Antagonistes
des récepteurs nicotiniques
Les antagonistes nicotiniques
inhibent les effets de l'acétylcholine sur les récepteurs
nicotiniques. Selon leurs effets prépondérants, on distingue
les antagonistes agissant au niveau du système nerveux autonome,
ou ganglioplégiques, et ceux qui agissent au niveau de la
synapse neuromusculaire, ou curarisants.
Ganglioplégiques
Le terme de ganglioplégiques
désigne les médicaments qui, en s'opposant à l'effet de l'acétylcholine
sur les ganglions du système nerveux autonome, inhibent la
transmission synaptique. Ils inhibent à la fois l'influence
du sympathique et du parasympathique sur les organes innervés
par le système nerveux autonome. Ils inhibent les récepteurs
postsynaptiques nicotiniques sans stimulation préalable, contrairement
à la nicotine qui les stimule à dose moyenne et les inhibe
à dose très élevée.
Après administration
d'un ganglioplégique à dose suffisante, l'excitation des fibres
présynaptiques sympathiques et parasympathiques devient inactive
alors que l'excitation des fibres postsynaptiques entraîne
une réponse de l'effecteur.
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SYSTEME DOMINANT |
ORGANES |
EFFETS |
|
Tonus sympathique
supérieur à
Tonus parasympathique
|
Vaisseaux (artères, veines)
|
Vasodilatation |
Tonus sympathique
inférieur à
Tonus parasympathique
|
Cœur
Œil
Intestin
Vessie |
Tachycardie
Mydriase
Diminution
du tonus
de la motilité
Constipation
Rétention d'urine |
Effet d'un ganglioplégique de type penthonium
Les effets observés sur
les différents organes dépendent de la prédominance de l'effet
sympathique ou parasympathique :
- Si le tonus sympathique
prédomine sur le tonus parasympathique, la suppression des
deux influences se manifestera par des effets de type parasympathique;
- Inversement,
si le tonus parasympathique prédomine sur le tonus sympathique,
la ganglioplégie entraînera un effet de type sympathique.
Les ganglioplégiques
dont la substance de référence était le penthonium ne sont
plus utilisés en thérapeutique en raison de leur manque de
spécificité, car ils inhibent à la fois le sympathique et
le parasympathique
Curarisants
Les inhibiteurs des récepteurs nicotiniques neuromusculaires sont des curarisants utilisés en thérapeutique pour provoquer un relachement des muscles squelettiques pendant les interventions chirurgicales. On en distingue deux types
: les antagonistes compétitifs de type tubocurarine et les
antagonistes dépolarisants de type suxaméthonium qui agissent
comme un excès d'acétylcholine.
Inhibiteurs de la
dépolarisation ou acétylcholinocompétitifs
Les acétylcholinocompétitifs
ont une grande affinité pour les récepteurs nicotiniques postsynaptiques
sur lesquels ils se fixent. En s'opposant aux effets de l'acétylcholine,
ils inhibent l'ouverture des canaux cationiques et la transmission
synaptique est inhibée. Toutefois un excès d'acétylcholine
tend à chasser, par compétition, ces antagonistes des récepteurs
cholinergiques et à rétablir la transmission. Tout produit
susceptible d'augmenter la concentration d'acétylcholine au
niveau de la plaque motrice tend à antagoniser les effets
des acétylcholinocompétitifs.
Le mécanisme d'action
de la d-tubocurarine a été démontré expérimentalement.
Lorsqu'on introduit de
la d-tubocurarine au niveau de la plaque motrice d'une fibre
musculaire isolée, on constate les faits suivants :
- La d-tubocurarine
n'a pas d'action propre et ne donne ni contraction, ni dépolarisation.
- Elle inhibe la
contraction musculaire consécutive à la stimulation du nerf
moteur ou à l'application d'acétylcholine au niveau de la
synapse.
- Elle réduit à
la fois l'amplitude et la durée du potentiel de plaque motrice
provoqué par la stimulation du nerf ou l'application d'acétylcholine.
- L'apport d'un
excès d'acétylcholine ou d'un anticholinestérasique s'oppose
à ses effets.
Lorsque l'on applique
de la d-tubocurarine en dehors de la plaque neuromusculaire,
sur le nerf ou le muscle, elle est sans action, même à dose
élevée.
La conséquence de l'inhibition
de la transmission neuromusculaire est un relâchement musculaire
commençant par les muscles des extrémités, atteignant les
muscles du tronc, de la nuque et enfin le diaphragme. En absence
de respiration artificielle, la paralysie du diaphragme provoque
la mort par anoxie.
La récupération, c'est-à-dire
la disparition des effets de la d-tubocurarine, commence par
les muscles de la face et du diaphragme puis successivement
par les muscles des jambes, des bras, du tronc, du pharynx.
La d-tubocurarine ne
provoque ni perte de conscience, ni troubles de la mémoire,
ni analgésie, ni altération des sensations, car elle ne traverse
pas la barrière hémato-encéphalique.
La d-tubocurarine n'a
pas d'effet ganglioplégique notable. Elle modifie peu le rythme
cardiaque et la pression artérielle. Toutefois, lors de l'injection
rapide d'une dose élevée, on peut observer une chute de la
tension artérielle dont le mécanisme n'est pas entièrement
élucidé : la diminution du retour veineux, consécutive au
relâchement musculaire, et la libération d'histamine qu'elle
provoque pourraient la favoriser.
La d-tubocurarine n'est
plus utilisée car les nouveaux produits commercialisés sont
plus intéressants. Leur effet apparaît plus rapidement après
leur administration et cesse plus franchement après leur arrêt
que celui de la d-tubocurarine. Leur cinétique d'action tend
à se rapprocher de celle du suxaméthonium. Ils sont moins
ganglioplégiques et moins libérateurs d'histamine.
Les médicaments utilisés
actuellement sont le pancuronium, le vécuronium, le tracrium,
le rocuronium, le mivacurium et le cisatracurium.
Le mivacurium a la particularité
d'être inactivé par les pseudocholinestérases et, lorsque
ces dernières sont déficientes, sa durée d'action est très
augmentée.
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Pancuronium |
PAVULON*
Inj |
|
Vécuronium |
NORCURON* « |
|
Atracurium |
TRACRIUM* « |
|
Rocuronium |
ESMERON* « |
|
Mivacurium |
MIVACRON* « |
|
Cisatracurium.
|
NIMBEX* « |
Certains médicaments
sont susceptibles de modifier l'activité des acétylcholinocompétitifs
:
- par antagonisme
: les anticholinestérasiques (néostigmine etc.)
- par synergie
: les ganglioplégiques et certains antibiotiques du groupe
des aminosides (streptomycine, néomycine, kanamycine), du
groupe des polypeptides (polymyxine, colimycine et les tétracyclines),
l'ion magnésium et les anesthésiques généraux volatils tels
que l'halothane et le forane.
Inhibiteurs dépolarisants
Le seul médicament de
ce groupe à être utilisé en clinique est le suxaméthonium
ou succinylcholine. Le suxaméthonium n'est pas un cholinolytique
mais un cholinomimétique qui, apporté en excès, se comporte
comme un cholinolytique.
Le suxaméthonium, après
une stimulation initiale transitoire, inhibe la transmission
neuromusculaire comme le ferait un excès d'acétylcholine.
L'inhibition résulte d'une désensibilisation des récepteurs
à l'effet de l'acétylcholine.
L'action myorésolutive
du suxaméthonium se caractérise essentiellement par sa brièveté
: chez l'homme après une administration unique par voie intraveineuse,
la résolution musculaire, souvent précédée de fasciculations
et de contractions musculaires, apparaît en moins d'une minute
et disparaît en moins de trois minutes. Si l'on désire obtenir
une curarisation plus longue, il faut l'administrer en perfusion
intraveineuse.
Cette brièveté d'action
du suxaméthonium est la conséquence de son hydrolyse par les
cholinestérases sériques pour donner la choline et la succinyl-mono-choline
qui est elle-même hydrolysée en choline et acide succinique.
Chez certains individus,
il existe un déficit de l'activité cholinestérasique et l'hydrolyse
du suxaméthonium se fait extrêmement lentement, ce qui entraîne
une plus longue durée d'action et la possibilité d'accidents
lors de son utilisation en anesthésiologie. En cas d'accident
de ce type, il n'y a pas d'antidote. On peut apporter l'enzyme
par une transfusion de sang total ou de plasma.
On ne connaît pas d'antagoniste
du suxaméthonium mais on connaît des médicaments qui renforcent
son action : les anticholinestérasiques et des médicaments
comme la procaïne qui sont aussi hydrolysés par les pseudocholinestérases.
|
Suxaméthonium |
CÉLOCURINE* Inj
|
Les principaux effets
secondaires observés avec le suxaméthonium résultent d'une
stimulation de certains récepteurs cholinergiques : la stimulation
muscarinique peut être à l'origine d'une bradycardie, d'hypotension,
d'un bronchospasme, alors que la stimulation des récepteurs
nicotiniques peut donner une tachycardie et une hypertension.
On peut aussi observer une hyperkaliémie par fuite de potassium
intracellulaire dans le plasma.
Utilisation thérapeutique
Tout muscle squelettique
même à l'état de repos est soumis à une tension que l'on désigne
par tonus musculaire. Cette tension musculaire qui se montre
gênante au cours des interventions chirurgicales peut être
réduite ou supprimée temporairement par l'administration d'inhibiteurs
de la transmission neuromusculaire qui soustraient le muscle
squelettique à l'influence de son nerf moteur. Environ 95%
des patients anesthésiés reçoivent des inhibiteurs de la transmission
neuromusculaire. La principale cause de décès post -anesthésique
est la dépression respiratoire qui peut être provoquée par
les curarisants.
Indications
Les curarisants sont
couramment utilisés en chirurgie, en orthopédie, en endoscopie
(intubation, etc.) et pour prévenir les traumatismes au cours des électrochocs
et du tétanos.
Contre-indications
- L'absence d'un
matériel pouvant permettre une ventilation artificielle
efficace et surtout l'absence d'un anesthésiologiste qualifié
sont des contre-indications absolues à l'emploi des curarisants.
- Certains patients,
les myasthéniques, les anciens poliomyélitiques et les malades
traités par des médicaments susceptibles de renforcer l'action
des myorésolutifs, nécessitent des précautions d'emploi
des curarisants.
Une recurarisation, due
par exemple à la diffusion d'un antibiotique, peut avoir de
graves conséquences lorsqu'elle survient après cessation de
la respiration assistée.
L'antidote à une curarisation
excessive provoquée par les acétylcholinocompétitifs est la
prostigmine.
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Extrait de "Les médicaments" 3ème édition - P. Allain
avec mise à jour Août 2008 par P. Allain |