Eléments (métaux)
Les propriétés biologiques
des éléments découlent de leurs caractéristiques physico-chimiques
: ionisation, pouvoir polarisant, polarisabilité, potentiel
d'oxydo-réduction. Ionisation, pouvoir
polarisant Dans l'organisme, les
éléments minéraux, sodium, potassium, calcium, magnésium,
cuivre, zinc, fer, sont ionisés par perte d'électrons, ce
sont des cations. Le chlore et le brome sont ionisés par gain
d'électron et deviennent les anions chlorure et bromure. Les cations ionisés par
perte d'électron ont un rayon ionique beaucoup plus petit
que les anions ionisés par gain d'électron et interagissent
plus fortement avec leur environnement polaire. La valeur
du rayon ionique est une approximation car on ne peut pas
dire où se termine un ion ou un atome. Les ions réagissent entre
eux et avec les molécules organiques présentant des zones
nucléophiles ou électrophiles par des forces électrostatiques
d'attraction ou de répulsion. Les interactions sont
d'autant plus fortes que la charge de l'ion est élevée et
son rayon faible. Le rapport charge sur rayon indique le pouvoir
polarisant d'un ion. Un ion est entouré par
un certain nombre d'autres ions de charge de signe opposé
(ou par extension de sites moléculaires portant une charge
de signe opposé). Le nombre préférentiel d'interactions entre
un ion et les autres ions de charge de signe opposé s'appelle
le nombre de coordination. Ce nombre dépend en grande partie
de la taille relative des ions de charge opposée en présence,
des forces électrostatiques d'attraction entre ions de signe
opposé et de répulsion entre ions de même signe. Le nombre
de coordination est généralement compris entre 2 et 8 et très
fréquemment de 4 à 6. Le rayon ionique augmente lorsque le
nombre de coordination augmente. Les interactions entre
un ion et les molécules d'eau jouent un rôle très important
en biologie.
L'hydratation d'un ion
résulte des interactions qui s'établissent entre lui et les
dipôles formés par les molécules d'eau. Un ion présent dans
l'organisme sous forme hydratée est cependant considéré comme
à l'état libre, par opposition aux ions fixés aux protéines
ou à d'autres molécules organiques. En raison de la polarité
de la molécule d'eau, les cations interagissent avec l'atome
d'oxygène de la molécule d'eau et les anions avec les atomes
d'hydrogène.
L'enthalpie d'hydratation,
c'est-à-dire l'énergie nécessaire pour détacher les molécules
d'eau d'un ion, est exprimée négativement en Kj / mol-1.
Elle est d'autant plus importante que l'ion est fortement
chargé.
Le lithium a un effet
plus polarisant que le sodium en raison de son plus petit
rayon ionique. De même le calcium, en raison de sa double
charge. Les cations trivalents
sont très liés à l'eau et exercent leur influence sur plusieurs
couches concentriques de molécules d'eau. Dans les milieux biologiques,
les cations, à l'exception des alcalins, réagissent préférentiellement
avec diverses molécules endogènes comportant des atomes d'azote
ou de soufre qu'avec l'eau. Ils sont présents à l'état lié
aux acides aminés, aux protéines etc. Le zinc, par exemple,
qui a un nombre de coordination égal à 4 dans le site catalytique
de l'anhydrase carbonique, est lié à un atome d'azote de trois
résidus histidine et à un groupe OH d'une molécule d'eau.
Il favorise ainsi le transfert de ce groupe OH sur le dioxyde
de carbone. E - Zn - OH + CO2
¾®
E - Zn + CO3H
-
|
Eléments
|
Li+
|
Na+
|
K+
|
Mg+
|
Ca+
|
Fe3+
|
F-
|
Cl-
|
|
Charge
|
1
|
1
|
1
|
2
|
2
|
3
|
-1
|
-1
|
|
Rayon ionique A°
|
0,68
|
0,97
|
1,33
|
0,66
|
0,99
|
0,64
|
1,33
|
1,81
|
|
R = charge/ rayon
|
1,47
|
1
|
0,75
|
3
|
2
|
4,6
|
0,75
|
0,55
|
|
Enthalpie d'hydratation Kj/mol
|
-519
|
-406
|
-322
|
-1921
|
-1577
|
-4430
|
-515
|
-381
|
Rayon ionique et charge de quelques
éléments Polarisabilité La mobilité du nuage électronique,
c'est-à-dire la polarisabilité, augmente avec le nombre d'électrons.
Les ions peu polarisables sont appelés "hard" ou durs, les
ions polarisables "soft" ou mous. Les ions durs, comme le
calcium et le magnésium, n'interagissent pas avec les molécules
soufrées, alors que les ions mous comme le plomb, le cadmium,
le mercure, interagissent préférentiellement avec les molécules
soufrées. Ces ions mous établissent des liaisons covalentes
de faible énergie avec le carbone et forment des complexes
organométalliques comme Pb(CH2-CH3)4,
Hg(CH3)2,
As(CH3)3.
Il existe des cations
ayant la même charge, un rayon ionique voisin mais un nombre
différents d'électrons. Ils ont des ressemblances mais pas
les mêmes propriétés, et peuvent se comporter en antagonistes.
C'est ce que l'on observe avec le potassium, le rubidium et
le thallium d'une part et le calcium et le cadmium ou le plomb
d'autre part.
|
Elément
|
K+
|
Rb+
|
Tl+
|
Ca2+
|
Cd2+
|
|
Rayon ionique en
A°
|
1,33
|
1,47
|
1,47
|
0,99
|
0,97
|
|
Nombre
d'électrons
|
18
|
36
|
80
|
18
|
46
|
Rayon ionique d'éléments essentiels
et toxiques À côté des ions élémentaires
que nous venons de voir, il existe aussi des ions moléculaires
comme le sulfate SO42-
le phosphate PO43-
etc. Par ailleurs, toute molécule à fonction acido-basique
peut, par échange d'un proton H+,
prendre une charge positive ou négative. Potentiel d'oxydoréduction
Certains éléments, plus
particulièrement le fer et le cuivre, ont la capacité de céder
ou d'acquérir réversiblement des électrons. Comme les électrons
n'existent pas à l'état libre en solution, l'oxydant fixe
les électrons cédés par le réducteur. La substance qui perd
des électrons est appelée réducteur, celle qui les gagne est
appelée oxydant.
Le potentiel d'oxydoréduction
d'une réaction est exprimé en volt, par rapport à celui de
l'hydrogène. En biologie, le fer en
particulier joue un rôle essentiel dans le transfert d'électrons
au cours de la respiration cellulaire. Conséquences biologiques
Eléments (métaux) essentiels
Beaucoup d'éléments essentiels
sont présents dans l'organisme sous forme d'ions. Les ions traversent les
membranes biologiques non pas au niveau de la bicouche lipidique
mais au niveau des structures protéiques, canaux, pompes etc.
Le passage d'un ion à
travers une membrane biologique par un canal suppose une approche
de l'entrée du canal par l'ion, attiré par des charges électrostatiques
de signe opposé, et sa déshydratation au moins partielle avant
de franchir le goulot d'étranglement et d'arriver à l'intérieur
du cytoplasme.
- Les cations alcalins,
sodium, potassium et rubidium, monochargés et de rayon ionique
assez important, ainsi que les anions comme le chlorure
et le bromure, sont à près de 100% à l'état libre. Ils ne
sont pas liés aux protéines dans les milieux biologiques
mais sont seulement hydratés. De plus, comme leur énergie
d'hydratation est faible (voir enthalpie d'hydratation),
ils se libèrent facilement des molécules d'eau qui les entourent
et passent facilement à travers certaines structures protéiques
des membranes biologiques.
Ils assurent
des fonctions de polarisation et de dépolarisation cellulaire.
Les ions alcalins
ne forment pas de complexes avec les molécules organiques
mais peuvent s'introduire dans des cavités formées par
des molécules organiques appelées cryptands. L'association
élément-cryptand est appelée cryptate ou clathrate.
- Les ions bichargés
comme les alcalinoterreux, calcium et magnésium, sont présents
dans les tissus sous forme non liée mais hydratée et sous
forme liée à diverses molécules organiques. Sur le plan
biologique le calcium, outre son rôle dans la constitution
de l'os, a deux fonctions : participer à la polarisation
cellulaire en traversant la membrane plasmique, et moduler
l'activité de certaines protéines, notamment des enzymes,
et jouer ainsi le rôle de messager intracellulaire.
- Les autres ions
bichargés comme le zinc, le cuivre, le fer, le sélénium,
présents dans les milieux biologiques, ne sont pas liés
aux molécules d'eau mais à diverses molécules, acides aminés
et protéines, le plus souvent spécifiques. Ils n'interviennent
pas dans les phénomènes de polarisation.
- Les ions très
polaires -
soit parce qu'ils portent trois charges positives, comme
le fer ferrique et l'aluminium, soit parce qu'ils ont un
rayon ionique de faible dimension, comme le béryllium -
ne sont pas présents à l'état libre, si ce n'est d'une manière
extrêmement fugace lors de leur transfert d'une molécule
à l'autre. Ces ions, quand ils sont présents dans l'eau,
créent autour d'eux un ensemble de couches concentriques
de molécules d'eau qui s'orientent, les atomes d'oxygène
tournés vers le cation. Ils ne traversent pas les membranes
biologiques et ne sont pratiquement pas absorbés après administration
orale.
- Le fer et le cuivre
présents dans des métallo-enzymes assurent, grâce à leur
potentiel d'oxydo-réduction, les transferts d'électrons.
Ils sont présents dans les cytochromes des mitochondries
et les cytochromes P-450 des microsomes.
- Le zinc n'assure
pas de transfert d'électrons, mais intervient dans la stabilisation
de diverses structures protéiques dans des conformations
particulières (enzymes, protéines en doigts de zinc).
La déficience ou l'excès
en un élément essentiel se traduit par des manifestations
pathologiques. Eléments (métaux) toxiques
Certains éléments, lorsqu'ils
sont présents dans l'organisme, provoquent des effets toxiques
qui ont deux explications :
- leur ressemblance
avec des éléments essentiels, notamment à l'état ionique.
Ainsi l'ion thallium monovalent entre en compétition avec
l'ion potassium, les ions divalents plomb et cadmium avec
le calcium, l'arsenate avec le phosphate.
- leur réactivité
différente : les éléments toxiques ont une grande affinité
pour certaines molécules endogènes, notamment celles qui
ont un ou plusieurs groupes SH, dont ils inhibent l'activité.
Extrait de "Les
médicaments" 3ème édition - P. Allain
avec mise à jour Février 2006 par P. Allain |