Métabolisme des
catécholamines endogènes
Biogenèse
Les étapes de la biogenèse
des catécholamines sont résumées dans le tableau ci-joint.
Grâce à l'intervention d'enzymes, la phénylalanine est transformée
successivement en tyrosine, dihydrophénylalanine
(DOPA), dopamine,
noradrénaline et adrénaline.
Cette biogenèse est soumise
à une régulation neuronale qui s'exerce essentiellement par
l'intermédiaire de la tyrosine hydroxylase présente dans le
cytoplasme, qui est l'enzyme limitante de la synthèse des
catécholamines. La stimulation des neurones augmente l'activité
de la tyrosine hydroxylase après sa phosphorylation par des
protéines kinases dépendantes de l'AMP cyclique.
L'activité de l'enzyme
nécessite la présence de tétrahydrobioptérine, elle-même régénérée
par le NADH + H+,
nicotinamide adénine dinucléotide réduit. Celui-ci, administré
à des malades atteints de la maladie de Parkinson pour compenser
la diminution de l'activité de la tyrosine hydroxylase dans
le cerveau, apporterait une amélioration de leur état clinique.
Les étapes de la synthèse
des catécholamines se déroulent dans des structures cellulaires
différentes : la tyrosine pénètre dans le neurone où elle
est transformée en dopa puis en dopamine; celle-ci pénètre
dans les granules ou vésicules de stockage où elle peut être
transformée en noradrénaline sous l'influence de la dopamine-ß-hydroxylase.
Les vésicules de stockage
sont plus petites et plus denses que les mitochondries et
contiennent de l'adénosine triphosphate ou ATP, des catécholamines
(4 molécules de catécholamines pour 1 molécule d'ATP), du
calcium et du magnésium, ainsi que des protéines appelées
chromogranines. La monoamine oxydase est présente dans les
terminaisons adrénergiques, mais en dehors des granules.
Distribution tissulaire
- La glande médullosurrénale
est l'organe le plus riche en catécholamines. Elle contient
beaucoup plus d'adrénaline que de noradrénaline.
- Les fibres postsynaptiques
sympathiques synthétisent la noradrénaline, mais pas l'adrénaline.
Les tissus à innervation sympathique, comme le cœur et les
vaisseaux, contiennent donc de la noradrénaline. Ils peuvent,
en outre, fixer les catécholamines circulantes comme l'adrénaline.
- Le cerveau, riche
en noradrénaline et dopamine (système extrapyramidal), contient
peu d'adrénaline.
Libération
Comme les autres médiateurs,
les catécholamines endogènes ne déterminent leurs effets qu'après
leur libération. Sous l'effet de l'influx nerveux, les terminaisons
sympathiques libèrent la noradrénaline, la glande médullosurrénale
libère l'adrénaline et la noradrénaline. En plus des catécholamines,
il y a libération
d' adénosine triphosphate, ATP, et de dopamine ß-hydroxylase ainsi
que de peptides tels que le neuropeptide Y. Cette libération
s'effectue par exocytose, la vésicule de stockage venant se
rompre au contact de la membrane cellulaire.
Comme les récepteurs
adrénergiques sont en contact avec des terminaisons sympathiques,
on conçoit que la noradrénaline libérée agisse essentiellement
sur les organes où elle est libérée et ne passe que secondairement
dans la circulation générale, alors que l'adrénaline et la
noradrénaline libérées par la glande médullosurrénale passent
directement
Concentration plasmatique
La concentration plasmatique
d'une substance est la résultante d'une part de sa libération
et d'autre part de sa capture par les tissus et de son catabolisme.
Dans les conditions de repos couché, les concentrations plasma-tiques
de noradrénaline, d'adrénaline et de dopamine sont faibles
(moins de
1 microgramme par litre), mais elles peuvent s'élever conditions physiologiques (adaptation)
ou pathologiques. Par exemple, lors du passage de la position
couchée à la position debout, la concentration de noradrénaline
double : elle passe de 0,25-0,5 à 0,5-1 On observe une élévation
anormale des catécholamines plasmatiques au cours des phéochromocytomes
qui sont des tumeurs de la glande médullosurrénale.
Inactivation
Les catécholamines sont rapidement inactivées par métabolisation par les enzymes catéchol-oxyméthyltransférase (COMT) monoamine oxydase (MAO), ainsi que par recapture neuronale et extraneuronale. Leurs effets physiologiques sont donc fugaces.
Action de la COMT
La COMT, essentiellement
extraneuronale, catalyse la méthylation d'un des deux atomes
d'oxygène du noyau catéchol. Dans les milieux biologiques,
la méthylation s'effectue préférentiellement en position 3
ou méta. Les dérivés monophénol ne sont pas méthylés, ce qui
expliquerait, au moins en partie, leur plus longue durée d'action.
Les produits obtenus
à partir des catécholamines sous l'influence de la COMT sont
la métanéphrine, la normétanéphrine et la 3-méthoxy-4-hydroxy-phényl-éthylamine
ou 3-méthoxy-dopamine dont l'élimination urinaire peut augmenter
au cours des phéochromocytomes.
Les inhibiteurs de la
COMT prolongent et renforcent les effets des catécholamines.
Action de la MAO
La MAO désigne un groupe
d'enzymes présentes à l'intérieur des neurones, mais également
présentes dans le plasma sanguin, qui catalyse la désamination
oxydative des monoamines : adrénaline, noradrénaline, dopamine,
sérotonine... Elle catalyse la transformation de l'amine en
aldéhyde selon la réaction suivante :
L'eau oxygénée est décomposée
par la catalase et la peroxydase. L'aldéhyde R-CHO est ensuite
oxydée en acide par l'aldéhyde oxydase, ce qui conduit à l'acide
3-4-dihydroxy-mandélique qui provient de l'adrénaline et de
la noradrénaline, et l'acide homoprotocatéchique qui provient
de la dopamine. L'aldéhyde peut également être réduit en alcool.
Les inhibiteurs de la
monoamine oxydase (IMAO) inhibent cette réaction et sous leur
influence la teneur des tissus en monoamines s'élève. Les
principaux inhibiteurs de la MAO sont utilisés comme antiparkinsoniens
et comme antidépresseurs.
Action combinée
de ces deux processus enzymatiques
La méthylation, précédant
la désamination ou inversement, conduit à l'acide vanylmandélique
(VMA), l'acide homovanillique (HVA), mais aussi aux alcools
: méthoxy-hydroxy-phényl-glycol (MHPG) et méthoxy-hydroxy-phényl-éthanol
(MHPE).
Les catécholamines et
leurs métabolites peuvent être conjugués par sulfoconjugaison
et glycuroconjugaison.
L'exploration des anomalies
du métabolisme des catécholamines, notamment en cas de recherche
de phéochromocytome, comporte le dosage des catécholamines
et des métanéphrines plasmatiques et urinaires ainsi que celui
du VMA et du HVA urinaires.
Recapture
Les catécholamines libérées
par les terminaisons adrénergiques sont en grande partie recaptées
par les terminaisons adrénergiques elles-mêmes - c'est la
recapture intraneuronale ou uptake 1 - et par d'autres tissus
- c'est la capture extraneuronale ou uptake 2.
La recapture intraneuronale
est assurée par des transporteurs sodium, chlorure-dépendants,
spécifiques soit de la noradrénaline soit de la dopamine.
Le fonctionnement de ces transporteurs est régulé d'une manière
complexe et peut être inhibé par divers médicaments : plusieurs
antidépresseurs, la cocaïne, l'amphétamine. L'inhibition de
la recapture d'un médiateur tend à augmenter sa concentration
dans la fente synaptique.
La capture extraneuronale
est surtout mise en évidence au niveau de certains tissus
lorsque les concentrations de catécholamines libérées ou administrées
sont très élevées. Elle est inhibée par la normétanéphrine
et la métanéphrine. Son rôle physiologique semble peu important.
Catabolisme des catécholamines
Extrait de "Les
médicaments" 3ème édition - P. Allain
avec mise à jour Septembre 2004 par P. Allain |