Médicaments et dégradation des protéines
Les protéines sont renouvelées
en permanence, c'est-à-dire qu'il existe parallèlement à la
synthèse des processus de dégradation. La vitesse de renouvellement
ou turnover est très différente selon les protéines, avec
des T1/2 allant de quelques minutes à un jour pour les protéines
intracellulaires et beaucoup plus pour des protéines extracellulaires
comme l'hémoglobine.
On pensait que les lysosomes,
organelles intracellulaires contenant des enzymes protéolytiques,
connus pour intervenir dans l'endocytose dont la phagocytose,
jouaient un rôle important dans la dégradation des protéines
endogènes intracellulaires En réalité la dégradation de ces
protéines est assurée pour l'essentiel par le protéasome.
Le protéasome, mot résultant de l'association de "protéase" et de "some "qui signifie particule ou organite, est un complexe protéique cylindrique creux, mesurant 10 nm de diamètre et 15 nm de long, de localisation cytosolique et intranucléaire. Le protéasome 26S est constitué d'un complexe 20S formant le cylindre central et de 2 complexes régulateurs 19S situés à chaque bout du cylindre. L'activité protéolytique du protéasome 20S est régulée par la protéine 19S et par une protéine 11S. L'activité protéolytique de ce complexe est située à l'intérieur du cylindre dans lequel entre le substrat ubiquitiné qui sera hydrolysé.
Pour être dégradée par le protéasome 26S, les protéines intracellulaires doivent en général être au préalable ubiquitinées. L'ubiquitine est elle-même une protéine de 76 acides aminés, présente dans toutes les cellules d'où son nom. Sous l'effet d'enzymes appelées E1 (activatrice), E2 (conjugase) et E3 (ligase) et en présence d'ATP, il y a biosynthèse d'une chaîne poly-ubiquitine qui est liée par le groupe -COOH d'un résidu glycine terminal au groupe -NH2 d'un résidu lysine de la protéine à dégrader. La protéine ainsi poly-ubiquitinée est un substrat du protéasome 26S qui l'hydrolyse en peptides de 3 à 25 acides aminés qui seront partiellement hydrolysés en acides aminés, lesquels pourront être réutilisés par la cellule. Les molécules d'ubiquitine libérées par dé-ubiquitination seront également réutilisées.
Le système ubiquitine-protéasome
26S dégrade un grand nombre de protéines
usagées ou en excès, récepteurs, transporteurs,
enzymes, facteurs transcriptionnels, cyclines, protéines virales.
Il intervient également dans la dégradation d'un antigène
d'origine endogène en un fragment peptidique qui sera présenté
à la surface de la cellule.
Sur le plan physiopathologique
on n'a guère de données établissant un lien clair entre une
maladie et un trouble qualitatif ou quantitatif, par excès
ou par défaut, de l'activité du système ubiquitine-protéasome.
Schéma de la dégradation des protéines
intracellulaires par le système ubiquitine- protéasome
Sur le plan pharmacologique,
la modification de l'ubiquitination et de la protéolyse, par
inhibition ou par stimulation, peut avoir des conséquences
intéressantes. Par exemple l'inhibition de ce système de dégradation
conduit à la mort des cellules néoplasiques mais aussi des
cellules normales. La difficulté est de trouver des substances
à effets spécifiques.
Parmi les substances
inhibitrices testées expérimentalement on peut citer
des substances naturelles comme
la lactacystine
et l'époxomycine
et des substances de synthèse comme le bortézomib.
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Bortézomib |
VELCADE* Inj IV |
Le bortezomib est un inhibiteur du protéasome 26S. Son indication est le traitement du myélome multiple déjà traité et s'aggravant en dépit des autres traitements en cours. Il a de nombreux effets indésirables.
Remarque :
- La maladie
de Gaucher, autosomale récessive, résulte d'un trouble
du catabolisme des lipides et non des protéines. Dans
cette maladie il existe au niveau lysosomal une déficience
en glucocérébrosidase, enzyme qui normalement présente,
dégrade les glucocérébrosides (sphingolipides). Lorsque
cette enzyme est absente ou défectueuse les glucocérébrosides
s'accumulent en particulier dans les monocytes et les
macrophages qui deviennent hyperplasiques et entraînent
secondairement une splénomégalie, une hépatomégalie et
une atteinte de la moelle osseuse.
- Le traitement
actuel de la maladie de Gaucher consiste à administrer
une glucocérébrosidase obtenue par génie génétique et
modifiée pour lui permettre de pénétrer dans les cellules
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ß-glucocérébrosidase ou Imiglucérase |
CÉRÉZYME*
Inj |
- Le miglustat est un sucre aminé qui inhibe la glucosyltransférase ou glucosyl-céramide synthase, enzyme impliquée dans la biosynthèse des glycolipides ou glucosyl-céramides. L'inhibition de la glucosyl-céramide synthase réduit l'accumulation des glycolipides. Le miglustat est commercialisé dans certains pays sous le nom de Zavesca*. Il est utilisé dans le traitement de la maladie de Gaucher de type 1 lorsqu'il n'est pas possible de recourir à l'imiglucérase ou Cérézyme* qui reste le traitement de référence.
Ultérieurement on peut espérer que la thérapie génique s'appliquera à cette maladie.
Extrait de "Les
médicaments" 3ème édition - P. Allain
avec mise à jour Décembre 2005 par P. Allain |