Statines, atorvastatine, pravastatine, ASCOT, ALLHAT, PROSPER
| Auteur : Pierre Allain |
Date : 26-4-2003 |
L'étude
ASCOT-LLA pour Anglo-Scandinavian Cardiac Outcomes Trial-
Lipid Lowering Arm concernant l'atorvastatine vient d'être
publiée dans le Lancet du 5 avril 2003
Cette étude en double aveugle a été
menée pendant plus de 3 ans chez plus de 10.000 personnes
de 40 à 79 ans, en grande majorité des hommes,
ayant des facteurs de risque cardiovasculaires, notamment
une hypertension, et dont le cholestérol total était
égal ou inférieur à 6,5 mmol par litre
(soit 2,5g par litre). Elles étaient réparties
en 2 groupes : atorvastatine, (Tahor*), 10 mg par jour et
placebo.
Résultats de l'étude ASCOT-LLA : l'atorvastatine,
administrée pendant plus de 3 ans, a réduit
d'une manière statistiquement significative, p= 0;0005,
la fréquence des accidents coronaires et des accidents
vasculaires cérébraux. La mortalité toutes
causes confondues a été réduite de 13
% dans le groupe atorvastatine versus placebo (185 décès,
soit 3,6 % contre 212 soit 4,1 %) mais avec un p = .0,1649
ce qui laisse supposer que cette diminution n'est pas statistiquement
significative.
L'étude
ALLHAT-LLT pour Antihypertensive and Lipid-Lowering Treatment
to Prevent Heart Attack Trial concernant la pravastatine a
été publiée dans le JAMA du 18 décembre
2002.
Cette étude ouverte (par opposition à en aveugle)
a été menée chez plus de 10.000 personnes
de plus de 55 ans, hommes et femmes en nombre à peu
près égal, ayant une hypercholestérolémie
modérément élevée, réparties
en 2 groupes, l'un pravastatine (Elisor*, Vasten*) 40 mg par
jour et l'autre traitement conventionnel (théoriquement
sans médicament hypolipémiant).
Résultats de l'étude ALLHAT-LLT :la pravastatine
n'a pas réduit, par rapport au traitement conventionnel,
la mortalité toutes causes confondues ni la fréquence
des accidents coronariens, alors qu'il y a eu un effet biologique
sur le cholestérol. Cette étude présente
des biais qui auraient sans doute été moins
soulignés si les résultats avaient été
positifs comme ceux des précédentes études
concernant la pravastatine.
L'étude
PROSPER pour PROspective Study of Pravastatin in the Elderly
at Risk concernant la pravastatine a été publiée
dans le Lancet du 23 novembre 2002.
Cette étude en double aveugle a été
menée pendant plus de 3 ans chez près de 6000
personnes, hommes et femmes à égalité,
âgées de 70 à 82 ans ayant déjà
présenté des accidents vasculaires ou ayant
des facteurs de risque importants et dont le cholestérol
total était compris entre 4 et 9 mmol par litre. Elles
étaient réparties en 2 groupes, l'un recevant
de la pravastatine 40 mg par jour et l'autre un placebo.
Résultats PROSPER : dans le groupe pravastatine par
rapport au groupe placebo la fréquence des accidents
coronariens a été réduite (20 % environ),
celle les accidents vasculaires cérébraux est
restée inchangée, celle des cancers a augmenté,
la mortalité globale restant inchangée.
Qu'apportent ces trois grandes études ?
L'étude ASCOT-LLA montre que l'atorvastatine a des
effets bénéfiques qui apparaissent rapidement
mais son effet sur la mortalité globale (réduction
de 13 % avec un p = 0, 16) est difficile à interpréter.
Quant aux deux autres études, ALLHAT-LLT et PROSPER,
concernant la pravastatine dont les effets positifs ont été
mis en évidence par des études antérieures,
elles laissent perplexe et soulèvent des interrogations.
Concernant l'étude ALLHAT-LLT, mettre l'absence de
résultats cliniques positifs seulement sur le compte
de la méthodologie, étude ouverte et prise d'une
statine par certains malades du groupe placebo, est un peu
trop simple. On peut souligner que 90 % des malades des 2
groupes avaient un traitement antihypertenseur et 30% de l'aspirine
et s'interroger sur l'additivité des bénéfices
des traitements associés.
Concernant l'étude PROSPER, expliquer l'augmentation
de la fréquence des cancers dans le groupe pravastatine
par un hasard de recrutement et montrer par une méta-analyse
que la pravastatine n'est pas en cause laisse dubitatif puisque
les études autres que PROSPER n'ont pas été
faites sur une population aussi âgée et que par
ailleurs dans PROSPER il y a eu diminution de la fréquence
des accidents cardiovasculaires sans diminution de celle de
la mortalité globale.
En dépit de toutes les études qui ont montré
les effets bénéfiques des statines, il reste
des points à préciser :
- Les statines, quelle que soit la statine considérée,
ont-elles à posologie correcte une efficacité
similaire ?
- Quels critères de prescription d'une statine retenir
prioritairement pour cibler les malades les plus susceptibles
d'en tirer parti : âge (au delà de 70 ans ?),
sexe, prévention primaire ou secondaire, facteurs
de risques dont cholestérolémie élevée,
diabète
- Quelle durée de traitement envisager ? 3 à
5 ans comme dans la plupart des études, voire 10
ou 20 ans ?
Remarque :
Nous avons précédemment analysé dans
Pharmacorama une étude concernant la simvastatine,
(Lodalès, Zocor*), menée en double aveugle contre
placebo sur des malades de 40 à 80 ans avec antécédents
ou facteurs de risque cardiovasculaire importants, ce qui
a été confirmé par une mortalité
globale élevée au cours de l'étude, mais
cette mortalité était statistiquement moindre
dans le groupe prenant de la simvastatine.
Voir simvastatine.
|