Inhibiteurs des canaux potassiques
Les médicaments qui favorisent
la fermeture des canaux potassiques ont, en principe, les
effets inverses des ouvreurs. Selon leur affinité préférentielle
pour les canaux potassiques des différents organes, ils augmentent
la sécrétion d'insuline, augmentent la durée du potentiel
d'action cardiaque et pourraient augmenter les résistances
vasculaires périphériques. Leur utilisation thérapeutique
découle de leur effet hypoglycémiant et de leur effet antiarythmique.
Inhibiteur à effet
hypoglycémiant
Les médicaments de ce
groupe sont des sulfamides hypoglycémiants. Au niveau des cellules
ß du pancréas, ils favorisent la fermeture des canaux potassiques
dépendants de l'ATP, ce qui entraîne une augmentation de la
concentration intracellulaire de K+
et l'ouverture des canaux calciques voltage-dépendants. Les sulfamides hypoglycémiants
sont le tolbutamide, le chlorpropamide, le carbutamide, le
glipizide, le glibenclamide, le glibornuride, le gliclazide
et le glimépiride (Voir "Sulfamides
hypoglycémiants".). Inhibiteur à effet
antiarythmique
Les médicaments qui ont
des effets antiarythmiques en favorisant la fermeture des
canaux potassiques constituent la classe III des antiarythmiques
de Vaughan-Williams. En favorisant la fermeture des canaux
potassiques du tissu conducteur cardiaque, ils freinent la
sortie du potassium et prolongent la durée du potentiel d'action
et, par conséquent, la durée de la période réfractaire, sans
modifier la vitesse de conduction. Les deux médicaments
qui, outre leurs autres propriétés, favorisent la fermeture
des canaux potassiques sont l'amiodarone et le sotalol.
- Amiodarone.
- C'est le
principal antiarythmique de la classe III.
- En dehors
de son effet sur les canaux potassiques, l'amiodarone
a des effets a
et ß-bloqueurs, responsables de la diminution des résistances
périphériques.
- Sur le plan
pharmacocinétique, l'amiodarone qui est une molécule
iodée, se fixe à certains tissus et a une demi-vie plasmatique
de l'ordre d'un mois. Elle est en partie métabolisée
par désiodation et l'iode libéré est retrouvé dans le
plasma et l'urine sous forme d'iodure.
- L'amiodarone
est indiquée dans les troubles du rythme cardiaque résistants
au traitement par les autres antiarythmiques.
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Amiodarone
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CORDARONE*
Cp 200 mg, Inj |
- Ayant elle-même
un effet bradycardisant, l'amiodarone est contre-indiquée
en cas de bradycardie sinusale, de bloc sino-auriculaire
et auriculo-ventriculaire.
- L'association
de l'amiodarone à certains médicaments est déconseillée :
- aux antiarythmiques
de la classe I, car il y a risque majoré de torsades
de pointes.
- aux ß-bloquants,
car il y a risque majoré de bradycardie excessive.
- L'hypokaliémie
augmente la fréquence de ces accidents.
- L'amiodarone
peut entraîner plusieurs effets in-désirables :
- manifestations
ophtalmiques liées à des dépôts cornéens donnant des
halos colorés,
- manifestations
thyroïdiennes fréquentes, le plus souvent des hyperthyroïdies
pouvant nécessiter, outre l'arrêt de l'amiodarone, un
traitement par des antithyroïdiens de synthèse ou la
corticothérapie, et plus rarement des hypothyroïdies.
- manifestations
cutanées favorisées par l'exposition au soleil qui est
déconseillée.
- pneumopathies
interstitielles diffuses.
- troubles
hépatiques, avec élévation des transaminases.
- En dépit
de ses effets indésirables non négligeables, l'amiodarone,
en raison de son efficacité, est encore fréquemment
utilisée dans le traitement des arythmies cardiaques
résistantes aux autres traitements.
- Sotalol
- Le sotalol
favorise la fermeture des canaux potassiques mais a
de plus des propriétés ß-bloquantes, non sélectives,
sans activité ß-mimétique.
- Le sotalol
est un racémique : seul un des isomères est ß-bloquant,
mais les deux isomères prolongent la durée du potentiel
d'action cardiaque par inhibition de l'ouverture des
canaux potassiques, ce qui ralentit la repolarisation.
Il a donc les indications et les contre-indications
des ß-bloqueurs (Voir
"Antagonistes des récepteurs bêta ou bêta-bloquants".)
et les particularités d'un anti-arythmique de la classe
III.
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Sotalol
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SOTALEX*
Cp 80 et 160 mg, Inj |
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Remarque :
L'ibutilide
(CORVERT*) dont la structure chimique présente une grande analogie
avec celle du sotalol, prolonge la durée du potentiel
d'action en augmentant la durée d'ouverture des canaux
sodiques lents voltage-dépendants (Voir "Sodium et médicaments".) ; son effet sur les canaux
potassiques est complexe et relativement mineur à dose
thérapeutique.
Le dofétilide,
non commercialisé en France, inhibe l'ouverture
des canaux potassiques à ouverture retardée. Il
est indiqué dans le traitement des fibrillations et des
flutters auriculaires. Son principal danger est de provoquer
des torsades de pointes.
Brétylium
tosylate : Le brétylium
qui a été commercialisé sous le nom de BRÉTYLATE* augmente la durée du potentiel d'action et a de plus
un effet sur la libération des catécholamines : dans
un premier temps, il augmente leur libération, et dans
un deuxième temps, il la bloque. Il est indiqué dans
le traitement des rechutes des arythmies ventriculaires
sévères, réfractaires aux autres traitements, et le
traitement curatif des tachycardies ventriculaires.
De nombreux médicaments
dont la propriété principale n'est pas d'agir sur les canaux
potassiques peuvent cependant les inhiber. En ralentissant
la sortie de potassium hors de la cellule, ils prolongent
l'espace QT de l'electrocardiogramme et risquent de donner
des torsades de pointes. Parmi ces médicaments on peut citer
le cisapride, divers antihistaminiques et neuroleptiques.
Remarques
- Des modificateurs
de l'ouverture des canaux potassiques peuvent inhiber
la prolifération cellulaire, celle du mélanome par exemple,
ce qui laisse entrevoir des applications thérapeutiques
nouvelles.
- Le potassium
et les digitaliques sont en compétition pour la fixation
sur la Na+/K+-ATPase : une diminution de la kaliémie augmente les effets des
digitaliques et inversement.
- Le thallium
a été et est parfois utilisé localement comme dépilatoire.
Il est par ailleurs utilisé comme raticide. Il s'agit
d'un élément très toxique, qui provoque en cas d'intoxication
des troubles neurologiques et une alopécie. Cette dernière
apparaît en deux ou trois semaines après le début de l'intoxication.
Compte-tenu
de la similitude de l'ion thallium Tl+ (et non Tl3+)
avec l'ion K+,
on peut supposer que l'effet dépilatoire résulte de la
fermeture des canaux potassiques. L'effet du thallium
est opposé à celui du minoxidil qui est un ouvreur des
canaux potassiques.
- Des aminopyridines
telles que la 4-amidopyridine et la 3-4-diamidopyridine
inhibent les canaux potassiques voltage-dépendants au
niveau des terminaisons synaptiques, ce qui entraîne une
dépolarisation, l'entrée de calcium et une augmentation
de la libération d'acétylcholine. Ils pourraient avoir
un intérêt dans le traitement de certains troubles de
la transmission neuromusculaire, notamment d'origine toxique.
L'amifampridine ou 3-4 diaminopyridine a été commercialisée sous le nom de Firdapse*, comprimé à 10 mg, avec l'indication traitement symptomatique du syndrome myasthénique de Lambert-Eaton. Voir le RCP de Firdapse*.
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Extrait de "Les médicaments" 3ème édition - P. Allain
avec mise à jour Août 2008 par P. Allain |