Effets des catécholamines
Les effets de la noradrénaline et de l'adrénaline sont souvent désignés sous le terme adrénergiques et ceux de la dopamine sous le terme dopaminergiques.
La comparaison de l'activité
de divers agonistes et divers antagonistes adrénergiques a
conduit à distinguer plusieurs types de récepteurs responsables
d'effets pharmacologiques spécifiques. On parlera indifféremment
d'effets ou de récepteurs d'un type donné : a et ß (a1,
a2, ß1, ß2, ß3)
et dopaminergiques (D1,
D2,
D3,
D4
et D5).
Les données qui ont conduit à différencier ces types de récepteurs
sont trop complexes pour pouvoir être exposées ici.
D'autres sous-classes
de récepteurs ont été décrites dans la littérature, mais nous
ne les aborderons pas car pour le moment il n'en découle pas
d'applications thérapeutiques.
Le couplage des récepteurs
adrénergiques s'effectue par l'intermédiaire des protéines
G qui modulent l'activité de la phospholipase C et du calcium
(récepteur a1)
et de l'adénylcyclase qui peut être inhibée (récepteur a2)
ou activée (récepteurs ß1,
ß2,
ß3).
Effets
adrénergiques alpha et
bêta
Effets périphériques
Les principaux effets
adrénergiques périphériques de type a
(a1,
a2)
et ß (ß1,
ß2
et ß3)
des catécholamines sont résumés dans le tableau
qui suit.
- La stimulation
des récepteurs a1
postsynaptiques se traduit essentiellement par une vasoconstriction,
des contractions utérines, un effet pro-agrégant plaquettaire,
une mydriase et une contraction du sphincter urétral.
- Les récepteurs
a2
sont le plus souvent présynaptiques et leur stimulation
se traduit par une diminution de la libération de noradrénaline.
Il existe cependant des récepteurs a2
postsynaptiques qui favorisent l'agrégation plaquettaire.
- Les récepteurs
ß1
sont postsynaptiques et localisés essentiellement au niveau
du cœur. Leur stimulation se traduit par un effet inotrope
positif (augmentation de la force de contraction), chronotrope
positif (accélération du rythme), dromotrope positif (accélération
de la conduction) et bathmotrope positif (augmentation de
l'excitabilité).
- Les récepteurs
ß2
sont essentiellement postsynaptiques. Leur stimulation entraîne
une vasodilatation, une bronchodilatation, un relâchement
de l'utérus et une stimulation cardiaque indiscutable mais
moindre que celle de la stimulation ß1.
On estime qu'il y a environ 80% de récepteurs ß1
et 20% de récepteurs ß2
au niveau du cœur. La stimulation des récepteurs ß2
augmente la captation de potassium par le muscle,
ce qui peut entraîner une diminution de sa concentration
plasmatique.
- Les récepteurs
ß3
postsynaptiques présents au niveau des adipocytes sont responsables,
par activation de l'adénylcyclase et formation d'AMP cyclique,
de la lipolyse et d'une stimulation de la respiration mitochondriale
avec dissipation de chaleur. Il existerait chez certains
obèses une déficience d'activité lipolytique ß3
et l'utilisation d'agonistes ß3
dans le traitement de l'obésité est envisagée. Les récepteurs
ß3
présynaptiques modulent la libération des catécholamines.
Effets
adrénergiques centraux
Les effets des catécholamines
au niveau du système nerveux central sont complexes et encore
mal précisés.
- La noradrénaline
intervient dans la régulation de l'humeur, ce qui explique
que des médicaments qui augmentent sa concentration au niveau
des synapses en inhibant sa recapture exercent un effet
antidépresseur et favorisent le maintien de l'éveil et de
la vigilance.
- Il existe au
niveau du système nerveux central, en plus des récepteurs
postsynaptiques, des récepteurs présynaptiques a2
qui inhibent la libération de noradrénaline, ce qui réduit
la stimulation sympathique (diminution de la fréquence des
potentiels d'action au niveau de la fibre présynaptique
sympathique) et la libération de noradrénaline par les terminaisons
adrénergiques périphériques. Leur stimulation par l'a-méthyl-noradrénaline,
métabolite de l'a-méthyldopa,
entraîne des effets hypotenseurs et sédatifs. Les médicaments
agissant comme l'a-méthyldopa
sont habituellement appelés sympatholytiques ou hypotenseurs
centraux.
- Il existe des
récepteurs dits aux imidazolines qui pourraient avoir un
agoniste endogène, l'endazoline, et dont la stimulation
entraîne des effets similaires à ceux de la stimulation
a2.
Leur activation par des médicaments comme la clonidine entraîne
une inhibition du système sympathique et une diminution
de la pression artérielle.
Effets dopaminergiques
La dopamine a des effets
périphériques et centraux
Effets périphériques
A doses faibles la dopamine
entraîne des effets périphériques spécifiques :
- vasodilatation
rénale, mésentérique, coronaire et cérébrale (par effet
sur les récepteurs D1)
favorisant un abaissement de la pression artérielle
- diminution de
la réabsorption tubulaire de Na+
(D2)
- diminution de
la libération de rénine et d'aldostérone
- inhibition de
la motilité gastroduodénale, probablement par l'intermédiaire
d'une inhibition de la sécrétion de la motiline qui est
un polypeptide formé de 22 acides aminés
- nausées et vomissements
par stimulation de la zone chémoréceptrice qui, bien que
centrale, peut être atteinte par voie périphérique, sans
nécessiter la traversée de la barrière hémato-encéphalique.
Les effets non spécifiques,
qui apparaissent lors de l'administration par voie intraveineuse
de dopamine à dose élevée, résultent de la libération de noradrénaline
endogène et de la stimulation des récepteurs adrénergiques
a
et ß (voir précédemment).
Effets centraux
Les effets des médiateurs
dont ceux de la dopamine sur le système nerveux central sont
complexes et il n'est pas possible d'en donner une description
précise. Toutefois un certain nombre de données anatomiques,
biologiques et physiopathologiques sont utiles à la compréhension
générale du mode d'action des médicaments interagissant avec
le système dopaminergique.
- Sur
le plan anatomique, on distingue trois principales structures
dopaminergiques :
- le faisceau
mésocorticolimbique, allant de la partie ventrale du
tegmen au Noyau accumbens, jouant un rôle dans les émotions
et où prédominent les récepteurs de type D3
- le faisceau
nigrostrié allant de la Substantia nigra au striatum,
intervenant dans le contrôle des mouvements, où prédominent
les récepteurs de type D1
et D2
et qui est altéré en cas de maladie de Parkinson
- le faisceau
tubéro-infundibulaire situé au niveau hypothalamo-hypophysaire,
intervenant dans la sécrétion de prolactine et où prédominent
les récepteurs de type D2
- Sur
le plan biologique, les récepteurs dopaminergiques, qui
peuvent être présynaptiques et postsynaptiques, sont le
plus souvent divisés en cinq types D1,
D2,
D3,
D4
et D5.
Le récepteur D5
a des similitudes avec le récepteur D1
et les récepteurs D3
et D4
avec le récepteur D2.
L'activation des récepteurs D1
entraîne une stimulation de l'adénylcyclase et l'augmentation
de l'AMP cyclique. L'activation des récepteurs D2
inhibe l'adénylcyclase et activerait la phospholipase C.
Mais il est encore difficile d'attribuer des fonctions précises
à chacun de ces types de récepteurs qui pourraient, en outre,
comme les récepteurs D4,
présenter des différences polymorphiques en fonction des
individus, c'est-à-dire se subdiviser en sous-groupes. L'existence
de tel ou tel sous-groupe pourrait être liée à une susceptibilité
particulière pour certaines maladies, comme les psychoses,
et à l'effet de certains médicaments.
- Sur
le plan physiopathologique, on connaît, au moins partiellement,
les conséquences d'une déficience ou d'un excès de dopamine.
- La déficience
en dopamine par l'altération des neurones dopaminergiques
des noyaux gris centraux est responsable des tremblements,
de l'akinésie et de la rigidité que l'on observe dans
la maladie de Parkinson. Ces symptômes résultent au
moins partiellement d'une activité des neurones cholinergiques
devenue excessive en raison de la déficience en dopamine.
- Inversement,
un hyperfonctionnement du système dopaminergique limbique
semble responsable d'au moins un certain nombre de symptômes
observés au cours des psychoses et l'administration
de neuroleptiques, c'est-à-dire d'antagonistes dopaminergiques
de type D2
et D4,
les atténue.
. Il y aurait chez certains schizophrènes un hypo-activité de type D1 et un hyperactivité de type D2.
- Il existe
des récepteurs dopaminergiques présynaptiques qui, lorsqu'ils
sont stimulés par la dopamine, inhibent sa propre libération.
- Les produits
ou les médicaments qui activent les récepteurs dopaminergiques,
directement ou indirectement par augmentation de la
concentration de dopamine au niveau de certaines synapses,
en inhibant sa recapture ou en favorisant sa libération,
entraînent un certain nombre de symptômes caractéristiques :
- augmentation
de la vigilance avec diminution des besoins de sommeil,
insomnie
- stimulation
locomotrice, logorrhée
- réduction
de la sensation de fatigue
- anorexie
- nausées et
vomissements
- tendance
à la dépendance psychique : l'augmentation de la dopamine
au niveau du Noyau accumbens joue un rôle apparemment
essentiel dans les mécanismes de la récompense et de la dépendance
- apparition
d'un délire, d'hallucinations.
- Sur
le plan endocrinien, l'effet majeur de la dopamine est l'inhibition
de la sécrétion de prolactine par stimulation des récepteurs
D2.
La dopamine augmente la sécrétion de l'hormone de croissance,
sauf chez les acromégales.
Extrait de "Les
médicaments" 3ème édition - P. Allain
avec mise à jour Septembre 2004 par P. Allain |