Fer - Effets
Rôle général
Le rôle biologique du
fer est lié à son potentiel d'oxydoréduction dont la valeur
dépend des ligands qui l'entourent. L'incorporation du fer
dans la protoporphyrine, grâce à la ferrochélastase, la transforme
en hème, constituant de base de l'hémoglobine, de la myoglobine,
des cytochromes, de la catalase, des peroxydases, de la tryptophane
pyrrolase.
- Incorporé
à l'hème, le fer assure plusieurs fonctions :
- le transport
d'oxygène du poumon aux tissus par l'hémoglobine présente
dans les hématies, appelé fonction oxyphorique du sang.
La déficience en fer se traduit par une anémie hypochrome.
- la fixation
d'oxygène par la myoglobine musculaire qui a plus d'affinité
pour l'oxygène que l'hémoglobine.
- l'oxydation
de divers substrats, endogènes et exogènes comme de
nombreux médicaments, par les cytochromes P-450 des
microsomes.
- le catabolisme
de l'eau oxygénée par la catalase.
- la respiration
cellulaire, où les cytochromes des mitochondries assurent
le transfert des électrons du substrat à l'oxygène.
- l'hème inhibe
par rétrocontrôle l'activité de l'ALA déhydratase, enzyme
régulatrice de sa synthèse.
Rôle du fer dans le métabolisme de l'hème
- Lié
à des protéines autres que l'hème, le fer intervient dans
l'activité de nombreuses enzymes :
- l'aconitase
où, lié à l'atome de soufre de la cystéine, il assure
la transformation du citrate en isocitrate, étape métabolique
du cycle de Krebs. Une hyperoxygénation inhibe l'aconitase.
- des monooxygénases
qui assurent le transfert d'un atome d'oxygène sur un
substrat. Parmi ces enzymes on peut citer : la phénylalanine
hydroxylase, la tyrosine hydroxylase, la tryptophane-hydroxylase,
ce qui explique qu'une déficience marquée en fer entraîne
un défaut de synthèse des catécholamines dans le cerveau
conduisant à une déficience intellectuelle, surtout
chez l'enfant.
- la ribonucléotide
réductase responsable de la transformation du ribonucléoside
diphosphate en déoxyribonucléoside diphosphate, nécessaire
à la synthèse du DNA.
- la lipooxygénase
ainsi que la NADH ubiquinone réductase mitochondriale.
- Le
fer "libre" catalyse la formation de radicaux libres selon
la réaction de Fenton :
H2O2
+ Fe2+¾®
Fe3+
+ OH-
+ OH
Il peut renforcer
la phagocytose mais aussi certaines réactions radicalaires
indésirables.
- Le
fer régule son métabolisme en interagissant avec des protéines
appelées IRP (iron regulatory proteins) lesquelles interagissent
à leur tour avec des IRE (iron responsive elements) du mRNA.
La traduction du mRNA en ferritine, transferrine, aconitase
et en 5-aminolévulinate synthase est ainsi modulée en fonction
de la concentration en fer.
Rôle dans les infections
Les relations entre le
fer et l'infection sont complexes. Les germes, à l'exception
des lactobacilles, ont besoin de fer pour leur croissance.
Il y a compétition entre l'organisme et eux pour s'approprier
le fer. Dans l'organisme, la
transferrine, la ferritine, la lactoferrine et, indirectement,
l'hémopexine et l'haptoglobine, rendent le fer difficilement
assimilable par les germes. De plus, l'organisme réagit aux
infections en diminuant le fer accessible aux germes par d'autres
mécanismes :
- diminution de
l'absorption intestinale du fer
- rétention du
fer de l'hémoglobine par les macrophages
- synthèse accrue
de ferritine avec stockage du fer dans les tissus
- libération d'apolactoferrine
par les neutrophiles au niveau des sites infectés
- synthèse d'anticorps
vis-à-vis des protéines sécrétées par les microorganismes
pour capter le fer.
Les germes possèdent
diverses stratégies pour se procurer le fer à partir d'un
milieu extrêmement pauvre en fer libre. On peut distinguer
quatre possibilités :
- La
réduction du fer ferrique Fe3+
grâce à des réductases présentes au niveau de la membrane
bactérienne ou sécrétées dans le milieu. Le fer Fe2+
est ensuite capté par des microorganismes par des mécanismes
faisant intervenir une ATPase membranaire.
- La
fixation des complexes héminiques et de glycoprotéines comme
la transferrine et la lactoferrine à des protéines de la
membrane cytoplasmique qui sont synthétisées par les microorganismes
lorsque le milieu est pauvre en fer.
- La
synthèse et l'excrétion par les microorganismes de sidérophores
qui sont des molécules de faible poids moléculaire, de 500
à 1000 daltons, ayant une grande affinité pour le fer. Le
complexe fer-sidérophore est ensuite capté par le microorganisme
grâce à des protéines de transport. Parmi les sidérophores,
on peut citer l'entérobactine, l'aérobactine, la pyochéline,
la pseudobactine, la déféroxamine. La synthèse des sidérophores
est régulée par la concentration de fer à l'intérieur des
microorganismes, grâce à des protéines spécifiques qui agissent
sur des gènes appelés FUR (ferric uptake regulator).
- Certaines
bactéries sécrètent des hémolysines qui, en lysant les érythrocytes,
libèrent l'hémoglobine dont elles captent le fer. Le Plasmodium
responsable du paludisme pénètre dans les érythrocytes très
riches en fer pour y poursuivre son développement. Le fer
est nécessaire au Plasmodium et la supplémentation en fer
des populations dénutries en zone de paludisme endémique
peut entraîner une recrudescence et une aggravation de la
maladie. Inversement, la déféroxamine, chélateur du fer,
administrée par voie parentérale, a un effet antipaludique.
- Certains
germes, tels que Trichomonas vaginalis, ont besoin de
fer pour assurer la synthèse d'adhésines qui leur permettent
de se fixer aux cellules épithéliales.
- Une supplémentation
en fer, au cours d'une infection aiguë à germes dont
la prolifération est dépendante de la présence de fer,
est susceptible d'aggraver l'infection.
- La prescription
de fer au cours d'un état infectieux est à déconseiller.
La carence en fer doit plutôt être corrigée en absence
d'infection apparente
Rôle dans la croissance
tumorale
Le fer est indispensable
à la prolifération cellulaire et peut être considéré comme
un facteur de croissance. Les cellules tumorales peuvent se
procurer le fer nécessaire à leur développement, soit à partir
de la transferrine grâce à des récepteurs membranaires, soit
grâce à des peptides de faible poids moléculaire jouant le
rôle de sidérophores. La déféroxamine inhibe in vitro la croissance
de nombreuses tumeurs. Des éléments comme le
gallium qui est utilisé en cancérologie pourraient agir en
entrant en compétition avec le fer, privant ainsi la cellule
tumorale du fer nécessaire à sa croissance.
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Extrait de "Les médicaments" 3ème édition - P. Allain
avec mise à jour Août 2008 par P. Allain |