Stimulants de
la vigilance et anorexigènes
Il s'agit de stimulants
de la vigilance qui favorisent l'éveil sans améliorer l'humeur
dépressive.
Amphétamine
L'amphétamine augmente
la libération et inhibe la recapture de noradrénaline et surtout
de dopamine, peut-être aussi de sérotonine.
Elle a des effets périphériques
indiscutables, mais ce sont ses effets centraux qui prédominent.
A doses moyennes et élevées, elle stimule la vigilance, diminue
les besoins de sommeil et la fatigue, réduit l'appétit (effet
anorexigène). Elle a été utilisée en thérapeutique comme stimulant
de la vigilance et anorexigène. Elle a été retirée du marché
en raison de ses effets indésirables cardiovasculaires et
neuropsychiatriques et surtout du risque de dépendance.
L'amphétamine n'est plus
disponible en France. Elle a longtemps été présente dans une
spécialité pharmaceutique destinée au traitement de l'épilepsie,
où elle était associée au phénobarbital en vue de réduire
l'effet sédatif de ce dernier.
L'amphétamine et des
dérivés très proches tels que la méthamphétamine ("ice"),
la méthylène dioxy-amphétamine (MDA), la méthylène dioxyméthamphétamine
(MDMA ou « ecstasy »), la cathinone (présente dans le Khat),
sont utilisés par les drogués en prises buccales ou en injections
intraveineuses rapides. Les amphétaminiques, utilisés à doses
élevées ou répétées en cas de dépendance, peuvent entraîner
de véritables états psychotiques (délire de persécution, comportement
stéréotypé, autisme) avec absence de sommeil et amaigrissement.
Certaines personnes ayant
consommé des amphétaminiques ou d'autres drogues peuvent éprouver,
en l'absence de nouvelle prise, des manifestations rappelant
celles qu'elles avaient lors de la prise. Ces manifestations
sont appelées "flashback".
Anorexigènes amphétaminiques
L'amphétamine n'est plus
utilisée en thérapeutique en France mais certains de ses dérivés,
classés parmi les anorexigènes amphétaminiques, l'ont été
jusqu'à une date récente. Il s'agit de l'amfépramone, du clobenzorex,
du méfénorex et du fenproporex. Ces produits réduisent l'appétit
et étaient utilisés dans le traitement de l'obésité.
Les principaux effets
indésirables de ces anorexigènes étaient une excitation neuropsychique
avec nervosité et insomnie, des palpitations, une tachycardie.
Comme il s'agit de produits amphétaminiques, une dépendance
était possible et une tendance dépressive pouvait s'observer
à leur arrêt.
Une étude épidémiologique
a montré que des anorexigènes de type amphétaminique - ainsi
que la fenfluramine qui a des propriétés sérotoninomimétiques
- pouvaient, surtout en utilisation prolongée, provoquer une
hypertension artérielle pulmonaire, effet indésirable rare
mais grave, ainsi qu'une atteinte des valvules cardiaques.
En raison de ces risques, la durée de leur prescription a
été réduite à moins de trois mois avant qu'ils soient retirés
du commerce.
La sibutramine est un inhibiteur de la recapture des monoamines noradrénaline, sérotonine et dopamine. Elle n'a pas fait la preuve de son efficacité comme antidépresseur mais s'est révélée avoir un effet anorexigène facilitant la perte de poids. Outre son effet anorexigène, la sibutramine augmente la thermogenèse et le catabolisme des acides gras, peut-être par stimulation des récepteurs adrénergiques bêta-3. La sibutramine est elle-même active mais son activité résulte principalement de celle de 2 de ses métabolites provenant de 2 déméthylations successives sous l'effet du cytochrome P450, le CYP3A4.

Biotransformations de la sibutramine en métabolites actifs sous l'influence du cytochrome P450, le CYP3A4
Les effets indésirables les plus fréquents de la sibutramine sont insomnie, constipation . , sécheresse de la bouche, céphalées, tachycardie, palpitations, hypertension. Chez la femme en âge de procréer une contraception est nécessaire avant prescription d'un traitement par la sibutramine.
Sibutramine |
SIBUTRAL*. Gél à 10 et 15 mg |
Autres stimulants
Le méthylphénidate ou
pémoline est utilisé surtout aux U.S.A. dans une indication
paradoxale, les états d'hyper-activité avec manque d'attention
de l'enfant. Le méthylphénidate inhibe la recapture de noradrénaline
et surtout de dopamine dont la concentration extracellulaire
s'élève.
Le méthylphénidate est
déméthylé en acide ritalinique que l'on trouve dans l'urine
|
Méthylphénidate
|
RITALINE* Cp10 mg
CONCERTA* LP Cp 18, 36 et 54 mg |
Ses principaux effets
indésirables sont : irritabilité, insomnie, diminution de
l'appétit, apparition de mouvements stéréotypés et, exceptionnellement,
délire et hallucinations.
Le méthylphénidate fait
l'objet d'un usage illicite, surtout aux USA.
La fénozolone est un
dérivé amphétaminique qui a été commercialisé comme psychostimulant.
Cocaïne
Elle inhibe la recapture
des catécholamines, dopamine et noradrénaline. Elle possède
en outre la propriété d'être anesthésique locale mais n'est
pas utilisée en thérapeutique. La cocaïne est utilisée en
tant que drogue en prise buccale, nasale, pulmonaire ou intraveineuse.
La forme cocaïne base, appelée "crack" ou "rock", qui est
« fumée » est aussi efficace ou toxique que la forme administrée
par voie intraveineuse. L'intensité des effets psychiques
dépend de la vitesse d'augmentation de sa concentration cérébrale.
En administration rapide, elle entraîne un état d'euphorie
intense et de courte durée suivie d'un état dysphorique qui
pousse à répéter les prises plusieurs fois par jour. Son action
ressemble à celle de l'amphétamine mais est de beaucoup plus
courte durée, une demi-heure au lieu de dix heures environ.
L'utilisation chronique
de cocaïne, comme celle d'amphétamine, entraîne des réactions
de type psychotique - délire de persécution, comportement
stéréotypé et autistique avec perte de la notion de responsabilité
- et par ailleurs, une augmentation des accidents cardiovasculaires
avec athérosclérose prématurée.
Les effets toxiques immédiats
sont la tachycardie, les arythmies ventriculaires, les douleurs
thoraciques, l'infarctus du myocarde, l'hypertension artérielle,
l'hyperthermie et des convulsions.
La dépendance psychique
à la cocaïne est très forte chez l'homme et l'animal. Si ce
dernier a le choix entre une eau de boisson normale et une
autre contenant de la cocaïne, il consomme la deuxième jusqu'à
en mourir.
La cocaïne est métabolisée
essentiellement en benzoylecgonine qui peut être détectée
dans les urines pendant deux ou trois jours après une prise
unique.
En cas de prise concomitante
de cocaïne et d'alcool à doses importantes, la benzoylecgonine
est éthylée dans l'organisme pour donner l'ester éthylique
de la benzoylecgonine, appelé cocaéthylène, qui a des propriétés
semblables à celles de la cocaïne.
Remarques
- La CART
(cocaine and amphetamine regulated transcrit) correspond
au RNA messager
et au peptide correspondant induits
par l'administration de cocaïne
ou d'amphétamine. Ce RNA messager conduit à la synthèse
d'une prépro-protéine qui par hydrolyses donne des polypeptides
de plus petit poids moléculaire qui réduisent la prise
alimentaire. Les récepteurs de ces polypeptides n'ont
pas été caractérisés.
- La tyramine
augmente la libération de noradrénaline. Elle n'est pas
utilisée en thérapeutique mais, en raison de sa présence
dans certains fromages, elle a été à l'origine d'accidents
hypertensifs chez des malades traités par les inhibiteurs
de la monoamine oxydase (IMAO), particulièrement les inhibiteurs
non spécifiques et irréversibles. Les IMAO élèvent la
teneur des tissus en catécholamines et surtout inhibent
l'inactivation de la tyramine elle-même par la MAO. Ainsi,
la tyramine libère de très grandes quantités de catécholamines,
responsables d'accès hypertensifs qui doivent être traités
par les adrénolytiques a1.
Ceci explique que les IMAO ne doivent pas être utilisés
en même temps que les sympathomimétiques indirects.
Extrait de "Les
médicaments" 3ème édition - P. Allain
avec mise à jour Septembre 2004 par P. Allain |