Conclusion
La notion de médicament est habituellement associée
à celle de malade et de maladie. La prescription dun
médicament, suppose, chaque fois que cest possible,
un diagnostic précis de la maladie, une évaluation
globale de létat du malade et du milieu dans
lequel il vit, un essai de compréhension physiopathologique
des troubles et un pronostic de leur évolution spontanée.
Cette démarche qui, prise à la lettre, paraît
insurmontable est souvent faite par le médecin dune
manière globale et intuitive, lors dune consultation
et surtout lors dune visite à domicile.
Le médicament peut aussi se concevoir sans malade
lorsquil vise à éviter lapparition
de la maladie ; cet aspect va prendre de plus en plus dimportance
pour peu que le médicament lui-même soit parfaitement
toléré.
Le mécanisme daction de la plupart des médicaments
est, pour lessentiel, connu. Ceux dont on ne le connaît
pas sont lexception. Il sagit, dune manière
générale, de médicaments qui, malgré
une bonne biodisponibilité, ne sont efficaces quà
doses très élevées, ce qui témoigne
de leur faible affinité pour un type particulier de
cible et suppose une activité diffuse sur des cibles
multiples. Léthanol est une substance qui illustre
cette particularité : il nécessite pour entraîner
des modifications comportementales des doses de plus de 12
g alors que le triazolam agit à la dose de 0,125 mg
soit une quantité 120 000 fois moindre. Parmi les médicaments
utilisés seulement à forte dose et non étudiés
dans cet ouvrage, on peut citer le piracétam (NOOTROPYL*),
anti-ischémique et anti-anoxique cérébral
à la dose de 3 à 10 g par jour et le levetiracétam (KEPPRA*),
antiépileptiquue actif à la dose de 1 à
3 g par jour. On peut y rattacher des préparations
à base de Saccharomyces boulardii (ULTRA-LEVURE*) et
Lactobacillus acidophilus (LACTÉOL*) utilisées
dans la prévention et le traitement des troubles digestifs
banals.
Cet ouvrage ne traite pas de lhistorique de la découverte
des médicaments et sa présentation pourrait
conduire certains lecteurs à penser que cest
le récepteur qui a conduit à la découverte
du médicament. En réalité, jusqu'à
présent, cest le médicament qui a conduit
à la découverte du récepteur, un exemple
démonstratif étant la morphine. Il faut rendre
hommage à ceux qui au cours des précédentes
décennies, à partir dun screening systématique
ou dobservations particulières, ont découvert
la majorité des médicaments que nous utilisons
aujourdhui : neuroleptiques, antidépresseurs,
benzodiazépines, anticancéreux, antiviraux,
antibiotiques...
Cependant, désormais, sans que les méthodes
précédemment utilisées doivent être
abandonnées, les nouveaux médicaments seront
conçus à partir de leur cible. Cest déjà
le cas des inhibiteurs de lenzyme de conversion, de
divers agonistes et antagonistes. Cette tendance va saccélérer
et on disposera, grâce notamment à la chimie
combinatoire, dun grand nombre de molécules susceptibles
de moduler lactivité de telle ou telle cible
avant même que lon connaisse leurs effets in vivo
chez lanimal.
Les connaissances et les techniques actuelles permettent
donc de sélectionner une multitude de molécules
actives, médicaments potentiels, dont il reste à
démontrer lefficacité et la bonne tolérance
à long terme. Pour cela, la mise au point doutils
capables de détecter et de prédire lefficacité
et la tolérance des médicaments destinés
à une utlisation prolongée sans avoir à
attendre de nombreuses années est éminemment
souhaitable.
Parallèlement à ce renouvellement rapide des
médicaments, les données les concernant vont
devenir de plus en plus complexes et provenir de sources différentes
ayant des conceptions et parfois des intérêts
divergents. Il faut donc que le prescripteur de médicaments
ait acquis les notions de pharmacologie qui lui permettront
de discerner lessentiel de laccessoire.
Puisse cet ouvrage apporter à ceux qui le souhaitent
une démarche leur permettant dappréhender
ces informations multiples et diverses.
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