Traversée des
membranes
Composition et structure
de la membrane La membrane plasmique
qui entoure chaque cellule est composée d'environ 60% de phospholipides
et de 40% de protéines. Lipides Les lipides qui entrent
dans la composition des membranes sont dits amphipathiques
parce qu'ils sont formés de molécules comportant une extrémité
polaire et une extrémité non polaire ou hydrophobe. Il s'agit
essentiellement :
- de glycérophospholipides
(glycérol substitué).
- de sphingolipides
(c'est-à-dire dérivés de la sphingosine qui est un alcool
substitué par des acides gras et un groupe polaire). Les
sphingolipides se divisent en trois classes : sphingomyélines,
cérébrosides et gangliosides.
- de cholestérol
composé d'un noyau stérane substitué par un groupement polaire
(OH) et une chaîne flexible non polaire. Le cholestérol,
s'intercalant entre les autres lipides, renforce la structure
de la membrane.
Ces lipides amphipathiques
(glycérophospholipides et sphingolipides) s'orientent naturellement
sous forme d'une bicouche : les extrémités polaires des molécules
situées de part et d'autre des extrémités non polaires qui
se trouvent au centre. La fluidité de la bicouche
dépend évidemment de la température, mais aussi de sa composition.
Les acides gras insaturés qui forment des chaînes moins linéaires
que les acides gras saturés augmentent la fluidité membranaire.
Protéines Les protéines s'insèrent
dans la bicouche lipidique, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur,
soit de part et d'autre, et dans ce cas elles sont transmembranaires.
Ces protéines constituent
:
- les récepteurs
membranaires (glycoprotéines, le plus souvent, qui assurent
les communications intercellulaires),
- les structures
qui assurent les échanges d'ions et de certaines molécules
entre la cellule et son environnement : pompes de type Na+/K+-ATPase,
canaux, «échangeurs».
Modalités du passage
Pour pénétrer dans la
cellule, le médicament doit franchir la membrane cytoplasmique.
Pour passer d'un compartiment dans l'autre, le médicament
doit franchir une ou plusieurs membranes. Les membranes sont
formées de cellules liées les unes aux autres d'une manière
plus ou moins serrée. Ces cellules reposent sur une membrane
basale, elle-même plus ou moins perméable aux molécules. On
distingue :
- le passage transcellulaire
- Lorsque les
cellules sont serrées les unes contre les autres, comme
c'est le cas au niveau de l'endothélium des capillaires
cérébraux, le médicament doit traverser les cellules
elles-mêmes, c'est-à-dire la membrane cytoplasmique,
pour passer d'un compartiment à l'autre.
- le passage paracellulaire
:
- Lorsque les
cellules épithéliales membranaires sont séparées les
unes des autres par des jonctions plus lâches, les molécules
peuvent passer par ces jonctions appelées «gap junctions».
Le transfert paracellulaire d'une molécule dépend essentiellement
de son poids moléculaire et de sa flexibilité.
- le filtre poreux
:
- Certains épithéliums,
comme celui du glomérule rénal, sont percés de pores,
orifices qui peuvent laisser passer les molécules de
taille inférieure à celui du pore. Au niveau du glomérule
rénal, les molécules dont le poids moléculaire est inférieur
à 68 000 peuvent théorique-ment passer, mais, plus le
poids moléculaire d'une molécule approche de 68 000,
plus son passage devient difficile. D'autres paramètres
que le poids moléculaire (directement lié à la taille),
tels que les charges ou la flexibilité, entrent aussi
en ligne de compte.
Passage à travers
la bicouche lipidique : Diffusion passive Le passage à travers la
bicouche lipidique se fait de façon passive, c'est-à-dire
sans nécessiter d'apport d'énergie de la part de la cellule.
La bicouche lipidique membranaire constitue une barrière :
- imperméable aux
ions Na+,
K+,
Cl-
etc, aux molécules polaires même non chargées, c'est-à-dire
non ioniques, comme le glucose, et aux protéines.
- perméable aux
molécules non polaires (liposolubles ou hydrophobes) de
poids moléculaire faible ou moyen, ainsi qu'aux molécules
présentes à l'état gazeux et aux petites molécules de faible
polarité.
Diffusion passive à travers une bicouche
lipidique La migration à travers
la membrane se fait de la solution la plus concentrée vers
la solution la moins concentrée jusqu'à l'obtention d'un équilibre.
La vitesse de passage dépend de la surface S de la membrane,
des concentrations C1
et C2
de part et d'autre de la membrane et d'une constante de diffusion
K essentiellement liée à sa liposolubilité et à la taille
de la molécule (plus elle est petite, plus le passage est
aisé). V = K.S. (C2
-
C1)
Le caractère liposoluble
d'une molécule est déterminé par la mesure de son coefficient
de partage entre un solvant aqueux et un solvant organique
comme l'hexane. Les molécules liposolubles ou apolaires s'accumulent
dans le solvant organique et les molécules polaires dans l'eau.
La polarité d'un médicament
dépend de son ionisation et on distingue trois catégories
:
- Des
molécules toujours ionisées, quelque soit le pH, par exemple
celles qui comportent un ammonium quaternaire. Ces molécules,
en principe, ne traversent pas la bicouche lipidique par
diffusion passive.
- Des
molécules neutres, non ionisées, quelque soit le pH. C'est
le cas des solvants organiques qui traversent facilement
la bicouche lipidique. Cette affirmation doit être tempérée,
notamment en ce qui concerne l'absorption par voie intestinale,
du fait que celle-ci de déroule en milieux aqueux. Une molécule
très lipophile mais quasi insoluble dans l'eau risque d'être
mal absorbée. On en connaît de nombreux exemples. Une faible
disponibilité peut être la conséquence d'une faible solubilité
dans l'eau.
- Des
molécules dont l'ionisation dépend du pH : à l'état neutre,
elles traversent la bicouche lipidique, mais pas à l'état
ionisé. Les médicaments acides se dissocient en milieu basique
et les bases, en milieu acide, pour se transformer en molécules
ionisées. Le pKa d'un acide est le pH auquel il est dissocié
à 50%. Si l'on prend l'exemple d'un médicament acide R-COOH
partiellement dissocié en R-COO-
+ H+,
la forme neutre R-COOH traverse la membrane mais pas la
forme ionisée R-COO-.
- Dès lors,
si deux compartiments séparés par une membrane sont
à des pH différents, l'équilibre des concentrations
d'un médicament R-COOH de part et d'autre de la membrane
va être déplacé et le médicament R-COOH va s'accumuler
dans le compartiment le plus basique où il se dissocie.

Passage transmembranaire d'un médicament de type acide en
fonction du pH La fixation des médicaments
aux protéines plasmatiques, notamment l'albumine, qui peut
aller de 0% à 99% modifie leur passage à travers les membranes.
A l'état libre, c'est-à-dire non fixés aux protéines plasmatiques,
les médicaments liposolubles, s'il existe un gradient de concentration
favorable, traversent les membranes lipidiques, alors que
les médicaments liés aux protéines plasmatiques comme l'albumine
(ou aux protéines tissulaires) ne les traversent pas.
Passage transmembranaire d'un médicament
en fonction de sa liaison aux protéines L'albumine est une protéine
de 68000 daltons de poids moléculaire, présente dans le plasma
à une concentration d'environ 50 g/L, synthétisée par le foie
et dégradée essentiellement par l'endothélium vasculaire.
Sa demi-vie plasmatique est d'environ 20 jours. Outre son
rôle dans l'établissement de la pression oncotique, elle fixe
diverses molécules endogènes et de nombreux médicaments. On
distingue sur la molécule d'albumine six sites de fixation
différents ayant une affinité particulière pour des molécules
déterminées. Cet équilibre médicament-protéine
[MP] est réversible et, contrairement à ce que montre le schéma
précédent où on a un équilibre statique, dans l'organisme,
du fait de la circulation sanguine, il existe un équilibre
dynamique, c'est-à-dire changeant. La pénétration (ou la
fixation) de certains médicaments dans les éléments figurés
du sang, principalement les globules rouges, peut jouer un
rôle comparable à celui de l'albumine. Passage à travers
les structures proteiques membranaires Le passage à travers les
structures protéiques membranaires s'effectue par transport
actif, c'est-à-dire utilisant l'énergie fournie par le métabolisme
cellulaire. Transport actif direct
assuré par les pompes Le transport actif nécessite
un apport d'énergie, généralement fourni par l'ATP. La pompe
Na+/K+-ATPase,
Mg2+/dépendante,
utilise l'énergie de l'ATP pour repolariser la cellule en
faisant sortir trois ions Na+
et entrer deux ions K+,
ce qui crée une différence de potentiel entre le milieu intracellulaire
et le milieu extracellulaire. Il existe d'autres pompes: une
pompe Ca2+-ATPase
localisée au niveau de la membrane cytoplasmique et au niveau
du reticulum endoplasmique et une pompe H+/K+-ATPase.
Une protéine membranaire
particulière, la P-glycoprotéine, ou P170 parce que son poids
moléculaire est de 170 Kd, utilise, à la manière de la pompe
Na+/K+-ATPase,
l'énergie apportée par l'hydrolyse de l'ATP pour chasser certains
médicaments hors de la cellule. Cette glycoprotéine, appelée
aussi «Multi drug transporter», protège la cellule contre
les xénobiotiques mais, comme elle est exprimée dans la plupart
des cellules cancéreuses, elle peut expulser les médicaments
antinéoplasiques hors des cellules cancéreuses, expliquant
ainsi leur résistance à la chimiothérapie qui est appelée
MDR « Multi drug resistance ». Des médicaments tels que le
vérapamil ou la quinidine inhibent la P-glycoprotéine mais
ont d'autres propriétés rendant leur utilisation dans ce but
difficile. Un dérivé de la ciclosporine, ne possédant pas
d'activité immunosuppressive, inhibe à faible dose la P-glycoprotéine
et pourrait s'opposer à la résistance de tumeurs vis-à-vis
de certains antinéoplasiques. La P-glycoprotéine présente
au niveau de la barrière hémato-encéphalique réduit la pénétration
de certains médicaments dans le cerveau. Elle peut également
réduire leur absorption digestive.
Expulsion d'un médicament hors d'une
cellule Divers microorganismes
possèdent au niveau de leur membrane, outre des équivalents
de la P-glycoprotéine, des pompes proton-dépendantes qui chassent
hors de leur cytoplasme des molécules toxiques pour elles
et vis-à-vis desquelles ils deviennent résistants. Transport actif indirect
L'énergie nécessaire à
la diffusion facilitée, ou transport actif secondaire, est
apportée par les gradients ioniques de part et d'autre de
la membrane. Elle ne s'effectue pas à travers la bicouche
lipidique mais à travers les structures protéiques. Elle ne concerne qu'un
faible nombre de substances :
- des molécules
impliquées dans le métabolisme, comme le glucose, les acides
aminés, certains médiateurs et les médicaments de structure
chimique proche. L'énergie nécessaire à leur transport peut
être apportée par le gradient sodium.
- La cinétique
de passage est de type Michaelis Menten avec une vitesse
maximum et possibilité de compétition entre molécules
voisines. Lorsque le sodium et le substrat traversent
la membrane dans le même sens, le transport est dit
de type «symport» et de type «antiport» lorsqu'ils la
traversent en sens opposé.
- des peptides formés
de 2 ou 3 acides aminés sont partiellement absorbés au niveau
du tube digestif et réabsorbés au niveau du néphron grâce
à des transporteurs spécifiques utilisant comme source d'énergie,
le gradient H+.
Ces transporteurs interviennent dans l'absorption digestive
de médicaments ayant une structure chimique de type peptidique
comme les b-lactamines.
Un polypeptide comme l'insuline peut franchir la barrière
hémato-encéphalique mais on n'en connaît pas les mécanismes
responsables.
- des ions comme
Na+,
K+,
Ca2+,
Cl-,
dont les transports membranaires se font grâce à des canaux
et des échangeurs :
- canaux dont
l'ouverture et la fermeture dépendent soit de la différence
de potentiel intra/extracellulaire (s'ouvrant lors de
la dépolarisation), soit de la présence de récepteurs
qui peuvent être activés ou inhibés par divers médiateurs
- échangeurs,
Na+/Ca2+
par exemple.
Transport par exocytose
et endocytose L'exocytose consiste en
la sortie hors de la cellule de molécules contenues dans des
vésicules qui, après être venues se fondre à la membrane plasmique,
libèrent leur contenu à l'extérieur. C'est le mode de libération
des médiateurs. L'endocytose consiste
en l'absorption par une cellule d'une molécule extracellulaire.
Après son inclusion dans une vésicule formée par une invagination
de la membrane plasmique, la molécule pénètre dans le cytoplasme.
C'est le processus utilisé par l'hépatocyte pour capter, par
exemple, les lipoprotéines et la transferrine. Des oligonucléotides formés
de 10 à 20 unités, comme ceux qui sont utilisés en thérapie
antisens (oligonucléotides complémentaires du mRNA auquel
ils se fixent) pénètrent dans les cellules par divers mécanismes
mais essentiellement par endocytose. En fait, un oligonucléotide
pénètre mieux dans une cellule qu'un nucléotide isolé.
Extrait de "Les
médicaments" 3ème édition - P. Allain
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