Du stent au stent imprégné
| Auteur : Professeur Philippe Geslin |
Date : 15-10-2002 |
Interview de Philippe Geslin, Professeur à la Faculté
de Médecine, Chef de service, Cardiologie, CHU Angers
P. A. : On parle beaucoup aujourd'hui de stents
imprégnés (par des médicaments) mais
tout d'abord qu'est-ce qu'un stent? P. Geslin : Un stent, du nom d'un dentiste
anglais, Stent, est une endoprothèse. Un stent coronaire
ou endoprothèse coronaire est un fin treillis métallique
cylindrique que l'on place à l'intérieur des
artères coronaires pour maintenir leur calibre au diamètre
idéal.
Ces endoprothèses sont serties sur un ballonnet qui,
après avoir été positionné à
l'endroit à traiter, est gonflé, donnant ainsi
la forme correcte à l'endoprothèse coronaire.
Le but du stent est de maintenir le diamètre obtenu
par gonflement du ballonnet en empêchant le rétrécissement
élastique qui inévitablement se produit lorsqu'on
se contente de dilater avec un ballonnet seul. Le stent est
donc un dispositif utilisé dans les angioplasties qui
sont des procédés destinés à réparer
ou à remodeler les vaisseaux. P. A. : L'endoprothèse doit être adaptée
au diamètre de l'artère où elle sera
placée. De combien de types d'endoprothèses
disposez-vous ? P. Geslin : Nous disposons de tous les diamètres
allant de 2 mm à plus de 5 mm et nous choisissons en
fonction du diamètre de l'artère à traiter
(il existe par ailleurs des dispositifs pour des artères
plus grosses que des coronaires). De même, la longueur
à dilater étant variable, on dispose de toute
une panoplie de longueurs allant de 7 mm à plus de
30 mm. Une des raisons du succès des endoprothèses
est que l'on a appris à les positionner correctement
et à bien les adapter au diamètre de l'artère
à dilater P. A : Comment introduit-on le stent dans une artère
coronaire? par où passe-t-il ? P. Geslin : Pour atteindre l'artère coronaire,
on introduit un cathéter guide (il s'agit d'un tuyau
creux de diamètre adapté) poussé jusqu'au
cur à partir d'une artère périphérique,
soit l'artère fémorale ponctionnée au
niveau du pli inguinal, soit une artère du bras, radiale
ou humérale.
Une fois que le cathéter est placé dans l'abouchement
ou ostium de la coronaire, un guide beaucoup plus fin est
positionné dans l'artère coronaire elle-même.
Ce guide très fin et très souple permet ensuite
de guider la montée du ballonnet sur lequel est sertie
l'endoprothèse.
Cette technique est appelée angioplastie transluminale
percutanée (percutaneous transluminal angioplasty). P. A. : Quelles sont les indications des stents? Leur
mise en place est-elle une urgence ? P. Geslin : Les indications de l'angioplastie (dans
plus de 80% des cas, aujourd'hui, elle comporte la pose d'une
endoprothèse) sont les rétrécissements
des artères qui diminuent ou interrompent le flux sanguin.
Il peut s'agir d'une urgence lorsqu'une artère coronaire
s'obstrue brutalement lors d'un infarctus du myocarde. Dans
ce cas, plus vite l'artère est désobstruée
et mieux on évitera un infarctus grave. P. A. : Quelles sont les principales méthodes
de localisation de l'artère lésée ? P. Geslin : Un rétrécissement au niveau
d'une artère coronaire provoque une ischémie
myocardique, c'est-à-dire un déséquilibre
entre l'apport d'oxygène et les besoins en oxygène
du myocarde. Cette ischémie peut être dépistée
par des moyens non invasifs tels que l'épreuve d'effort,
éventuellement couplée à une scintigraphie
myocardique.
Mais la localisation précise du rétrécissement
de l'artère (appelé aussi sténose) ne
peut se faire que par radio des artères coronaires
que l'on appelle coronarographie. La coronarographie consiste
à injecter par le cathéter dans l'artère
coronaire un produit radio-opaque pour visualiser d'une manière
très précise l'intérieur de l'arbre artériel
coronaire. P. A. : Quels sont les médicaments utilisés
avant, pendant et après la mise en place du stent ? P. Geslin : L'angioplastie, qui consiste à
écraser la plaque d'athérome qui obstrue plus
ou moins complètement l'artère, provoque une
activation très importante du système de coagulation
sanguine aboutissant à la formation d'un caillot (thrombus).
Au tout début de l'utilisation des endoprothèses,
il y avait un taux très élevé d'occlusions
artérielles par thrombose, ce qui a retardé
la diffusion de cette méthode pendant quelques années.
Puis on a appris à utiliser les médicaments,
tout d'abord les anticoagulants puis surtout les antiagrégants
plaquettaires, qui permettent maintenant d'éviter la
formation de caillots dans la majorité des cas.
Les médicaments utilisés sont des anticoagulants
comme l'héparine utilisée pendant l'intervention
elle-même et les antiagrégants plaquettaires,
les plus utilisés étant l'association aspirine
à faible dose et clopidogrel, Plavix*. Cette association
doit être poursuivie au moins un mois, voire plus, puisqu'il
faut plusieurs semaines après la mise en place de l'endoprothèse
pour que se forme dans la lumière de l'artère
sur les mailles du treillis métallique une couche d'endothélium
incorporant ainsi l'endoprothèse dans l'artère
coronaire elle-même. A partir du moment où il
y a eu endothélisation le risque de thrombose disparaît.
Voir : Temps
pariétal ou endothélio-plaquettaire, antiagrégants. P. A. : Les résultats de la mise en place du
stent ? P. Geslin : Le taux de succès immédiat
est très élevé dans toutes les équipes
et dépasse 95%. P. A. : Quels sont les principaux ennuis qui surviennent
lors de la mise en place du stent, immédiatement après
et plus tard ? P. Geslin : Une angioplastie a un risque opératoire
du même ordre que l'autre technique de revascularisation,
l'intervention chirurgicale de pontage aorto-coronaire. Dans
les deux cas, le risque est bas, de l'ordre de 1% de mortalité
(comprenant la mortalité pendant l'intervention et
pendant toute l'hospitalisation). Le risque de survenue d'un
infarctus du myocarde est de 0,5%. Enfin il peut y avoir un
détachement de matériel d'athérome au
niveau de l'aorte ou de caillots, responsables d'embolies
périphériques, en particulier cérébrale.
Dans les jours qui suivent l'intervention, le risque est faible
et est essentiellement celui de la survenue d'une obstruction
au niveau de l'angioplastie, par formation d'un caillot.
Il faut également noter la possibilité d'hématomes,
parfois problématiques, au point de ponction de l'artère
fémorale.
Plus à distance peut survenir le phénomène
de resténose que l'on a qualifié de "talon
d'Achille de l'angioplastie". Il s'agit d'une hyperplasie
intimale, véritable phénomène de cicatrisation
au niveau de l'angioplastie, aboutissant à un rétrécissement
progressif de l'artère coronaire. Ce phénomène
survient dans les mois qui suivent l'angioplastie et très
exceptionnellement au delà du sixième mois.
La fréquence de la resténose dépend du
type d'atteinte traitée et de certains facteurs plus
généraux tels que le diabète : elle est
de l'ordre de 10 à 20% des cas avec les endoprothèses
classiques actuelles, c'est-à-dire non imprégnées.
Sa survenue oblige dans la moitié des cas à
une réintervention, le plus souvent une nouvelle angioplastie
coronaire. Au-delà du sixième mois, il est exceptionnel
qu'il y ait une évolution au niveau du segment d'artère
traité. Bien sûr, la maladie athéromateuse
peut évoluer sur le reste du réseau artériel. P. A. : Qu'est-ce qu'un stent" imprégné"?
Quel est son intérêt ? P. Geslin : Un stent imprégné est une
endoprothèse sur laquelle a été fixé
un médicament visant à supprimer soit la formation
de caillots soit, et surtout, la resténose. C'est ce
dernier type d'endoprothèse imprégnée
qui a fait la une des journaux récemment. En effet,
des molécules telles que le sirolimus ou le taxol,
fixées à la surface de l'endoprothèse
coronaire, se montrent capables de réduire de façon
considérable le taux de resténose. Les études
récemment publiées le démontrent de façon
très spectaculaire. Il est cependant nécessaire
d'avoir plusieurs années de recul pour être certain
qu'il n'y a pas secondairement une évolution d'un type
différent de celle que l'on connaît actuellement.
A cette réserve près il s'agit d'un progrès
considérable dans l'angioplastie et certains parlent
de révolution thérapeutique. Voir : RAPAMUNE*
(Sirolimus). P. A. : Cette imprégnation est certainement
une innovation intéressante qui ouvre d'ailleurs le
champ à d'autres applications mais augmente sans doute
le coût de l'intervention. Quel est le prix moyen d'un
stent normal et d'un stent "imprégné".
Quel est le coût de l'intervention ? P. Geslin : C'est la limitation actuelle la plus importante
de cette technique puisqu'un stent imprégné
coûte environ 1800 € et un stent " normal
" environ 600 €. Le coût de l'intervention
tel qu'il est coté par la Sécurité Sociale
est de 1140 €. P. A. : Autrement dit, le prix du stent imprégné
dépasse largement celui de l'intervention tout compris,
tel qu'elle est remboursée par la Sécurité
Sociale. Combien d'endoprothèses posez-vous en moyenne
par an à Angers ? P. Geslin : Nous plaçons environ 500 endoprothèses
par an. P. A. : Quand avez-vous commencé à poser
des stents? P. Geslin : En 1991. P. A. : C'est-à-dire assez peu de temps après
la publication
introduisant cette technique. P. A. : Quelles sont les places de la cardiologie
interventionnelle et de la chirurgie? de la chirurgie cardiaque
a minima ? P. Geslin : Ces deux méthodes de revascularisation
coronaire sont, en fait, complémentaires et rarement
en compétition : un quart des revascularisations sont
faites par voie chirurgicale, et trois quarts par angioplastie.
La chirurgie s'adresse surtout à des revascularisations
complexes pour des occlusions coronaires ou une atteinte de
plusieurs vaisseaux. A contrario, l'angioplastie s'adresse
aux atteintes plus simples. Quant à la chirurgie cardiaque
a minima, nouvelle technique moins invasive que la chirurgie
classique, elle a ses défenseurs, mais actuellement,
elle est considérée comme encore en évaluation. P. A. : Peut-on placer plusieurs stents chez le même
malade ? P. Geslin : On peut bien sûr positionner un
ou plusieurs stents sur la même artère ou sur
des artères différentes. P. A. : Quels sont les services de cardiologie qui
peuvent prendre en charge ce type d'intervention ? P. Geslin : Il faut une équipe de cardiologie
interventionnelle comportant des médecins formés
spécialement à cette technique et une salle
de radiologie équipée en conséquence.
Comme pour beaucoup de techniques médicales, le volume
d'interventions par centre est important pour atteindre une
bonne qualité. Les recommandations de la Société
Française de Cardiologie sont que les Centres de Cardiologie
interventionnelle effectuent au moins 400 angioplasties par
an pour avoir une qualité suffisante. P. A. : Merci Philippe Geslin, vos réponses
vont certainement intéresser les " lecteurs "
de Pharmacorama.
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