine, appelée aussi fibrinolysine, est une protéase
de 560 acides aminés qui hydrolyse la fibrine en fragments appelés produits de dégradation de
la fibrine
mais elle hydrolyse également le fibrinogène et d'autres facteurs de la coagulation. La plasmine provient
de l'hydrolyse du plasminogène au niveau d'un réside arginine.
Le plasminogène est une glycoprotéine de 791 acides aminés, d'origine hépatique, présent dans le plasma, inactif par lui-même, bien que se fixant sur la fibrine.
Le t-PA (tissue-plasminogen activator)
libéré par les cellules endothéliales et l'urokinase,
u-PA (urokinase-plasminogen activator),
provenant de la pro-urokinase, activent la transformation du plasminogène en plasmine.
La libération
de ces activateurs
est
stimulée par les dépôts de fibrine et par la thrombine. Le t-PA se fixe préférentiellement à la fibrine qui est présente au niveau du caillot et peu au plasminogène qui est présent dans le plasma alors que l'urokinase a peu d'affinité pour la fibrine ; ceci explique la spécificité d'action du t-PA. Par ailleurs, l'urokinase est présente à la surface des cellules néoplasiques et favorise
leur pouvoir invasif et métastatique.
Il existe des inhibiteurs
endogènes du t-PA et de l'u-PA appelés PAI (plasminogen activator
inhibitor) qui, en inhibant les activateurs,
réduisent la transformation du plasminogène
en plasmine et donc l'activité fibrinolytique. Les estrogènes,
administrés après la ménopause,
réduiraient la concentration
plasmatique de cet inhibiteur et
augmenteraient
la capacité fibrinolytique.
L'a2-antiplasmine
est une glycoprotéine de 452 acides aminés, qui neutralise
la plasmine circulante en formant avec elle, par liaison covalente,
un complexe inactif. Elle ne neutralise pas la plasmine déjà fixée
à la fibrine ou à l'acide tranexamique, ce dernier étant utilisé
en thérapeutique comme antifibrinolytique.
Le système fibrinolytique
est en équilibre entre deux contraintes détruire les caillots
intravasculaires qui se forment et ne pas provoquer d'hémorragies
par dissolution de caillots hémostatiques et du fibrinogène.

Régulation de l'activité de la plasmine
Médicaments fibrinolytiques
ou thrombolytiques
Les fibrinolytiques ou
thrombolytiques sont des médicaments qui accélèrent la dissolution
des caillots intravasculaires.
Ils favorisent la transformation
du plasminogène
inactif en plasmine active : ce sont le T-PA et ses analogues,
la streptokinase et
l'urokinase qui n'est plus commercialisée. Ces médicaments doivent être administrés le plus tôt possible après la constitution du caillot pour tenter de le dissoudre et lever ainsi l'obstruction du vaisseau. On associe habituellement aux thrombolytiques l'aspirine et l'héparine mais en les administrant séparément, sans les «mélanger».
Indications
Les thrombolytiques ont les mêmes indications:
- Infarctus du
myocarde très récent : une intervention dans les trois premières
heures est souhaitable
- Embolie pulmonaire
- Thromboses veineuses
- Certains
accidents vasculaires cérébraux ischémiques aigus.
L'héparine et/ou l'aspirine
sont généralement associées au traitement par les fibrinolytiques.
Les fibrinolytiques s'administrent
par voie parentérale :
- soit par voie
intraveineuse générale, en perfusion ou en bolus, selon les produits,
- soit par voie
locale, par exemple intracoronaire ou intra-artérielle.
On obtient ainsi un effet plus spécifique, au prix d'une
difficulté technique : introduire un cathéter dans l'artère
thrombosée.
Effets indésirables
Le risque majeur des
traitements thrombolytiques est l'hémorragie, en particulier
les hémorragies cérébrales. Ces hémorragies peuvent provenir
:
- de la lyse de
caillots hémostatiques
- d'un état de
fibrinogénolyse par destruction des facteurs de la coagulation
: le fibrinogène ainsi que les facteurs V et VIII
- de l'effet de
l'héparine lorsqu'elle est associée aux fibrinolytiques.
Par ailleurs, surtout la streptokinase, il peut y avoir des manifestations
allergiques, voire des chocs.
Les avantages théoriques des t-PA sur la streptokinase, beaucoup moins coûteuse, ne se traduisent pas nécessairement par une amélioration nette du rapport efficacité/tolérance lors des essais cliniques comparatifs, peut-être parce que les t-PA dissolvent plus de caillots hémostatiques utiles.
Par ailleurs, beaucoup de
tumeurs métastasiantes sécrètent de grandes quantités
d'activateurs du plasminogène et les inhibiteurs de ces
activateurs pourraient avoir un intérêt en cancérologie.
Antifibrinolytiques
Lorsque l'activité fibrinolytique
est excessive, elle peut provoquer des hémorragies par attaque
des caillots hémostatiques et du fibrinogène. Il peut être
nécessaire de la freiner. Les deux médicaments utilisés dans
cette indication sont l'aprotinine et l'acide tranexamique.
- Aprotinine
- L'aprotinine,
obtenue à partir du poumon de bœuf, polypeptide d'environ
50 acides aminés présent dans divers organes, est un
inhibiteur de certaines enzymes protéolytiques comme
la trypsine, la chymotrypsine, la plasmine, de certains
activateurs du plasminogène et de la kallikréine. Cette
dernière joue un rôle essentiel dans l'activation du
facteur XII, c'est-à-dire dans l'initiation de la coagulation.
- L'aprotinine,
présentée en solution injectable par voie intraveineuse,
est indiquée dans les syndromes hémorragiques d'origine
fibrinolytique où elle antagonise les effets de la plasmine.
Elle est également utilisée en chirurgie cardiaque sous
circulation extracorporelle pour réduire le risque hémorragique
par fibrinolyse.
- Elle peut
aussi être utilisée dans le traitement des pancréatites
aiguës et des épidermolyses bulleuses où l'on suspecte
une activation de diverses protéases.
|
Aprotinine
|
ANTAGOSAN* Inj
TRASYLOL*
Inj |
- Acide tranexamique
- L'acide tranexamique
se fixe réversiblement à un résidu lysine du plasminogène
auquel il reste fixé même après la transformation du
plasminogène en plasmine. Cette dernière ayant fixé
l'acide tranexamique est inactive et la fibrinolyse
est inhibée.
-
- L'acide tranexamique
est utilisé dans le traitement préventif et curatif
des états hémorragiques consécutifs à une fibrinolyse,
par exemple lors d'interventions chirurgicales sur la
sphère O.R.L. ou sur l'appareil génital de la femme.
|
Acide tranexamique
|
EXACYL*
Cp, Inj |
- L'acide aminocaproïque
qui avait les mêmes indications que l'acide tranexamique
mais était moins efficace n'est plus disponible.
Autres hémostatiques
Un certain nombre de médicaments classés parmi les
hémostatiques agissent par vasoconstriction ou en formant une
trame qui sert de support à la formation du caillot.
L'étamsylate, qui s'administre par voie générale,
parentérale ou buccale, diminue la perméabilité capillaire,
s'oppose à la distension des vaisseaux et augmente de plus
l'adhésivité des plaquettes. Il est utilisé pour
prévenir les saignements en nappe. Il a été essayé
pour la prévention de l'hémorragie intraventriculaire du nouveau-né.
| Etamsylate |
DICYNONE Cp et Inj |
Parmi les hémostatiques locaux, on peut citer les colles biologiques imprégnées de facteurs procoagulants (Beriplast*, Tissucol Kit*), des gazes hémostatiques résorbables (Surgicel*), des compresses imprégnées de collagène hémostatique (Pangen*), d'alginate de calcium ( Algostéril*, Coalgan* ) qui sont utilisées essentiellement en chirurgie.
La compression
seule et l'application de glace accélèrent aussi l'arrêt d'un
saignement mineur.
La desmopressine, (OCTIM SPRAY*, MINIRIN* injectable) est utilisée dans la prévention et le traitement de l'hémophilie A mineure et de la maladie de Willebrand parce qu'elle augmente la libération du facteur VIII et du facteur Willebrand (Voir "Analogues structuraux".).
Les estrogènes conjugués ont été utilisés dans le traitement de certaines ménorragies.
Extrait de "Les
médicaments" 3ème édition - P. Allain
avec mise à jour Juin 2004 par P. Allain |