Médicaments et bâillements
| Auteur : Docteur Olivier Walusinski |
Date : 9-5-2003 |
Réponses du Docteur Olivier Walusinski, médecin
généraliste, spécialiste du bâillement,
aux questions de Pierre Allain
P. A. : Rien de ce qui concerne le bâillement
ne vous est étranger. Comment êtes-vous venu
à vous intéresser au bâillement et à
créer le site baillement.com
si bien documenté... O. W. : Voilà bientôt trente ans que
j'exerce la médecine générale rurale.
Et, voici plus de vingt ans, un homme est venu me voir parce
qu'il était importuné par des salves irrépressibles
de bâillements, 10 à 20 à la suite, plusieurs
fois par jour. Je ne connaissais rien à ce sujet et
n'avais aucun souvenir d'avoir lu la moindre chose s'y rapportant.
Je m'étais moi-même interrogé bien des
fois sur le pourquoi de mes propres bâillements. Comme
je fréquente assez souvent le staff de neurologie de
La Salpêtrière, j'ai interrogé O. Lyon-Caen
et Y. Agid sur ce cas. Je me suis aperçu de leur embarras.
J'ai alors entrepris des recherches à la bibliothèque
de la faculté de médecine et ai constaté
que seulement trois thèses avaient été
consacrées au bâillement au XX° siècle
en France. L'interrogation de pubmed par le mot anglais "yawning"
donne moins de 600 références d'articles parus
depuis 1980, ce qui est bien peu par rapport aux autres sujets.
J'ai commencé à collecter des articles et à
interroger les malades qui me consultaient sur leurs bâillements.
J'ai conduit une petite étude en 1998 sur la fréquence,
les horaires, etc, des bâillements des consultants,
étude publiée en 2000 dans La Revue du Praticien,
qui a généré quelques courriers d'interrogations
de confrères confrontés, eux aussi, à
des plaintes sans réponse. En 1998, internet est arrivé
dans ma pratique et, en 2000, est née l'idée
de créer un site sur le bâillement afin de faire
partager tout ce que j'avais appris. J'ai réussi à
mettre en ligne la première version du site le 1er
janvier 2001.
P. A. : Avant d'aborder médicaments et bâillements,
il me semble nécessaire de préciser un certain
nombre de points. Tout d'abord qu'est-ce qu'un bâillement
? O. W. : Le bâillement est un comportement réflexe
présent chez tous les vertébrés des mondes
sous-marin, terrestre et aérien. Son déroulement
voit se succéder une ample contraction de tous les
muscles respiratoires, un bref arrêt respiratoire à
thorax plein et une expiration passive. Cet étirement
diaphragmatique maximal s'associe souvent à un étirement
du tronc et des membres, d'aspects variables suivant les espèces.
Décelable très précocement, dès
la douzième semaine de grossesse chez l'homme, il témoigne,
chez le ftus, de l'apparition progressive des fonctions
végétatives. Il naît, en effet, du tronc
cérébral et de l'hypothalamus, structures impliquées
dans les comportements vitaux essentiels : la régulation
circadienne des alternances veille sommeil, l'alimentation,
la sexualité et la reproduction. Il garde chez l'homme
une fonction commune avec les animaux : la stimulation de
la vigilance, lors de l'éveil ou du besoin de sommeil. P. A. : Y a-t-il des circonstances où l'on
bâille davantage? Quelle est la fréquence journalière
des bâillements ? O. W. : Chez les mammifères, il existe des
bâillements liés aux rythmes circadiens repos
activité, à la sexualité ou à
des interactions sociales et à l'alimentation. Chez
l'homme, les moments privilégiés d'apparition
sont le matin au réveil, où il est associé
à des étirements musculaires (pandiculation),
et à l'approche de l'endormissement, où il est
isolé, ainsi que dans toutes les circonstances de baisse
de la vigilance. L'enquête que j'avais réalisée
en 1998 retrouvait la prédominance des bâillements
au réveil, associés aux étirements et
au coucher sans étirement. Un questionnaire anonyme
rempli par les visiteurs du site baillement.com représente,
malgré tous ses défauts méthodologiques,
la plus grande enquête jamais réalisée
sur la fréquence des bâillements chez l'homme.
Sur 800 réponses aux deux questions suivantes on trouve
: Combien de fois bâillez-vous par jour ?
| - |
moins de 5 fois
|
27% |
| - |
5 à 10 bâillements |
26% |
| - |
10-15 bâillements |
15% |
| - |
15-20 bâillements |
10% |
| - |
plus de 20 bâillements |
22% |
Ressentez-vous des bâillements excessifs ?
| - |
76 % |
non, tant mieux |
| - |
25% |
oui et je ne sais pas pourquoi |
| - |
6% |
oui et je prends des antidépresseurs |
| - |
14% |
oui et je prends des anti-épileptiques |
| - |
5% |
oui et je prends d'autres médicaments |
| - |
3% |
oui et j'ai des troubles neurologiques |
| - |
2% |
oui et j'ai des troubles hormonaux |
| - |
3.5% |
oui et j'ai des tics moteurs |
| - |
2% |
oui et j'ai des tocs |
Ainsi, il faut retenir que plus de 20% des visiteurs bâillent
plus de 20 fois par jour. 25% trouvent qu'ils ont un nombre
excessif de bâillements qui les gênent, et ne
connaissent pas la cause de leurs bâillements. Le bâillement
est associé à la somnolence, que ce soit en
état de fatigue à l'approche de l'endormissement,
ou au sortir de celui-ci au réveil. L'ennui générateur
d'une baisse de la vigilance favorise les bâillements,
comme le travail monotone et répétitif. La grossesse,
la plénitude gastrique ou le jeûne sont des circonstances
où la fréquence des bâillements augmente.
Le mal des transports ou cinétose peut débuter
par des crises de bâillements répétés.
Il n'existe pas de différence de fréquence des
bâillements chez l'homme et la femme, contrairement
à ce que l'on observe chez les primates non humains
et les rongeurs, où cette fréquence dépend
de la présence de testostérone.
P. A. : Y a-t-il des bâillements pathologiques,
certains bâillements peuvent-ils évoquer des
atteintes neurologiques par exemple ? O. W. : Le bâillement est un phénomène
physiologique qui peut être déréglé
et devenir pathologique par diminution ou par excès.
En cas de déficit dopaminergqiue, comme on l'observe
dans les syndromes extra-pyramidaux (maladie de Parkinson)
le bâillement disparaît. Voir : Yawning
in Parkinson's disease A l'opposé, les atteintes du tronc cérébral
ou de la région hypothalamo-hypophysaire peuvent provoquer
des excès de bâillements. Vous pouvez lire certaines
observations sur le site. Voir : Bâillements
et troubles neuro-psychiatriques
Une observation adressée d'Afrique du Sud est exceptionnelle
car la pathologie présentée est rare et les
symptômes vraiment inhabituels. Il s'agit, je pense,
d'un cas d'épilepsie diencéphalique avec des
suspensions de vigilance contemporaines de salves de bâillements.
Voir : Excessive
yawning and sleepy attacks Des salves de bâillement peuvent révéler
un accident vasculaire cérébral, comme l'a rapporté
un confrère. Pendant sa garde, une vieille dame, amenée
aux urgences de l'hôpital pour malaise, avait une logorrhée.
Un examen rapide n'avait rien révélé.
C'est la constatation de salves répétées
de bâillements qui a attiré son attention. En
reprenant son examen neurologique il a constaté une
hémiparésie fruste et le scanner a confirmé
l'accident ischémique cérébral. Voir
: Le
bâillement qui rend attentif...et qui sauve
Le bâillement est un symptôme fréquent
avant ou après la crise de migraine, associé
aux nausées. Certains migraineux pressentent leur crise
lorsque des bâillements répétés
surviennent, véritable aura. Un confrère m'a
confirmé que c'était son cas. Voir : Compulsive
yawning as migraine premonitory symptom et Primary
yawning headache. Enfin, je pense que dans certains cas, des salves de bâillements
associées à d'autres tics moteurs, sont une
manifestation de la maladie des tics chroniques.
Parmi les cas impressionnants rapportés par les neurologues
du XIX siècle, comme Charcot ou Gilles de la Tourette,
et qu'ils baptisaient hystérie, certains sont des témoins
d'atteinte hypophysaires (aménorrhée) et/ou
d'hypertension intracrânienne mais d'autres relèvent
de tics moteurs (confondus avec la chorée à
l'époque). Voir Contribution
à l'étude des bâillements hystériques
- Nouvelle iconographie de La Salpêtière 1890
et Bâillements
chez un épileptique.
Par ailleurs, rappelons, en passant, que le bâillement
est la première cause de luxation de la mâchoire
! P. A. : La physiopathologie du bâillement est
certainement très complexe; pouvez-vous cependant donner
quelques aperçus la concernant, par exemple les médiateurs
les plus impliqués? O. W. : L'administration de différentes substances
aux rongeurs, chats, chiens, singes, a permis de comprendre
une part de la neurophysiologie du bâillement. La dopamine
joue un rôle essentiel. Ainsi, de faibles doses d'apomorphine,
agoniste dopaminergique, induisent des bâillements et
des érections. Le bâillement disparaît
dans les syndromes extrapyramidaux où il y a un déficit
en dopamine et un parkinsonien recevant une injection d'apomorphine
pressent son déblocage par l'apparition de bâillements.
La sérotonine favorise le bâillement en exerçant
une modulation présynaptique des systèmes dopaminergiques.
L'ocytocine les favorise également alors que les opioïdes
les inhibent.
Enfin l'acétylcholine est le maillon commun terminal
des mécanismes déclenchant les bâillements.
D'autres médiateurs interviennent, il s'agit de mécanismes
complexes, et je renvoie pour plus d'informations à
ces articles :Le
bâillement en neuropsychopharmacologie clinique
et The
neuropharmacology of yawning.
P. A. : Venons-en aux médicaments. Quels sont
les médicaments qui provoquent des bâillements
ou augmentent leur fréquence? Les médicaments
qui favorisent le sommeil ou provoquent de la somnolence augmentent-ils
les bâillements? O. W. : Il peut paraître présomptueux
de vouloir établir une liste alors qu'aucun article
n'a jamais été publié sur ce sujet. Constater
une éruption ou une crise convulsive implique immédiatement
de rechercher une cause et l'hypothèse d'une origine
iatrogène peut être envisagée. Mais bâiller
constitue un acte physiologique. La frontière entre
bâillements normaux ou excessifs est floue. C'est la
notion de gêne ressentie qui fait témoigner un
patient. Or certaines des pathologies traitées ont
comme symptôme l'asthénie ou des troubles du
sommeil. Les bâillements auront plus souvent tendance
à être expliqués par la maladie que comme
effet des médicaments prescrits pour la traiter. C'est
sans doute là une des explications de la sous-déclaration
d'excès de bâillement comme effet iatrogène.
Quand à la disparition des bâillements, elle
n'a, en pratique, aucune conséquence et donc n'amènera
ni le patient ni le médecin à s'en préoccuper.
De nombreux médicaments utilisés en neurologie
et en psychiatrie entraînent une augmentation de la
fréquence des bâillements. Tout d'abord les dopaminomimétiques,
notamment l'apomorphine :
L'apomorphine utilisée à dose élevée
dans la maladie de Parkinson (Apokinon* 30mg/inj) provoque
des bâillements décrits par les patients non
comme une gêne mais comme l'annonce du déblocage
attendu et témoigne du début de l'effet du traitement.
L'apomorphine à plus faible dose (Ixense* ou Uprima*
2 & 3mg sublingual), est utilisée dans l'impuissance.
Les RCP de Ixense* et Uprima* indiquent le bâillement
comme un effet secondaire.
Autres dopaminomimétiques : bromocrytpine, Parlodel*,
lisuride, Dopergine*, ropirinole,Requip*, pergolide, Celance*,
l'amantadine, Mantadix*, les IMAO B, sélégiline
Déprényl*,piribedil Trivastal*. Voir 1,
2,
3,
4,
5
et 6
articles complémentaires: Le bâillement peut être induit par les inhibiteurs
de la recapture de sérotonine : fluoxétine Prozac*,
paroxétine, Deroxat*, sertraline, Zoloft* , citalopram,
Seropram*.
Voici un cas clinique personnel : Mme B., 78 ans a pris, pendant
6 mois, 50 mg par jour de sertraline (Zoloft). Elle signale
au bout de ce délai de traitement l'existence de salves
de bâillements, existantes depuis le deuxième
mois du traitement. Elle se sent mieux, n'est plus asthénique,
et a un bon sommeil. Elle s'interroge sur leur cause. Je lui
ai expliqué que je pensais à un cause médicamenteuse.
L'arrêt du traitement , dont la prolongation n'est plus
justifiée a effectivement permis la disparition des
salves en une dizaine de jours. Cohen rapporte une observation
semblable de bâillements, associée à une
excitation sexuelle préorgasmique. Il a traité
cette patiente par de la cyproheptadine (Periactine*) ce qui
a fait disparaître les deux effets secondaires. Curieusement, les imipraminiques (clomipramine, imipramine
(Anafranil, Tofranil etc), bien que possédant un effet
atropinique théoriquement inhibiteur des bâillements,
peuvent aussi déclencher des bâillements excessifs
et une excitation sexuelle. Que ce soit avec les imipraminiques ou les sérotoninergiques,
cet effet inducteur de bâillements ne peut pas être
seulement lié à l'effet sérotoninergique.
Une modulation dopaminergique et ocytocinergique joue certainement
un rôle. Voir articles complémentaires : 1,
2,
3,
4,
5,
6,
7
et 8. Les hormones sexuelles
Il existe de nombreuses données expérimentales
chez l'animal concernant les hormones sexuelles et le bâillement
mais il y a peu de choses dans l'espèce humaine. Voir
articles complémentaires : 1,
2,
3
et 4.
J'ai une observation personnelle concernant la follitropine
alpha (analogue FSH) : une femme de 27 ans a une stérilité
tubaire. Elle bénéficie d'une prise en charge
pour fécondation in vitro. et reçoit une injection
par jour de 75U de follitropine* alpha, hormone de maturation
des follicules (FSH), pour stimuler des ovulations multiples
afin de recueil d'ovules. Trois heures environ après
l'injection, elle ressent des salves de bâillements,
de 10 à 20, se reproduisant tous les 10 à 30
minutes pendant 6 à 8 heures. Cet effet iatrogène
n'est pas rapporté actuellement. Elle n'a pas de symptomatologie
d'adénome hypophysaire en particulier à prolactine. L'ACTH a induit expérimentalement des bâillements
mais son utilisation humaine est très restreinte. Je
n'ai pas d'observation personnelle. Voir articles complémentaires
: 1. Certains antiépileptiques: valproate de Na (Dépakine*).
Cet effet secondaire est là aussi curieux compte tenu
de l'effet GABA mimétique du Dépakine*. Dans
l'article
référencé, les myoclonies ont disparu
sous l'effet du Dépakine, mais le seul effet secondaire
a été l'apparition de bâillements répétés.
Des anti-cholinestérasiques (qui élèvent
la concentration d'acétylcholine en inhibant sa destruction):
le donepezil, Aricept*, rivastigmine, Exelon* ont induits
des bâillements en expérimentation animale. Voir
articles complémentaires : 1,
2,
3
et 4.
Les anesthésiques type bupivacaïne, procaïne
sont les seuls médicaments recensés sur le site
de la BIAM comme déclenchant des bâillements
iatrogènes J'utilise très fréquemment
de la lidocaïne et n'ai jamais constaté cet effet. Les dihydropyridines (nifédipine, nitrendipine, nicarpidine,
nimodipine) favoriseraient les bâillements chez l'animal
alors que les autres inhibiteurs calciques (diltiazem et vérpamil)
sont sans effet. Voir articles complémentaires : 1
et 2. La sismothérapie
pourrait aussi favoriser le bâillement. Les anxiolytiques type benzodiazépines sont sans effet
sur le bâillement même lorsqu'ils provoquent de
la somnolence. Je pense que l'effet myorelaxant GABAergique
explique l'inhibition du bâillement.
P. A. : Y a-t-il des cas où des médicaments
provoquent des bâillements suffisamment fréquents
pour devenir de véritables effets indésirables?
Y a t-il beaucoup de malades à se plaindre spontanément
de bâillements excessifs qui se révèlent
être d'origine médicamenteuse ? O. W. : Actuellement, les inhibiteurs de la recapture
de la sérotonine sont les médicaments le plus
souvent responsables, car très souvent prescrits. Les
patients ne s'en plaignent pas toujours et je pense que la
majorité des confrères ignore cet effet secondaire.
Il existe communément un raccourci bâillement
= fatigue qui trompe l'analyse des faits. Ces bâillements
répétés sont considérés
comme appartenant à la plainte asthénique ou
au trouble du sommeil du dépressif et non à
son traitement. P. A. : Le bâillement est rarement cité
comme effet indésirable dans les RCP des médicaments.
Je l'ai trouvé dans les RCP de Uprima* et Ixense .
Y en a-t-il d'autres ? O. W. : Je n'ai pas lu tous les RCP mais paradoxalement,
le RCP de l'Apokinon*, apomorphine, ne mentionne pas le bâillement.
parmi ses effets . Le bâillement est mentionné
dans le RCP de la Marcaïne* Rachianesthésie et
dans celui de la Xylocaïne* et également dans
les documents BIAM
se rapportant à ces 2 médicaments. P. A. : Y a-t-il des médicaments capables de
s'opposer aux bâillements pathologiques ou induits par
d'autres médicaments? O. W. : Oui mais on n'envisage un traitement des bâillements
que s'ils sont véritablement excessifs et qu'on n'a
pas réussi à les réduire par d'autres
moyens tels que le remplacement du médicament qui les
provoquait.
Quelques médicaments sont en principe susceptibles
de réduire les bâillements mais ils n'ont pas
d'AMM dans cette indication: les neuroleptiques (mais risque
de dyskinésies), certains antihistaminiques comme la
cyproheptadine (Periactine*), les atropiniques et le baclofène,
GABA-b mimétique.
A Cohen a rapporté une observation
de bâillements induits par antidépresseurs et
disparaissant sous cyproheptadine (Periactine*). P. A. : Y a t-il des bâillements provoqués
par des drogues ou le sevrage ? O. W. : Cette partie est encore en devenir sur le
site... Expérimentalement les opioïdes sont inhibiteurs
du bâillement. Les drogués ont d'autres difficultés
existentielles que de s'inquiéter de la disparition
de leurs bâillements, ce qui n'a aucune conséquence....
Mais le sevrage morphinique ou l'utilisation de naloxone déclenche
des salves de bâillements ainsi que le sevrage des grands
consommateurs de café. Chez les nouveau-nés
de mères toxicomanes il y a aussi des bâillements.
Voir articles complémentaires : 1,
2
et 3.
P. A. : Une intoxication peut-elle débuter
par des bâillements ? O. W. : Je ne connais pas de tel tableau. Seule l'intoxication
par la vitamine A provoque des bâillements en salves,
mais cela témoigne de l'hypertension intracrânienne
engendrée par cette intoxication. Je vais chercher
dans les observations de traitement par Roaccutane* et tétracycline,
si cela est décrit. Je n'ai encore rien lu à
ce sujet.
P. A. : Quelles conséquences pratiques peut
retirer un médecin généraliste ou spécialiste
de la prise en compte des bâillements ? O. W. : Savoir examiner un malade se plaignant de
bâillements excessifs : après un examen neurologique
et neuropsychologique simple, le médecin doit penser
à chercher un effet iatrogène d'un médicament,
une pathologie tumorale intracrânienne et/ou hypophysaire,
ou d'autres pathologies neurologiques (épilepsie par
exemple) une maladie des tics chroniques associée ou
non à des troubles obsessionnels compulsifs ou tocs.
J'ai conçu un guide
de l'examen du consultant pour excès de bâillement
à l'intention du médecin.
P. A. : Quelles sont maintenant vos principales activités
en matière de bâillements ? O. W. : Depuis la création du site, je reçois
des courriers de visiteurs importunés par leurs bâillements,
mais hélas il est difficile de reconstituer de vraies
observations par le manque de réponses détaillées....
J'ai eu, d'autre part, la chance de nouer des contacts passionnants,
comme avec le Prof Deputte qui pratique l'éthologie
des macaques et avait fait sa thèse sur le bâillement
chez les singes. J'ai découvert alors tout un monde
que j'ignorais. Par un phénomène type avalanche,
j'ai eu des contacts aux USA avec Provine, Baenninger, Carskadon
qui avaient publié des travaux plus sociologiques et
comportementaux. J Askenazy en Israel, Sato-Suzuki et son
équipe au Japon, E Eguibar au Mexique m'ont adressé
leurs écrits de neurophysiologie. Je suis allé
rencontrer Samartji Lal à l'université Mc Gill
à Montreal qui a beaucoup étudié l'apomorphine
et a, le premier, proposé son usage en thérapeutique
de l'impuissance dans les années 70. Maintenant, j'ai
de très intéressants contacts avec J Decéty
et A Meltzolff qui travaillent sur imitation et intentionnalité
en imagerie fonctionnelle, ouvrant à beaucoup d'explications
sur la transmission du bâillement. J'ai eu l'idée
de me pencher sur l'embryologie de la face ce qui m'a permis
de proposer le défaut de bâillement comme de
la déglutition par retard fonctionnel du tronc cérébral.
Je vais travailler avec V Abadie des Enfants Malades sur le
syndrome de Pierre Robin; puis je vais rencontrer H de Leersnyder
qui s'occupe du syndrome de Smith-Magenis etc.. ainsi de suite....
P. A. : Merci beaucoup. Tout ceci n'est qu'une initiation
aux bâillements. Je conseille aux personnes intéressées
par cette interview d'aller voir le site baillement.com.
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