Médicaments,
lipides et athérome
Les lésions athéromateuses
qui sont à l'origine de la majorité des accidents cardiovasculaires
siègent d'une manière préférentielle au niveau des artères
de gros et de moyen calibre, essentiellement au niveau des
courbures et des bifurcations. Les lésions athéromateuses
réduisent l'élasticité et le diamètre de l'artère, conduisant
ainsi à des manifestations pathologiques de type ischémique
(angor, artérite, accidents cérébraux). Elles sont le point
de départ de thromboses qui pourront, à un moment donné, arrêter
la circulation, créant une anoxie aiguë, infarctus du myocarde
par exemple. Le thrombus formé peut également se détacher
ou se fragmenter et être à l'origine d'embolies. L'existence d'une corrélation
entre la fréquence et la gravité des accidents cardiovasculaires
d'une part et l'élévation des lipides sanguins, notamment
du cholestérol, d'autre part, a conduit depuis plus de trente
ans à conseiller certains régimes alimentaires et à prescrire
des médicaments hypolipémiants dont l'effet bénéfique sur
la réduction de la mortalité était loin d'être évident. Cependant
des études récentes ont montré que les inhibiteurs de la synthèse
du cholestérol comme la simvastatine et la pravastatine diminuaient
la mortalité par accidents coronariens et aussi la mortalité
globale, toutes causes confondues. Une corrélation épidémiologique
n'est pas une explication et les mécanismes par lesquels un
trouble du métabolisme lipidique entraîne des lésions athéromateuses
restent à préciser. Selon la théorie lipidique
quantitative classique, c'est l'excès des lipoprotéines LDL
(low-density-lipoproteins) ou l'insuffisance des lipoprotéines
HDL (high-density-lipoproteins) présentes dans le sang qui
est à l'origine des lésions vasculaires. Le corollaire de
cette hypothèse est que si l'on corrige le trouble lipidique
par un régime ou un traitement médicamenteux, on s'opposera
à l'apparition et à l'aggravation des lésions athéromateuses
vasculaires. Selon la théorie lipidique
qualitative, ce n'est pas la quantité de lipides qui joue
le rôle déterminant mais l'existence de lipides anormaux,
les dérivés oxydés du cholestérol, appelés oxystérols, comme
le 25-hydroxycholestérol, le cholestane-triol et les LDL oxydées.
Les réactions radicalaires, activées par la présence de métaux
comme le fer ainsi que par la phospholipase A2,
participent à l'oxydation des LDL. Il faut souligner que
des troubles métaboliques autres que lipidiques peuvent accentuer
le développement des lésions athéromateuses. Ainsi l'élévation
de la concentration d'homocystéine dans le plasma est corrélée
avec une augmentation des accidents cardiovasculaires. Des
cellules comme les macrophages, diverses cytokines et diverses
molécules adhésives interviennent dans le développement de
l'athérosclérose qui combine une réaction inflammatoire, l'accumulation
lipidique et une sclérose. Enfin l'hypothèse soulevée
il y a plus de cent ans, selon laquelle l'infection, virale
ou bactérienne, et l'inflammation participeraient au développement
des lésions athéromateuses, a trouvé récemment des arguments
en sa faveur mais il n'y a pas eu d'applications thérapeutiques
On voit donc se dessiner
plusieurs possibilités de traitement, cherchant soit à abaisser
la concentration des lipides circulants ou d'homocystéine,
soit à protéger les membranes par des substances à effet antiradicalaire,
sans nécessairement abaisser les lipides sanguins. Dans tous les cas, l'efficacité
d'un traitement ne doit pas être jugée sur la diminution des
lipides plasmatiques, ni celle de tel marqueur des réactions
radicalaires, mais sur la diminution des lésions athéromateuses
et la diminution des accidents cardiovasculaires qui en sont
la conséquence, le critère final à atteindre étant la diminution
globale de la mortalité.
Extrait de "Les
médicaments" 3ème édition - P. Allain
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