Canicule, hyperthermie, médicaments et autres
| Auteur : Pierre Allain |
Date : 9-10-2003 |
Qu'il faille connaître précisément le
chiffre de morts entraînés par la canicule est
évident. L'importance de ce chiffre montre les dangers
de la canicule mais n'apporte rien d'autre dans la mesure
où la canicule elle-même était inévitable.
L'implication des médicaments dans cette mortalité
a été évoquée mais elle doit être
étudiée selon une méthodologie rigoureuse
prenant aussi en compte des paramètres non médicamenteux.
La seule question qui compte véritablement est de
savoir combien de morts auraient pu être évité
si des mesures particulières avaient été
prises. Mais quelles mesures ? On dit qu'il fallait agir vite
mais comment, en faisant quoi ? A la prochaine canicule que
devrait-on faire ?
Les réponses, sans doute imparfaites, à ces
questions ne peuvent venir que d'une ou mieux de 2 ou 3 études
indépendantes, systématiques et comparatives
des personnes décédées d'hyperthermie
et de celles qui ont survécu dans les mêmes conditions,
études prenant en compte les malades, leur environnement,
leurs traitements, les soins
pour tenter d'identifier
et d'évaluer les facteurs de risque:
- la prise ou non de précautions dites de bon sens,
à domicile ou dans les maisons de retraite (arrêt
de la pénétration des rayons de soleil, aération,
ventilation, boissons, douches etc. mais pas nécessairement
faciles à mettre en uvre ) dont l'importance
n'a pas été suffisamment soulignée
par le système d'éducation sanitaire au début
de l'été ;
- le rôle de la climatisation totale ou partielle
des lieux d'habitation qui, en principe, supprime ou atténue
la canicule (sans juger de l'utilité ou des inconvénients
ou du coût de la climatisation dans les conditions
climatiques habituelles) et peut-être aussi les raisons
pour lesquelles dans certaines régions, en dépit
de conditions climatiques apparemment semblables à
la même période, la mortalité a été
bien moindre ;
- la qualité des soins médicaux: à
domicile, dans les maisons de retraites, les hôpitaux,
lors des transferts. Il serait bon de savoir si les urgences,
certes débordées, ont été à
l'origine de morts du fait, notamment, de leur manque de
moyens ? Il serait également bon de connaître
le devenir des personnes passées aux urgences et
non décédées ;
- la prise de certains médicaments qui a peut-être
aggravé la situation ? L'élimination des médicaments
a-t-elle été ralentie par la déshydratation,
la déshydratation a-t-elle été aggravée
par certains médicaments, comme les diurétiques,
l'hyperthermie a-t-elle été favorisée
par des médicaments qui, par eux-mêmes, peuvent
être à l'origine d'hyperthermie, notamment
les neuroleptiques
(syndrome malin des neuroleptiques qui comporte une hyperthermie
et d'autres manifestations), ou qui réduisent la
déperdition de chaleur comme les atropiniques
;
Seules des études menées selon une méthodologie
rigoureuse peuvent apporter des réponses à ces
interrogations. Leurs résultats devraient être
publiés dans une ou plusieurs revues médicales
internationales pour qu'ils soient "validés"
par un comité de lecture et ensuite rendus accessibles
à tout le monde.
Les conséquences de la canicule ont été
considérées comme une catastrophe sanitaire.
La France doit être en mesure d'en tirer des conclusions
étayées. Les rapports, semi-confidentiels et
sans intérêt parce que de qualité scientifique
insuffisante, destinés au ministère ou à
une commission parlementaire ou à une mission d'information,
ne remplacent pas des articles scientifiques rigoureux et
publiés dans des délais relativement courts
par des revues internationales, comme cela s'est passé
récemment dans le cas du SRAS
Même si le SRAS ou SARS (qui a fait, sauf erreur, moins
de 1000 morts) et les conséquences de la canicule présentent
de nombreuses différences, je tiens à rappeler
que les résultats des études concernant le SRAS,
qui n'étaient pas si simples que cela, ont été
publiés presque parallèlement à l'évolution
de la maladie par, notamment, deux grandes revues internationales
le "New England Journal of Medicine" et le "Lancet
". Mais il y avait pour le SRAS compétition entre
les équipes pour obtenir des résultats et entre
les revues pour les publier, au plus vite. Voir SRAS,
syndrome respiratoire aigu sévère ou SARS et
ribavirine.
En ce qui concerne les médicaments, s'il apparaît
au terme d'études rigoureusement menées que
certains d'entre eux ont aggravé les dangers de la
canicule, il sera nécessaire d'indiquer dans leurs
RCP des précautions d'emploi conduisant à une
surveillance accrue et peut-être à une réduction
de leur posologie, voire à un arrêt transitoire
de leur prise en cas de canicule.
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