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Agissant sur les virus à RNA



Les analogues des bases pyrimidiques et puriques actifs par inhibition de la transcriptase inverse, appelée aussi réverse transcriptase, contre le virus de l'immunodéficience humaine ou VIH, virus à RNA, sont la zidovudine, la zalcitabine, la stavudine, la lamivudine, la didanosine, l'emtricitabine, l'abacavir, et le ténofovir. Ils agissent après métabolisation en dérivés triphosphates.

A côté de ces inhibiteurs de structure nucléosidique, il en existe d'autres de structure non nucléosidique comme la névirapine et l'éfavirenz.

C'est le VIH-1 qui est communément à l'origine de l'infection et exceptionnellement le VIH-2.

Inhibiteurs nucléosidiques de la transcriptase inverse

Zidovudine

La zidovudine, ou 3'-azido-3'-déoxythymidine ou AZT, molécule connue depuis 1964, est un analogue structural de la déoxythymidine : le groupe OH en 3' du déoxyribose ayant été remplacé par le groupe azido N3. La zidovudine, en raison de l'absence de groupe OH en 3', inhibe la transcriptase inverse, empêche l'élongation de la chaîne de DNA, réplique du RNA viral.

La zidovudine n'est active qu'après sa phosphorylation en AZT triphosphate qui s'effectue dans les cellules saines et infectées. L'AZT triphosphate est à la fois substrat et inhibiteur de la transcriptase inverse, enzyme responsable la synthèse de DNA à partir de RNA des virus de l'immuno-déficience humaine de type 1 et 2.

La zidovudine a plus d'affinité pour la transcriptase inverse virale que pour la DNA polymérase humaine. La transcriptase inverse catalyse à partir d'un simple brin de RNA viral la formation d'un double brin de DNA, lequel, grâce à la machinerie de la cellule hôte, sera à l'origine de la synthèse de RNA viral.

Les témoins de l'efficacité d'un médicament anti-SIDA sont la remontée du nombre de lymphocytes CD4, marqueur de l'état immunitaire, qui chute au cours de la maladie, et la diminution de la charge virale, concentration de RNA viral circulant, marqueur de l'intensité de la replication du virus dans l'organisme.

L'action antivirale de la zidovudine est antagonisée par l'apport de thymidine ou de ribavirine.

Sur le plan pharmacocinétique, l'AZT est absorbée à environ 70% par le tube digestif, sa demi-vie plasmatique est courte, de l'ordre d'une heure, ce qui explique la nécessité de prises répétées toutes les quatre heures. Le probénécide prolonge la demi-vie de l'AZT en réduisant son élimination rénale.

Les indications classiques de l'AZT sont le traitement du syndrome d'immuno-déficience acquise ou SIDA, et le traitement préventif des malades à sérologie HIV positive pour tenter de retarder l'évolution vers la maladie. L'AZT est également utilisée pendant la grossesse pour tenter de réduire la transmission du virus de la mère à l'enfant. L'utilisation de zidovudine pendant le premier trimestre de la grossesse ne semblait pas augmenter le risque de malformations de l'enfant. Toutefois il est apparu que les enfants nés de femmes enceintes traitées par AZT pouvaient avoir des anomalies mitochondriales avec troubles neurologiques ou cardiaques et il a été recommandé de ne commencer le traitement par AZT qu'après le troisième trimestre de la grossesse.

Depuis que l'on dispose d'autres médicaments inhibiteurs de la transcriptase inverse et de la protéase à activité post-translationnelle, le principe du traitement est l'association de trois médicaments et est appelée trithérapie.

Azidothymidine (AZT)

RETROVIR* Sol buv, Gélules 100 et 250 mg, Inj

L'AZT a plusieurs effets indésirables :

  • hématologiques : anémie, neutropénie
  • digestifs : nausées, vomissements, douleurs abdominales
  • neurologiques : céphalées, insomnie, myalgies, asthénie.

La prise simultanée d'AZT et de paracétamol augmente l'incidence des neutropénies.


Stavudine

La stavudine ou didéhydro-déoxythymidine ou d4T agit par ses métabolites phosphorylés et inhibe la transcriptase inverse. Elle est utilisée dans le traitement du SIDA en association avec d'autres médicaments pour éviter l'apparition d'une résistance.

Stavudine

ZERIT* Gélules à 20mg, suspension orale

Son effet indésirable le plus marquant est une neuropathie périphérique dose-dépendante. Elle peut aussi donner des pancréatites.

Son association à la zidovudine (RETROVIR*) n'est pas conseillée car la zidovudine pourrait inhiber la phosphorylation intracellulaire de la stavudine et la rendre moins efficace.

Lamivudine

La lamivudine ou déoxythiacytidine ou 3TC est un analogue nucléosidique où un atome de carbone du noyau ribose a été remplacé par un atome de soufre. C'est un inhibiteur de la transcriptase inverse utilisé dans le traitement des infections à VIH. La lamivudine est aussi utilisée dans le traitement de l'hépatite B chronique évolutive. Ses principaux effets indésirables sont hématologiques (anémie, neutropénie) et hépatiques (élévation de transaminases).

Lamivudine

EPIVIR* Cp 150 mg et 300 mg, Sol buv
ZEFFIX* Cp 100 mg, Sol buv

Didanosine (2'-3'-didéoxyinosine)

La didanosine ou ddI, analogue des bases puriques, inhibe, outre la transcriptase inverse, l'élongation de la chaîne des acides nucléiques viraux. Elle est utilisée dans le traitement du SIDA.

Didanosine

VIDEX* Cp à 25, 50,100 et 150 mg, géllules à 125, 200, 250 et 400 mg

Parmi les effets indésirables de la didanosine, il faut citer les neuropathies périphériques et les pancréatites.

Abacavir

L'abacavir, analogue de la guanosine, est un nouvel inhibiteur nucléosidique de la transcriptase inverse. Actif contre le VIH 1 et le VIH 2, il est utilisé dans le traitement du Sida. Il peut être à l'origine de manifestations d'hypersensibilité, notamment respiratoires, telles que dyspnée, bronchospasme, les plus graves pouvant mettre en jeu le pronostic vital. Ces réactions doivent conduire à l'arrêt de l'abacavir et à sa non-utilisation ultérieure.

Abacavir

ZIAGEN* Cp 300 mg, Sol buv

Ténofovir disoproxil

Le ténofovir, analogue nucléosidique monophosphate, c'est un nucléotide, qui agit après transformation en dérivé diphosphate. Voir VIREAD* (Ténofovir disoproxil).

Ténofovir disoproxil

VIREAD* Cp à 245 mg

Emtricitabine

L'emtricitabine est un analogue nucléosidique de la cytosine, dont la structure est proche de celle de la lamivudine. Elle est active contre le VIH1 et le VIH2 et le virus de l'hépatite B. Voir Emtricitabine, Emtriva*, nouvel anti-VIH, inhibiteur de la transcriptase inverse.

Emtricitabine

EMTRIVA* Gélule à 200 mg, sol buvable

Entécavir

L'entecavir est un analogue structural de la guanosine nucléoside. Initialement développé comme antiherpétique, il s'est révélé peu actif dans cette indication mais très actif contre le virus de l'hépatite B, VHB.

Entécavir

BARACLUDE* Cp à 0,5 et 1 mg

Telbivudine

La telbivudine est un analogue nucléosidique qui inactive la DNA polymérase du virus de l'hépatite B après avoir été métabolisée en dérivés phosphatés.

Zalcitabine

La zalcitabine, ou didéoxycytidine ou ddC, ne possède pas, comme la cytosine, de groupe hydroxyl en position 3', groupe nécessaire à la formation du brin de DNA.

La zalcitabine est, comme l'AZT, un inhibiteur de la transcriptase inverse. Pour être active, la ddC doit être métabolisée en ddC triphosphate qui, incorporée dans le brin de DNA, interrompt son allongement sous l'effet de la transcriptase inverse. La copie du RNA en DNA est ainsi perturbée.

Son principal effet indésirable est l'apparition d'une neuropathie sensitivo-motrice, fréquente et grave, difficilement réversible à l'arrêt du traitement. Parmi les autres effets indésirables, on peut signaler les ulcérations buccales et les pancréatites.

La zalcitabine a été utilisée dans le traitement de l'infection par le VIH, elle n'est plus commercialisée en raison de ses effets indésirables.

Associations d'inhibiteurs nucléosidiques de la transcriptase inverse

Zidovudine et lamivudine

Zidovudine (300 mg) + Lamivudine (150 mg)

COMBIVIR * Cp

Zidovudine, lamivudine et abacavir

Zidovudine + lamivudine + abacavir

TRIZIVIR* Cp

Lamivudine et abacavir

Lamivudine + abacavir

KIVEXA* Cp

Inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptase inverse

Névirapine

La névirapine est un inhibiteur non nucléosidique et non compétitif de la transcriptase inverse du VIH-1 mais non du VIH-2. Elle inhibe également la DNA polymérase. Une résistance à son effet apparaît très rapidement lorsqu'elle est utilisée seule. Elle a a une bonne biodisponibilité (> à 90%) et une longue demi-vie, environ 30 h.

Névirapine

VIRAMUNE * Cp, Susp buv

Ses principaux effets indésirables sont les éruptions cutanées parfois très graves, fièvre, hépatites

Efavirenz

L'éfavirenz est un inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse du virus de l'immunodéficience humaine, de type VIH-1 mais non VIH-2, directement actif sans devoir être métabolisé en dérivé triphosphate. Sa biodisponibilité est peu modifiée par la prise concomitante d'aliments, à l'exception des lipides qui l'augmentent. Il est métabolisé en métabolites inactifs principalement par les cytochromes CYP3A et CYP2B6. Il est inducteur enzymatique mais les conséquences éventuelles de cet effet restent à évaluer. Il est utilisé dans le traitement de l'infection par le VIH-1, en association avec d'autres médicaments.

Efavirenz

SUSTIVA* Cp, gélules, suspension buvable

Etravirine

L'étravirine est un inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse commercialisé en France en septembre 2008. Elle est active contre le VIH-1. Parmi ses nombreux effets indésirables possibles, on peut citer des réactions cutanées parfois sévères. Elle est métabolisée par des cytochromes P-450 et de très nombreuses interactions médicamenteuses sont possibles et à prendre en considération.

Etravirine

INTELENCE*, Comprimés à 100 mg

Delavirdine

La delavirdine est un inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse commercialisée dans certains pays sous le nom de RESCRIPTOR*.

En pratique, la base du traitement de l'infection par le VIH comporte une trithérapie avec, par exemple, deux inhibiteurs de la transcriptase inverse, qui sont le plus souvent des analogues nucléosidiques, et un inhibiteur de protéase (Voir "Modificateurs des biotransformations post-traductionnelles".).

Inhibiteurs de l'intégrase du VIH

Il existe d'autres possibilités théoriques de s'opposer à l'infection par le VIH, comme l'inhibition de l'intégrase virale. L'intégrase du VIH, codée comme la transcriptase inverse et la protéase par le gène pol, est l'enzyme responsable de l'intégration, c'est-à-dire l'insertion du DNA viral issu de la transcription du RNA viral, dans le DNA de la cellule-hôte. Lorsque le DNA viral est inséré dans le DNA cellulaire, il est transcrit par la machinerie cellulaire en RNA viral.

Le raltégravir est le premier inhibiteur de l'intégrase du VIH.

Raltécravir

ISENTRESS* Cp à 400 mg


Sommaire de ce chapitre :






Extrait de "Les médicaments" 3ème édition -
avec mise à jour Octobre 2008 par P. Allain

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