Antagonistes
des récepteurs muscariniques - Atropine
L'atropine est un alcaloïde
extrait des feuilles d'un arbrisseau appelé Atropa belladona
qui agit essentiellement au niveau périphérique.
Action sur le système
nerveux autonome
L'atropine est un inhibiteur
compétitif des récepteurs cholinergiques muscariniques. Son
action se traduit par une diminution du tonus parasympathique,
de sorte que l'influence du sympathique devient prépondérante.
Action cardiovasculaire
- Action cardiaque
: L'effet de l'atropine se traduit essentiellement par une
modification du rythme cardiaque :
- à dose très
faible, elle peut donner un ralentissement par stimulation
du centre cardio-modérateur.
- à dose thérapeutique,
elle provoque en général une accélération cardiaque
par suppression du tonus vagal, et, sous son influence,
il n'y a plus de bradycardie réflexe au cours des hypertensions
artérielles.
- Action vasculaire
: comme il n'y a pas de tonus parasympathique au niveau
des vaisseaux, l'atropine n'a pas d'effets vasculaires,
mais elle s'oppose à la vasodilatation provoquée par une
injection intraveineuse d'acétylcholine chez l'animal.
- Action sur la
pression artérielle :
- à dose thérapeutique,
l'atropine n'entraîne pas de modifications de la pression
artérielle en dépit de l'accélération cardiaque.
- à dose très
élevée ou toxique, elle entraîne une chute de la pression
artérielle par dépression des centres vasomoteurs et
par vasodilatation cutanée, peut-être secondaire à une
libération d'histamine.
Action sur l'œil
L'atropine supprime l'influence
du parasympathique sur l'œil, ce qui provoque :
- une dilatation
de la pupille par mydriase passive avec augmentation du
diamètre de l'iris.
- une tendance
à l'augmentation de la pression intra-oculaire par augmentation
du diamètre de l'iris qui gêne, en cas d'angle étroit, l'évacuation
de l'humeur aqueuse par le canal de Schlemm. L'atropine
est donc contre-indiquée en cas de glaucome.
- une paralysie
de l'accommodation ou cycloplégie perturbant la vision de
près.
Il est à noter qu'après
administration locale sous forme de collyre, l'atropine a
une très longue durée d'action : la dilatation de la pupille
peut persister plusieurs jours.
Action sur les muscles
lisses
Comme l'acétylcholine
a une action contracturante sur tous les muscles lisses sauf
sur les muscles vasculaires, l'atropine les relâche : elle
a une action antispasmodique.
Sur le tube digestif,
elle provoque une diminution du tonus, une diminution de l'amplitude
et de la fréquence des contractions péristaltiques; elle s'oppose
à l'hypertonie produite par la morphine, ce qui justifie son
association à la morphine dans le traitement des coliques.
Sur l'intestin isolé,
l'atropine donne une réduction du tonus et du péristaltisme,
prévient et supprime la contracture provoquée par l'acétylcholine.
L'action antispasmodique
de l'atropine s'exerce aussi sur les voies biliaires, les
bronches, les voies urinaires : uretères et vessie. Des urographies
ont montré que l'atropine dilate les uretères.
La vessie reçoit une
innervation sympathique et parasympathique. Le sympathique
tend à la dilater et à contracter le sphincter interne. Le
parasympathique, au contraire, contracte la vessie et relâche
le sphincter interne. La suppression de l'influence du parasympathique
sous l'effet de l'atropine donnera une augmentation du tonus
du sphincter interne et une dilatation de la vessie, ce qui
favorise la rétention d'urine, surtout en cas d'hypertrophie
de la prostate.
L'atropine n'a pratiquement
pas d'action sur l'utérus.
Action sur les sécrétions
L'atropine réduit la
plupart des sécrétions :
- Digestives :
l'inhibition de la sécrétion salivaire se traduit par une
sensation de soif, de sécheresse de la bouche. La réduction
de la sécrétion gastrique explique que l'atropine ait été
utilisée en thérapeutique comme antisécrétoire gastrique.
Elle ne modifie guère la sécrétion pancréatique ni biliaire.
- Bronchique :
la sécrétion bronchique est réduite.
- Cutanée : elle
inhibe la sudation, ce qui donne une peau sèche et chaude.
Il faut s'en méfier dans les climats chauds, car l'inhibition
de la sudation entraîne une élévation de température, chez
les nourrissons notamment.
- La sécrétion
lacrymale est réduite, la sécrétion lactée lors de l'allaitement
n'est que peu ou pas modifiée.
Action sur le système
nerveux central
A doses thérapeutiques,
chez l'homme, l'atropine n'a que peu ou pas d'action sur le
système nerveux central, si ce n'est quelquefois une stimulation
respiratoire.
L'atropine a été pendant
longtemps le seul médicament à avoir une efficacité dans la
maladie de Parkinson. Chez l'animal, elle s'oppose aux tremblements
provoqués par les cholinomimétiques comme l'oxotrémorine.
L'atropine, et plus encore
la scopolamine, abaissent les concentrations d'acétylcholine
cérébrales chez l'animal : l'inhibition des récepteurs cholinergiques
qu'elles provoquent entraîne une libération exagérée d'acétylcholine,
rapidement détruite par les cholinestérases.
A dose élevée, l'action
stimulante de l'atropine apparaît et peut se manifester par
de l'excitation avec des mouvements incessants, des troubles
de la démarche et de la parole, une hyperthermie, des vertiges,
des troubles de la vue et de la mémoire, des hallucinations,
un véritable délire. Ce tableau qui peut évoquer un épisode
schizophrénique aigu ou un delirium alcoolique peut persister
quelques heures avant de disparaître ou au contraire s'aggraver.
Dans ce dernier cas, à l'excitation fait suite une dépression
qui précède la mort par arrêt respiratoire.
Métabolisme
L'atropine est rapidement
absorbée par voie digestive et l'on ne recourt à son administration
par voie parentérale que lorsque l'on veut obtenir un effet
très rapide, par exemple dans le traitement des coliques.
Sa demi-vie plasmatique est d'environ quatre heures.
Une partie de l'atropine
administrée sous forme de collyre est susceptible de diffuser
dans la circulation générale.
Elle traverse la barrière
placentaire et des traces d'atropine peuvent être retrouvées
dans diverses sécrétions, dont la sécrétion lactée.
La durée d'action de
l'atropine administrée par voie générale serait d'environ
six heures.
Utilisation thérapeutique
L'atropine a plusieurs
indications :
En administration
par voie générale
- Traitement des
syndromes douloureux à composante spasmodique, c'est-à-dire
entraînant une contraction exagérée des fibres lisses, coliques
hépatiques et coliques néphrétiques notamment.
- En anesthésiologie
: prévention de la bronchosécrétion, du bronchospasme, du
laryngospasme et de réactions réflexes, telle la bradycardie,
avant les interventions chirurgicales.
- Traitement de
certaines intoxications :
- par les digitaliques,
pour s'opposer au ralentissement cardiaque,
- par les anticholinestérasiques
et les champignons de type Amanita muscarina, pour lutter
contre les symptômes muscariniques. Dans les intoxications
par les anticholinestérasiques comme les organophosphorés,
l'atropine s'administre à doses élevées, associée au
pralidoxime.
Elle n'est plus utilisée
comme antisécrétoire gastrique ni comme antiparkinsonien.
Après avoir été très utilisée comme antisécrétoire gastrique
dans le traitement de l'ulcère, l'atropine a été remplacée
par un antagoniste plus spécifique des récepteurs muscariniques
gastriques, la pirenzépine qui, elle-même, a été retirée du
commerce car des produits plus actifs, agissant par des mécanismes
différents, ont été commercialisés.
Premiers médicaments
de la maladie de Parkinson, l'atropine et la scopolamine sont
remplacées par les antiparkinsoniens de synthèse qui possèdent
des propriétés atropiniques, et surtout par la L-Dopa.
|
Atropine
|
ATROPINE
AGUETTANT* Inj
ATROPINE
LAVOISIER* |
En administration
locale : collyre
L'atropine est un puissant
mydriatique à très longue durée d'action, pouvant être remplacé
par le tropicamide, à effet moins prolongé.
|
Atropine |
ATROPINE* Collyres, plusieurs présentations |
Effets secondaires
et contre-indications
Les principaux effets
secondaires de l'atropine sont la sécheresse de la bouche,
la constipation, la sécheresse de la peau, la tachycardie,
la mydriase.
Les contre-indications
sont essentiellement le glaucome, car elle majore l'hypertension
intra-oculaire en cas d'angle étroit, et l'hypertrophie de
la prostate (risque de rétention d'urine).
Extrait de "Les médicaments" 3ème édition - P. Allain
avec mise à jour Août 2008 par P. Allain |