Fer - Métabolisme
A l'état d'équilibre
chez l'adulte, les entrées et les sorties se compensent. Absorption digestive
On trouve du fer dans
la plupart des aliments, végétaux verts, viandes, crustacés,
mais les produits laitiers en sont dépourvus. Le régime alimentaire
apporte en moyenne de 10 à 20 mg de fer par jour. Son absorption
se fait dans la partie initiale du tube digestif, au niveau
du duodénum et du jéjunum. La biodisponibilité du
fer dépend des formes sous lesquelles il est présent :
- Le fer héminique,
c'est-à-dire lié au noyau protoporphyrine, comme dans les
viandes, constitue seulement 6% de l'apport alimentaire
mais a une biodisponibilité élevée, environ 40%, peu influencée
par les autres aliments, le pH et les sécrétions digestives.
- Le fer non héminique
que l'on trouve, par exemple, dans les végétaux, constitue
plus de 90% de l'apport alimentaire. Sa biodisponibilité,
comprise entre 2 et 10%, est bien moindre que celle du fer
héminique. Pour être absorbé, il est d'abord libéré des
aliments par l'acide chlorhydrique stomacal qui le réduit
en fer ferreux Fe2+
beaucoup mieux absorbé que le fer ferrique Fe3+.
L'acide ascorbique favorise cette réduction.
L'absorption digestive
du fer est régulée au moins partiellement car sa biodisponibilité
augmente lorsque les réserves de l'organisme s'abaissent,
l'absorption pouvant passer alors de 2% à 20%. Un transporteur
appelé DCT 1 (divalent cation transporter) ou DMT (divalent
metal transporter), couplé au cotransport d'un proton, joue
un rôle important particulièrement au niveau du duodénum dans
l'absorption du fer mais aussi du zinc, du manganèse, du cobalt,
du plomb. Sa synthèse est augmentée en cas de déficience en
fer. Pour maintenir l'équilibre,
un homme adulte doit absorber environ 1 mg/jour, une femme
1,5 mg/jour en absence de grossesse et de 5 à 6 mg/jour en
cas de grossesse. En raison de la biodisponibilité incomplète
du fer, les apports recommandés sont de 10 mg à 20 mg par
jour. Les besoins de l'enfant, compte tenu de la croissance,
sont proportionnellement plus importants. Certaines substances
modifient l'absorption du fer : l'acide ascorbique, l'acide
citrique et diverses protéines la facilitent, d'autres comme
les tannins du thé, les phosphates, l'inhibent.
Le mécanisme de la régulation de l'absorption digestive du fer était inconnu jusqu'à la découverte de l'hepcidine en 2000. L'hepcidine est une protéine de 25 acides aminés, synthétisée et sécrétée essentiellement par le foie. Elle diminue l'absorption intestinale de fer et diminue la libération du fer stocké dans les macrophages du système réticulo-endothélial. Elle tend ainsi à diminuer le fer circulant et le fer nécessaire à la synthèse d'hémoglobine, l'érythropoïèse dans la moëlle osseuse. Un excès d'hepcidine, provoqué par l'IL6, s'observe au cours de certaines infections et états inflammatoires, il conduit à une anémie. Une déficience en hepcidine s'observe dans certaines hémochromatoses et s'accompagne d'une augmentation de l' absorption de fer par l'intestin et d'une augmentation de sa libération par les macrophages, ce qui conduit à un excès de fer disponible dans l'organisme et le fer s'accumule anormalement dans certains organes. L'hepcidine a de plus un effet antibactérien qui s'apparente à celui des défensines. Ces connaissances nouvelles n'ont pas encore conduit à des applications pharmacologiques.
Distribution
Sang, plasma, sécrétions
La concentration de fer
dans le sang est très élevée, environ 300 à 500 mg/L, dont
plus de 90% dans l'hémoglobine des hématies. Le plasma contient
environ 1 mg/L de fer (normes : 0,75 à 1,5 mg/L chez l'homme)
lié à la transferrine; il n'y a pas de fer libre circulant.
La transferrine est une
glycoprotéine, ß-globuline de 679 acides aminés, synthétisée
par le foie. Chaque molécule de transferrine fixe deux atomes
de fer sous forme ferrique, Fe3+,
en présence d'anions comme le bicarbonate. Elle a une affinité
extrêmement forte pour le fer, mais elle peut aussi fixer
d'autres éléments tels que l'aluminium et le gallium. Sa capacité
de fixation du fer est comprise entre 2,5 et 4,5 mg/L. La
synthèse de transferrine augmente en cas de déficience en
fer. La transferrine sérique est présente à 80% sous l'isoforme
tétrasialotransferrine (transferrine substituée par quatre
molécules d'acide sialique) ; en cas de consommation élevée
d'alcool la proportion des isoformes sans acide sialique augmente
et la mesure de leur concentration est utilisée comme marqueur
de la consommation d'alcool. On trouve également dans
le plasma de l'hémopexine et de l'haptoglobine, glycoprotéines
synthétisées par le foie, qui éliminent l'hème et l'hémoglobine
qui se trouveraient dans le plasma à la suite de la lyse des
érythrocytes. L'hémopexine se combine à l'hème pour former
un complexe hémopexine-hème qui est capté et métabolisé par
le foie. L'haptoglobine forme avec l'hémoglobine libre un
complexe qui est capté et métabolisé par le système réticulo-endothélial.
Dans le lait et diverses
sécrétions, salive, larmes, sécrétions bronchiques, intestinales
et génitales, on trouve la lactoferrine, glycoprotéine qui
est aussi présente au niveau des sites infectieux où elle
est sécrétée par les neutrophiles. Il y en a peu dans le plasma
La lactoferrine, a une grande affinité pour le fer qu'elle
fixe, surtout à pH inférieur à 4, le rendant ainsi moins accessible
aux microorganismes. Elle a un effet antiinfectieux et inhibe
la croissance d'un grand nombre de bactéries. Tissus
L'apport de fer aux tissus
est assuré par la transferrine qui se lie à des récepteurs
spécifiques de la membrane cellulaire avant d'être incorporée
dans la cellule par endocytose. Ces récepteurs sont particulièrement
denses sur les cellules érythroblastiques immatures, c'est-à-dire
nucléées, (le noyau disparaît à partir du stade réticulocyte)
sur les cellules placentaires et sur les hépatocytes. La densité
des récepteurs à la transferrine sur les membranes cellulaires
augmente en cas de déficience en fer. Cette régulation met
en jeu deux protéines : l'IRP (iron regulatory protein) qui
est en fait l'aconitase et l'IRE (iron responsive element)
qui module la translation du mRNA, responsable de la synthèse
des récepteurs de la transferrine. La densité des récepteurs
de la transferrine à la surface des cellules néoplasiques
est très élevée et des médicaments antinéoplasiques ont été
couplés à la transferrine pour favoriser leur délivrance aux
cellules tumorales. Après incorporation dans
le cytoplasme dont le pH est acide, le complexe fer-transferrine
se dissocie, libérant le fer et la transferrine. La transferrine
libre regagne la membrane cytoplasmique qui l'excrète. Le
fer intracellulaire est utilisé pour la synthèse de l'hémoglobine,
de la myoglobine et de cytochromes, ou stocké sous forme de
ferritine. La ferritine, protéine
de fixation du fer à l'intérieur de la cellule, est constituée
d'une enveloppe formée d'une apoprotéine de 24 sous-unités,
pouvant contenir jusqu'à 4 500 atomes de fer; en moyenne elle
en contient 2 500. La ferritine est surtout localisée dans
la rate, le foie, la moelle osseuse, la muqueuse intestinale,
le rein, le placenta (qui contient des récepteurs semblables
à ceux des réticulocytes). En cas de surcharge en fer, l'association
de plusieurs molécules de ferritine forme l'hémosidérine.
Toutefois la ferritine
présente dans le plasma est une apoferritine, c'est-à-dire
une protéine sans fer, elle n'a pas de rôle de transporteur.
Les concentrations normales de ferritine dans le plasma sont
comprises entre 30 et 300 mg/L.
Il existe plusieurs formes de ferritine, appelées isoferritines,
différentes selon les tissus qui les ont synthétisées. La moelle osseuse recycle
chaque jour environ 25 mg de fer pour assurer l'hématopoïèse.
Lors de la destruction des hématies sénescentes par les macrophages,
l'hème s'ouvre, libère le fer qui est recyclé alors que l'hémoglobine
est transformée en bilirubine. Le fer repasse dans la circulation,
incorporé à l'hémoglobine des nouvelles hématies. Il existe des échanges
de fer entre la transferrine plasmatique et la ferritine des
tissus. Élimination
Les pertes physiologiques
journalières de fer sont d'environ 1,5 mg, essentiellement
digestives par les selles. L'élimination urinaire ainsi que
l'élimination desquamative de la peau et des muqueuses sont
très faibles.
Métabolisme du fer Différence selon
le sexe
Le métabolisme du fer
présente quelques particularités chez la femme par rapport
à l'homme.
- Chez la femme
:
- En période
d'activité génitale :
- La perte
de fer par les menstruations est de l'ordre de 15 mg/mois
correspondant à environ 25 ml de sang perdu par
mois, soit 0,5 mg/jour en moyenne. Ainsi les pertes
totales sont de 1,5 à 2 mg/jour.
- En cas de
grossesse :
- Les besoins
supplémentaires en fer pour assurer la constitution
du placenta et le développement du foetus et compenser
le saignement du post-partum sont de l'ordre de
600 mg, dont 300 mg utilisés par le nouveau-né.
Les besoins ne sont guère augmentés au cours du
premier trimestre, où ils sont d'environ 1 mg/jour,
mais ils augmentent pour atteindre environ 4 mg/jour
au cours deuxième trimestre et 6 mg/jour au cours
du troisième trimestre.
- Il faut
souligner que l'absorption digestive de fer augmente
d'une manière physiologique au cours de la grossesse,
sa biodisponibilité passant d'environ 10% à 40%
et qu'il y a arrêt des menstruations. Malgré cette
adaptation, il apparaît chez beaucoup de femmes
enceintes une diminution des réserves de fer. L'interprétation
des résultats biologiques doit aussi tenir compte
de l'augmentation d'environ 50% du volume plasmatique,
c'est-à-dire de l'hémodilution.
- Chez l'homme
- La testostérone
stimule l'hématopoïèse et l'hématocrite est plus élevé
chez l'homme que chez la femme. La déficience en testostérone
augmenterait, par ailleurs, la fixation de fer dans
les tissus comme le foie.
Extrait de "Les
médicaments" 3ème édition - P. Allain
avec mise à jour Mars 2006 par P. Allain |