Fer, hémoglobine et paludisme
Le paludisme ou malaria
est une maladie parasitaire qui touche environ 300 millions
d'individus et provoque la mort d'un à deux millions d'entre
eux par an. Elle est due à un protozoaire de type Plasmodium
falciparum malariae, vivax ou ovale et est transmise à l'homme
par un moustique, anophèle femelle hématophage. Le cycle évolutif
du plasmodium comporte une phase sexuée ou sporogonique qui
se déroule chez l'anophèle et une phase asexuée ou schizogonique
qui se déroule chez l'homme. Cette phase schizogonique comporte
elle-même deux stades : un stade pré-érythrocytaire ou hépatique
et un stade érythrocytaire. Lorsque le Plasmodium
sous forme de mérozoïte a pénétré à l'intérieur du globule
rouge, il baigne dans une mer d'hémoglobine qu'il utilise
pour assurer sa propre croissance. Le parasite ingère l'hémoglobine
par une structure appelée cytostome et l'introduit dans sa
vacuole qui est à pH acide. Par ses hydrolases, dont la plasmepsine
II, le parasite décompose l'hémoglobine en globine qui apporte
des acides aminés, et en hème qui apporte le fer et qui est
transformée en hémozoïne par une hème-polymérase. Lors de
la destruction du globule rouge, l'hémozoïne est libérée dans
la circulation et captée par des macrophages. Le mécanisme d'action
des antimalariques à effet intra-érythrocytaire comme la chloroquine,
la quinine, l'amodiaquine, la méfloquine et l'halofantrine,
reste mal élucidé. Ces antimalariques traversent la membrane
du globule rouge puis celle du Plasmodium et pénètrent dans
la vacuole où ils s'accumulent, leur fonction amine étant
ionisée en milieu acide. Des hypothèses parfois contradictoires
ont été avancées pour expliquer leur effet toxique sur le
Plasmodium : inhibition de l'hème polymérase qui transforme
l'hème toxique pour le parasite en hémozoïne atoxique, formation
d'un complexe de type chloroquine-hème, élévation du pH intravacuolaire
et diminution de la disponibilité de fer à partir de l'hème.
La résistance aux antimalariques
serait, au moins partiellement, la conséquence du développement
par les parasites de mécanismes d'expulsion des antimalariques
hors de leur vacuole. Cet efflux pourrait être supprimé par
certains médicaments comme les anticalciques. Quinine
La quinine, alcaloïde
du quinquina, a, outre son action antipaludique, un effet
analgésique et antipyrétique, hypotenseur et myorelaxant des
muscles striés. Elle stimule également la sécrétion d'insuline.
Sur le plan pharmacocinétique,
la quinine, comme son isomère la quinidine qui est aussi active
qu'elle contre le paludisme, est bien absorbée après administration
orale. Sa demi-vie est d'environ 11 heures. Ses indications
sont le paludisme, plus particulièrement les formes résistantes
aux autres antipaludiques. Elle a été préconisée sans justification
convaincante dans le traitement des crampes nocturnes.
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Quinine |
QUININE
Lafran* Cp
QUINIMAX* Cp, Inj (contient aussi quinidine, cinchonine et cinchonidine) |
Ses principaux effets
indésirables sont des troubles gastro-intestinaux : nausées,
vomissements, douleurs abdominales, et des troubles neurologiques
: céphalées, vertiges, bourdonnements d'oreille, troubles
de la vue.
Chloroquine
La chloroquine a, outre
son effet antipaludique, une activité anti-amibiasique, en
particulier sur les localisations hépatiques de l'amibe car
elle se concentre dans le foie, ainsi qu'une activité antirhumatismale,
en particulier dans l'arthrite rhumatismale et le lupus érythémateux.
Sur le plan pharmacocinétique, sa demi-vie plasmatique longue,
10 à 30 jours, explique son utilisation en traitement discontinu,
par exemple une prise par semaine au lieu d'une administration
à posologie moindre tous les jours. Ses effets indésirables
sont des éruptions cutanées, une pigmentation ardoisée de
la peau et la possibilité de troubles oculaires, tels que
des opacifications cornéennes et des rétinopathies après traitement
prolongé.
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Chloroquine |
NIVAQUINE*
Cp, Sirop, Inj
Nivaquine
300* Cp |
Il existe une spécialité
pharmaceutique associant la chloroquine et le proguanil qui
est un inhibiteur de la dihydrofolate réductase. Cette association
est destinée à la prévention du paludisme dans les zones où
il exerce une résistance à la chloroquine seule.
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Chloroquine + Proguanil
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SAVARINE*
Cp |
Amodiaquine
L'amodiaquine est un
antimalarique efficace mais qui a donné comme effets indésirables
des hépatites graves et des agranulocytoses.
Elle n'est commercialisée que dans quelques pays.
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Amodiaquine |
FLAVOQUINE*
Cp |
Méfloquine, Halofantrine
Le principal avantage
de la méfloquine et de l'halofantrine est d'être actifs contre
le Plasmodium résistant à la chloroquine, mais actuellement
une résistance à leur égard se développe aussi.
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Méfloquine |
LARIAM*
Cp |
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Halofantrine |
HALFAN* Cp |
La méfloquine est prescrite
en traitement préventif et curatif du paludisme. Elle peut
donner des troubles digestifs neurosensoriels et psychiatriques. Elle a une très longue demi-vie d'élimination, plusieurs jours.
L'halofantrine est seulement
utilisée en traitement curatif; elle est susceptible d'entraîner
un allongement de l'espace QT de l'électrocardiogramme et
est potentiellement cardiotoxique. La biodisponibilité de l'halofantrine est augmentée lorsqu'elle est prise au cours ou après un repas riche en graisses et son catabolisme est ralenti par les médicaments qui inhibent le cytochrome CYP3A4 comme le kétoconazole.
Ces produits ne sont
pas remboursés par la Sécurité Sociale et leur prix de vente
est élevé.
Artémisinine
L'artémisinine est un
antipaludique qui a été extrait des feuilles de la plante
Artemisia annua L. en Chine où elle est appelée qinghaosu.
L'artémisinine elle-même
est active mais il existe aussi des dérivés hémisynthétiques
obtenus par modifications chimiques: méthylation pour l'arthéméther,
éthylation pour l'artééther et fixation d'un sel sodique de
l'acide succinique pour l'artésunate. Ces dérivés sont des
schizonticides, actifs sur des souches de Plasmodii résistantes
aux autres antipaludiques. Ils exercent leur effet grâce à
leur pont peroxyde intramoléculaire qui, en présence de fer,
donne des radicaux libres qui détruisent le parasite intraérythrocytaire.
Les chélateurs du fer qui pénètrent dans les cellules inhibent
l'effet antipaludique de l'artémisinine. L'arthéméther et l'artééther
sont solubles dans l'huile, par exemple l'huile d'arachide,
et l'artésunate est plus soluble dans l'eau.
La demi-vie de l'arthéméther est d'environ sept heures.
L'arthéméther est disponible dans certains pays sous le nom de PALUTHER * L'artéméther est présenté en association avec la luméfantrine (Riamet*, Coartem*).
Extrait de "Les
médicaments" 3ème édition - P. Allain
avec mise à jour Mars 2006 par P. Allain |