Angiotensine
Sous le terme angiotensine,
on désigne trois polypeptides dérivant de l'angiotensinogène
: l'angiotensine I, décapeptide inactif, l'angiotensine II,
octapeptide vasoconstricteur très puissant et l'angiotensine
III, heptapeptide qui favorise la sécrétion d'aldostérone.
Métabolisme La biosynthèse de l'angiotensine
se fait selon deux voies : la voie classique connue depuis
longtemps, mettant en jeu la rénine et l'enzyme de conversion,
et une voie de connaissance plus récente, mettant en jeu d'autres
enzymes, une chymase jouant le même rôle que l'enzyme de conversion
de l'angiotensine et d'autres enzymes permettant la transformation
directe de l'angiotensinogène en angiotensine II.
Métabolisme de l'angiotensine
- L'angiotensinogène
est une glycoprotéine, de poids moléculaire de 50 000 à
100 000, synthétisée par le foie qui la libère dans le plasma. Sa concentration plasmatique
est suffisante pour n'être pas le facteur limitant de la
formation d'angiotensine I. D'autres tissus, le rein (tubule),
les vaisseaux (adventice) et certaines parties du cerveau
synthétisent également l'angiotensinogène. La synthèse d'angiotensinogène
est augmentée par la prise de glucocorticoïdes et d'estrogènes
(contraceptifs).
- La rénine est
une enzyme qui assure la production d'angiotensine I à partir
de l'angiotensinogène. C'est une protéase acide de type
aspartyl de nature glycoprotéique, de poids moléculaire
d'environ 40 000, qui coupe la liaison leucine-valine et
détache ainsi l'angiotensine I de l'angiotensinogène.
- La rénine
est synthétisée, sous forme de prorénine, par la partie
juxtaglomérulaire du néphron qui la libère dans le plasma
sanguin où sa demi-vie est de 15 à 30 minutes et à partir
duquel elle se fixe dans les tissus : foie, cœur, vaisseaux.
Le rein la synthétise et les autres tissus peuvent la
fixer et peut-être même la synthétiser.
- L'enzyme de conversion
transforme l'angiotensine I inactive en angiotensine II
active et inactive la bradykinine. C'est une enzyme à zinc
présente au niveau de l'endothélium vasculaire, plus particulièrement
celui des vaisseaux pulmonaires, de l'endocarde, du cerveau.
On la trouve également dans le plasma.
- L'aminopepdidase
A détache l'acide aspartique de l'angiotensine II qui devient
l'angiotensine III.
- La chymase est
une enzyme présente dans divers tissus dont le cœur, qui
catalyse la transformation de l'angiotensine I en angiotensine
II. Son action est spécifique, c'est-à-dire qu'elle n'agit
pas sur d'autres substrats tels que la bradykinine. Son
activité n'est pas modifiée par les inhibiteurs de l'enzyme
de conversion de l'angiotensine.
- D'autres enzymes,
comme la cathepsine, peuvent catalyser directement la formation
d'angiotensine II à partir de l'angiotensinogène.
La régulation du système
est assurée pour l'essentiel par la rénine. La sécrétion de rénine
est augmentée par plusieurs facteurs :
- diminution de
la pression artérielle
- diminution de
la concentration du sodium plasmatique
- augmentation
des catécholamines qui agissent par effet ß
- divers médicaments
(anesthésiques généraux, diurétiques).
La sécrétion de rénine
est diminuée par certains médicaments : les ß-bloqueurs et les anti-inflammatoires non stéroïdiens.
La deuxième voie semble
jouer un rôle certain dans la synthèse d'angiotensine II mais
on n'a guère de données concernant la régulation de son fonctionnement.
Elle reste fonctionnelle quand la voie rénine/enzyme de conversion
de l'angiotensine est inhibée. Effets L'angiotensine produit
ses effets en stimulant des récepteurs spécifiques appelés
AT1
et AT2.
Les récepteurs AT1
sont couplés par l'intermédiaire des protéines G à
l'activation de la phospholipase C (hydrolyse de PIP2)
ou à l'inhibition de l'adenylcyclase et la stimulation de
la voie de signalisation MAP-kinase conduisant à l'activation
des proto-oncogènes c-fos et c-jun, notamment au niveau du
cœur et des muscles lisses vasculaires. La stimulation des
récepteurs AT1
est responsable de la plupart des effets de l'angiotensine
II, notamment la vasoconstriction, mais aussi de l'angiogenèse,
nécessaire à la croissance tumorale.
Le rôle des récepteurs
AT2
est moins connu ; leur stimulation entraînerait une vasodilatation
par ouverture de canaux potassiques ou par activation de la
guanylate cyclase et un effet antimitogène au niveau de l'endothélium,
peut-être par activité protéine phosphatase, neutralisant
l'effet des kinases. La densité des récepteurs AT2
est beaucoup plus élevée dans les tissus fœtaux que dans ceux
de l'adulte, sans que l'on en sache la raison.
Effets périphériques
Les effets de l'angiotensine
sont essentiellement cardiovasculaires.
- Effet
vasoconstricteur
- Exprimé en
activité molaire, l'effet vasoconstricteur de l'angiotensine
II est environ 40 fois plus important que celui de la
noradrénaline. Son effet vasoconstricteur (AT1)
qui est responsable de son effet hypertensifs, est surtout
artériolaire (vaisseaux splanchniques, rénaux et cutanés)
mais aussi veineux, ce qui tend à réduire le volume
sanguin. L'effet vasoconstricteur de l'angiotensine
n'est pas supprimé par les adrénolytiques mais par des
antagonistes spécifiques.
- Au niveau
rénal, l'angiotensine provoque une vasoconstriction
de l'artériole efférente (sortie) du glomérule, ce qui
permet de maintenir une pression artérielle suffisante
pour assurer la filtration glomérulaire, notamment en
cas de sténose de l'artère afférente (entrée). Dans
ce cas, les antagonistes de l'angiotensine II peuvent,
en levant la vasoconstriction de l'artère efférente,
faire chuter la pression artérielle au dessous du seuil
nécessaire à la filtration et entraîner une insuffisance
rénale.
- Effet
cardiaque
- L'angiotensine
a un effet tachycardisant et faiblement inotrope positif
(AT1)
mais, in vivo, si l'effet vasoconstricteur est suffisant
pour provoquer une hypertension artérielle, on observe
une bradycardie réflexe.
- D'autre part,
l'angiotensine participe directement, en plus des conséquences
indirectes de son effet hypertenseur, au développement
de l'hypertrophie cardiaque et des lésions athéromateuses
vasculaires par son effet de type facteur de croissance
(AT1).
Elle mettrait en jeu d'une part la voie MAP-kinase par
l'intermédiaire de la phospholipase C et de la protéine
kinase C, d'autre part la voie JAK/STAT. Cette activation
conduit à la transcription de gènes à l'origine de facteurs
de croissance.
- Effet
sur l'aldostérone
- A doses très
faibles non vasoconstrictrices, l'angiotensine II et
III stimulent la synthèse et la sécrétion d'aldostérone
qui retient le sodium dans l'organisme et favorise l'élimination
du potassium (effet AT1).
- Autre
effet
- Par ailleurs,
l'angiotensine II exerce in vitro une action contracturante
sur diverses fibres lisses : iléon, utérus, bronches.
Effets centraux
Les effets centraux de
l'angiotensine ont été mis en évidence essentiellement par
l'expérimentation animale. Introduite dans des zones particulières
du cerveau, l'angiotensine provoque :
- une hypertension
artérielle par stimulation du système sympathique et libération
de noradrénaline. Cette hypertension est supprimée par les
adrénolytiques a;
- un effet dipsogène
: augmentation de la soif et de la consommation d'eau;
- une augmentation
de la sécrétion de vasopressine et d'ACTH;
- une augmentation
de l'appétence sodique.
Le rôle possible du système
rénine-angiotensine cérébral en physiopathologie humaine reste
à préciser. Certaines études laissent supposer que des inhibiteurs
de l'enzyme de conversion comme le captopril auraient un effet
antidépresseur et diminueraient le besoin de consommer de
l'alcool et peut-être un effet anxiolytique.
Extrait de "Les
médicaments" 3ème édition - P. Allain
avec mise à jour Novembre 2004 par P. Allain |