Benzodiazépines La structure chimique
«benzodiazépine» est commune à un très grand nombre de molécules
qui se différencient par la présence de substituants différents
:

Une molécule qui n'a
pas la structure chimique benzodiazépine peut en avoir les
propriétés, agir sur les mêmes récepteurs et être ainsi assimilée,
quant à ses effets, à une benzodiazépine. La plupart des benzodiazépines
sont des agonistes qui favorisent l'ouverture du canal Cl-
par le GABA et ont donc un effet inhibiteur. Elle agissent
en augmentant la fréquence d'ouverture du canal. Certaines
benzodiazépines, non utilisées en thérapeutique, favorisent
sa fermeture et sont appelées agonistes inverses. D'autres
benzodiazépines peuvent se fixer sur les récepteurs sans les
activer et sont antagonistes des précédentes. Les recherches actuelles
laissent supposer l'existence de médiateurs endogènes ayant
des propriétés agonistes, antagonistes ou agonistes inverses
des récepteurs aux benzodiazépines. Les BZD qui favorisent
l'ouverture du canal Cl-
ont des propriétés pharmacologiques communes : elles sont
anxiolytiques, hypnotiques, anticonvulsivantes, myorelaxantes
et peuvent avoir un effet amnésiant. Par conséquent, elles
ont potentiellement les mêmes indications et les mêmes effets
indésirables. Il existe cependant entre les diverses BZD des
différences :
- pharmacodynamiques : certaines molécules ont un effet dominant, par
exemple un effet anticonvulsivant relativement plus important
que les autres effets, sans que l'on en connaisse précisément
l'explication.
- pharmacocinétiques : la rapidité et la durée d'action expliquent beaucoup
des différences entre molécules et leurs indications préférentielles.
Classification en
fonction des indications Les benzodiazépines sont
utilisées pour leurs propriétés anxiolytiques, hypnotiques
et antiépileptiques. Benzodiazépines
anxiolytiques La première benzodiazépine
introduite en thérapeutique en 1960 a été le chlordiazépoxide,
sous le nom de LIBRIUM*.
Ses propriétés anxiolytiques, appelées alors tranquillisantes,
ont été bien mises en évidence chez l'animal et chez l'homme.
Chez l'animal, les BZD
étudiées sur différents tests diminuent l'agressivité, l'inhibition
vis-à-vis d'un environnement nouveau (exploration) ou hostile
(punition), les réactions physiologiques au stress (défécation
émotionnelle). Chez l'homme, les effets
anxiolytiques des BZD sont clairement démontrés. Cependant,
la physiopathologie de l'anxiété est mal connue et il n'est
pas prouvé qu'elle résulte d'un dysfonctionnement du système
GABA-ergique. Les anxiolytiques doivent être considérés comme
des médicaments symptomatiques, utilisés pour soulager le
malade et favoriser son adaptation à une situation difficile.
Les benzodiazépines utilisées comme anxiolytiques sont indiquées
ci-après.
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Diazépam |
VALIUM*
Cp 2,5 et 10 mg, Sol buv, Inj
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Bromazépam |
LEXOMIL*
Cp 6 mg
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Nordazépam |
NORDAZ*
Cp 7,5 et 15 mg
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Oxazépam |
SÉRESTA*
Cp 10 et 50 mg
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Clorazépate |
TRANXENE*
Cp 5, 10 et 50 mg, Inj
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Clobazam |
URBANYL*
Cp 10 et 20 mg
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Clotiazépam |
VÉRATRAN*
Cp 5 et 10 mg
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Alprazolam |
XANAX*
Cp 0,25 et 0,5 mg
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Loflazépate |
VICTAN*
Cp 2 mg
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Prazépam |
LYSANXIA*
Cp 10 et 40 mg,
Sol buv
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Lorazépam |
TÉMESTA*
Cp 1 et 2,5 mg
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Les BZD anxiolytiques
ont une demi-vie longue et sont, en outre, transformées en
métabolites actifs ayant aussi une demi-vie longue, ce qui
explique la longue durée de leurs effets. Remarque : autres anxiolytiques
Il existe des
anxiolytiques n'ayant pas une structure chimique de type
benzodiazépine, parfois appelés tranquillisants, qui étaient
commercialisés avant l'introduction des benzodiazépines
en thérapeutique et dont le mécanisme d'action est mal
connu. Il s'agit notamment du méprobamate, du captodiame
et de l'hydroxyzine.
- Le méprobamate
a été introduit en thérapeutique en 1955. Il a des propriétés
anxiolytiques, sédatives et myorelaxantes, mais son mécanisme
d'action est mal connu car il n'est pas très spécifique.
En effet, pour obtenir un effet anxiolytique, il faut
utiliser des doses très élevées, 400 mg par comprimé,
alors qu'un comprimé d'alprazolam est dosé à 0,25 mg.
Les principaux inconvénients du méprobamate sont d'être
inducteur enzymatique et de donner, lors des surdosages,
des intoxications graves avec coma prolongé, contre lesquelles
on ne dispose pas d'antidote.
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Méprobamate
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EQUANIL*
Cp 250 et 400mg, Inj
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- Le captodiame
a des propriétés sédatives et antispasmodiques.
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Captodiame
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COVATINE*
Cp 50 mg
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- L'hydroxyzine
a de nombreuses propriétés pharmacologiques. Il est sédatif,
anxiolytique, antihistaminique H1,
anesthésique local, antispasmodique et atropinique (risque
de glaucome etc)
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Hydroxyzine |
ATARAX*
Cp 25 et 100 mg, Sirop, Inj
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- La buspirone,
anxiolytique à impact sérotoninergique, a été commercialisée
ces dernières années et pourrait être le chef de file
d'une nouvelle classe d'anxiolytiques, sans effet GABAergique
(Voir "Sérotonine, sérotoninomimétiques,
antagonistes").
Benzodiazépines
hypnotiques L'effet sédatif des benzodiazépines
est reconnu, elles favorisent l'endormissement et en général
prolongent la durée du sommeil. Lors d'une utilisation prolongée,
leur effet hypnotique s'atténue mais ne semble pas disparaître
comme celui des barbituriques. La qualité du sommeil obtenue
sous BZD, sur le plan électroencéphalographique, est proche
du sommeil naturel. Cette caractéristique ne doit pas servir
d'argument pour élargir leur prescription, car une utilisation
prolongée entraîne une dépendance rendant leur arrêt difficile.
De plus, la qualité d'un hypnotique ne se juge pas seulement
sur le sommeil, mais surtout sur l'éveil : état du sujet au
réveil et durant la journée, somnolence ou non etc., et sur
la possibilité d'effets indésirables dus à l'hypnotique.
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D.C.I. |
D.C. |
T |
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Nitrazépam |
MOGADON*
Cp 5mg |
25 h |
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Lormétazépam |
NOCTAMIDE*
Cp 1et 2mg |
10 h |
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Flunitrazépam |
ROHYPNOL*
Cp 1et 2mg |
20 h |
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Témazépam |
NORMISON* 10 et 20mg |
8 h |
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Loprazolam |
HAVLANE*
Cp 1mg |
8 h |
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Estazolam |
NUCTALON*
Cp 2mg |
17 h |
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Triazolam |
HALCION*
Cp 0,125mg |
3 h |
Sur le plan pharmacocinétique,
les dernières BZD utilisées comme hypnotiques ont un effet
qui apparaît rapidement et dure moins de huit heures. Parmi
les benzodiazépines hypnotiques, le triazolam est celui qui
a l'effet le plus rapide et a le plus souvent été à l'origine
d'effets indésirables de type amnésie-automatisme. Deux médicaments, largement
utilisés comme hypnotiques, ont une action benzodiazépinique sans en avoir la structure chimique. Ce sont la zopiclone
et le zolpidem.
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D.C.I. |
D.C. |
T |
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Zopiclone |
IMOVANE*
Cp 7,5 mg |
6 h |
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Zolpidem |
STILNOX*
Cp 10 mg |
3 h |
Un autre produit non
commercialisé, le zaleplon, a aussi des propriétés de type
benzodiazépine sans en avoir la structure chimique et pourrait
être utilisé comme hypnotique. Benzodiazépines
antiépileptiques Le clonazépam est une
benzodiazépine et en a les propriétés générales, avec un effet
anticonvulsivant prédominant. Il est utilisé par voie buccale
dans le traitement de certaines épilepsies rebelles aux autres
médicaments et dans celui des encéphalopathies épileptiques
de l'enfant, désignées le plus souvent sous les termes de
syndrome de Lennox-Gastaut et syndrome de West. Il est utilisé
par voie injectable dans le traitement des états de mal convulsif.
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Clonazépam |
RIVOTRIL*
Cp 2mg, Sol buv, Inj
|
Le diazépam injectable
est également utilisé dans le traitement des états de mal
épileptique. Benzodiazépines anesthésiques Le midazolam est une
benzodiazépine indiquée comme inducteur de la narcose en anesthésie
générale. Son effet amnésiant est utile dans cette indication.
Contrairement au diazépam qui peut être utilisé dans la même
indication, le midazolam est soluble dans l'eau. Sa caractéristique
essentielle est d'avoir un effet instantané et de courte durée.
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Midazolam |
HYPNOVEL* Sol inj ou rectale
|
Le midazolam peut entraîner
une apnée, à traiter par ventilation artificielle suivie ou
non de l'administration de flumazénil. Il faut souligner que
les benzodiazépines anxiolytiques aussi sont souvent prescrites
avant les interventions chirurgicales. Caractéristiques
pharmacocinétiques D'une manière générale
les benzodiazépines utilisées comme anxiolytiques ont une
durée d'action et une demi-vie (eux-mêmes et leurs métaboliques
actifs) plus longue que les benzodiazépines utilisées comme
hypnotiques. Les benzodiazépines utilisées en anesthésiologie
comme le midazolam ont une demi-vie courte, de l'ordre de
2 à 3 heures.
Le métabolisme des benzodiazépines
anxiolytiques est caractérisé par l'existence de nombreux métabolites
actifs, notamment le desméthyl diazépam et l'oxazépam. Effets indésirables
Dans l'ensemble, les
benzodiazépines sont des médicaments actifs et bien tolérés,
surtout lorsqu'elles sont utilisées à bon escient. En début de traitement
par les benzodiazépines à effet rapide, comme les hypnotiques
et plus particulièrement le triazolam, surtout à posologie
élevée comme celle qui était utilisée auparavant, il peut
apparaître des effets particuliers incluant un comportement
de type automatique, avec souvent une désinhibition conduisant
à des actes inattendus et une amnésie antérograde. Cet effet
indésirable s'explique par le fait que les BZD laissent fonctionner
la mémoire à court terme mais empêchent la mémorisation à
long terme. Comme sa mémoire à court terme fonctionne, le
sujet s'adapte à la situation, répond, agit etc., mais il
ne garde aucun souvenir de cette activité automatique. Cette
triade automatisme/désinhibition/amnésie est déclenchée le
plus souvent lors d'un réveil imprévu, peu de temps après
la prise de la benzodiazépine hypnotique.
Effets des BZD sur la mémorisation Lors des prises répétées,
surtout à doses élevées, une somnolence avec possibilité de
dégradation des performances psychomotrices (incoordination
motrice pouvant favoriser les chutes) et une certaine anesthésie
émotionnelle ont été décrites. Dans certaines conditions
et chez certains malades, les benzodiazépines peuvent induire
des réactions paradoxales : irritabilité, agressivité, excitation,
confusion, hallucinations, rappelant les effets de type agoniste
inverse. Une dépendance aux benzodiazépines
peut apparaître à l'arrêt d'une prise de longue durée et à
posologie élevée. Cette dépendance se manifeste par un rebond
d'insomnie, avec anxiété, agitation, myalgies, tremblements,
distorsions sensorielles et même convulsions. Par ailleurs, compte
tenu de leurs propriétés pharmacologiques, les benzodiazépines
peuvent donner une hypotonie musculaire et des difficultés
respiratoires. Elles ne doivent pas être administrées aux
sujets présentant une déficience respiratoire. Les benzodiazépines,
même si elles atténuent certains symptômes observés au cours
des états dépressifs, ne sont pas des antidépresseurs et ne
doivent pas être prescrits seuls pour traiter un état dépressif.
Les benzodiazépines ne
sont pas inducteurs enzymatiques mais potentialisent les effets
de l'alcool. Par contre, l'intensité de leurs effets serait
moindre chez les fumeurs et peut-être chez les consommateurs
de café. Remarque
- Les agonistes
inverses favorisent la fermeture du canal Cl-.
Ils ne sont pas utilisés pour le moment en thérapeutique.
Certains dérivés pourraient l'être pour leur effet promnésiant
(qui favorise la mémoire), si on arrivait à privilégier
cette propriété par rapport aux autres.
Antagonistes des
benzodiazépines L'antagoniste des benzodiazépines
utilisé en thérapeutique est le flumazénil. Chimiquement,
c'est une benzodiazépine. Le flumazénil a beaucoup d'affinité
pour les récepteurs aux benzodiazépines, avec peu ou pas d'effet
propre aux doses utilisées. Il inhibe d'une manière compétitive
les effets des benzodiazépines utilisées comme hypnotiques
et anxiolytiques.
Le flumazénil est administré
par voie intraveineuse, sa demi-vie plasmatique est d'environ
une heure, ce qui explique sa courte durée d'action. Ses indications sont les suivantes :
- En soins intensifs
:
- le diagnostic
différentiel des états comateux d'origine inconnue pour
révéler ceux qui proviennent d'une intoxication par
benzodiazépines.
- le traitement
des intoxications par benzodiazépines.
- En anesthésiologie
:
- l'interruption
d'une anesthésie générale induite et maintenue par une
benzodiazépine,
- l'interruption
d'une sédation induite par une benzodiazépine utilisée
lors de brèves interventions.
- Le traitement
de l'encéphalopathie hépatique où des substances endogènes
anormales se comporteraient comme des agonistes de type
benzodiazépine.
Le flumazénil n'antagonise
les effets des benzodiazépines que pendant une courte durée.
Il est donc souvent nécessaire de le réadministrer à plusieurs
reprises pour maintenir son effet car celui des benzodiazépines
est beaucoup plus long.
Extrait de "Les
médicaments" 3ème édition - P. Allain
avec mise à jour Mai 2004 par P. Allain |